Deutéronome 26:5
Le texte
Un homme se tient devant l'autel, une corbeille de fruits entre les mains, et au lieu de réciter une louange générale il commence par un aveu embarrassant : « Mon père était un Araméen qui périssait ». Voilà sa carte d'identité liturgique. Pas de noblesse, pas de titre de propriété ancestral, pas d'exploit fondateur. Un ancêtre nomade, sans terre, au bord de la disparition, qui descend en Égypte « avec peu de gens », y séjourne comme étranger, et qui, contre toute logique humaine, y devient « une nation grande, forte, et nombreuse ». Le verset tient en une phrase l'histoire entière d'Israël : de la précarité extrême à la multitude, sans que le sujet de cette croissance soit nommé. Il n'a pas besoin de l'être. Tout le monde sait qui a fait cela.
Le cœur
Ce que Dieu demande ici, ce n'est pas de la gratitude en général mais une mémoire précise, et une mémoire humiliante. L'Israélite qui offre les prémices de sa récolte doit d'abord dire, à voix haute, devant l'Éternel, qu'il n'a rien mérité de ce qu'il tient. Le mot hébreu traduit par « qui périssait » (obed) signifie errer, se perdre, être en train de disparaître : c'est le vocabulaire de la brebis égarée, condamnée si personne ne la cherche. Toute la théologie de la grâce est déjà là, en germe. L'homme prospère ne se raconte pas comme un homme prospère ; il se raconte comme un rescapé. Et c'est précisément cette confession qui rend son offrande recevable, parce qu'elle dit la vérité sur qui donne et qui reçoit.
Le fil rouge
Le schéma de ce verset, descendre pour devenir nombreux, ne s'arrête pas à Jacob. Un homme seul quitte sa terre, s'enfonce dans un pays étranger, y est menacé de disparition, et de cet enfouissement sort un peuple. Jésus a repris exactement cette image en parlant du grain de blé qui doit tomber en terre et mourir pour porter beaucoup de fruit (Jean 12). Ce n'est pas une allégorie plaquée : c'est la même grammaire de Dieu. Le Christ est l'Araméen qui périt jusqu'au bout, non par accident d'histoire mais par obéissance, descendu non en Égypte mais dans la mort, « avec peu de gens » autour de Lui, et de ce point le plus bas naît une multitude que personne ne peut compter. Et remarquez ce que l'Israélite tient en main pendant qu'il récite : des prémices. Le Nouveau Testament donnera ce titre au Ressuscité, premier fruit d'une moisson entière. La corbeille annonce le tombeau vide.
Le miroir
Nous récitons volontiers une autre confession : mon père était un homme travailleur, j'ai fait des études, j'ai bâti quelque chose. Ce n'est pas faux, et c'est exactement pour cela que c'est dangereux. Ce texte vous demande de commencer votre prière autrement : non par ce que vous avez produit, mais par le point où vous étiez en train de vous perdre. La promotion obtenue, la maison remboursée, les enfants qui tiennent debout, le mariage réparé : tout cela est réel, et rien de tout cela n'est un titre de propriété. Devant Dieu vous n'avez qu'un statut, celui de rescapé. Le jour où vous cessez de vous raconter ainsi, votre générosité devient condescendance et votre foi devient un bilan. La corbeille se pose toujours après l'aveu, jamais avant.
La question
Pourquoi Dieu laisse-t-Il d'abord périr ? Le texte ne dit pas que l'Araméen a failli périr : il dit qu'il périssait. Et la suite ne s'arrange pas : la multiplication en Égypte débouche sur la maltraitance, l'humiliation, « un dur service ». Dieu aurait pu bénir Jacob sur place, sans exil, sans briques, sans quatre siècles. Le texte n'explique rien. Il constate simplement que le salut a traversé la perte au lieu de l'éviter. On peut y voir une pédagogie, mais restons honnêtes : cela ne console pas celui qui est actuellement dans l'Égypte, et Israël lui-même n'a compris qu'après coup. La seule chose que la Croix ajoute ici, c'est que Dieu n'a pas exempté son propre Fils de ce chemin. Ce n'est pas une réponse. C'est une compagnie.
Le profil
Les premiers auditeurs sont des paysans installés, ou sur le point de l'être, dans un pays « ruisselant de lait et de miel ». Une génération, deux, et l'on oublie : la terre paraît normale, la récolte paraît méritée. Or ce rite les oblige, chaque année, à se déclarer descendants d'un vagabond. Autour d'eux, les nations chantaient des ancêtres divins et des rois fondateurs. Israël, seul, récitait sa honte comme confession de foi. Et le verset 11 en tire la conséquence sociale immédiate : la joie se partage avec « le Lévite et l'étranger qui est au milieu de toi ». Celui qui se souvient d'avoir été étranger ne peut pas mépriser l'étranger. La mémoire de la grâce produit de l'hospitalité, ou elle est fausse.
L'intertexte
Dieu avait annoncé à Abram que sa descendance serait étrangère dans un pays qui ne serait pas le sien, opprimée, puis délivrée avec de grands biens (Genèse 15) : ce verset est l'accusé de réception de cette promesse, prononcé par un homme qui tient enfin la terre. À l'autre bout, l'hymne de Philippiens 2 raconte le même mouvement à une échelle infinie : Celui qui était riche descend, se dépouille, meurt, et reçoit un nom au-dessus de tout nom. Entre les deux, le même Dieu qui relève ce qui périt.
Réflexion
Si vous deviez commencer votre prière de reconnaissance par la phrase « mon père était un Araméen qui périssait », adaptée à votre propre histoire, que diriez-vous exactement ?
Où, concrètement, votre mémoire d'avoir été secouru devrait-elle changer votre façon de traiter quelqu'un qui, aujourd'hui, est en train de se perdre ?
Des livres chrétiens à découvrir
Des livres choisis avec soin, disponibles dans votre langue.
Ce récit intime de conversion invite le lecteur à contempler la grâce de Dieu qui transforme les cœurs les plus tourmentés.
Cette allégorie intemporelle éclaire chaque étape de la vie chrétienne, des combats aux joies célestes.
Les Fondements du christianisme
Lewis expose avec clarté et humour les vérités essentielles de la foi, affermissant l'intelligence et le cœur.
Ces lettres pleines d'esprit démasquent les ruses spirituelles quotidiennes et encouragent la vigilance dans la foi.
Un compagnon de méditation qui appelle à une intimité profonde et humble avec le Christ.
En tant que Partenaire Amazon, Faith.network gagne une commission sur les achats admissibles. Cela permet de garder la plateforme gratuite.
Questions fréquentes sur Deuteronomy 26:5
Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.
Que signifie Deutéronome 26:5 ?
De quoi parle Deutéronome 26:5 ?
Quel est le contexte historique de Deutéronome 26:5 ?
Que nous enseigne Deutéronome 26:5 sur le caractère de Dieu ?
En quoi Deutéronome 26:5 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Ce que la communauté partage sur Deuteronomy 26
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Ils la mangeront dans tes portes, et seront rassasiés. » Dieu ne se contente pas d'un geste symbolique. Il veut des ventres pleins, et il veut que cela se passe chez toi, à ta porte, sous tes yeux. Le lévite, l'étranger, l'orphelin, la veuve ne sont pas des noms sur une liste. Ils mangent là où tu vis. Qui s'assied près de ta table cette année ?
Explorer ce passage à un autre niveau
Débutant, théologien, ou une autre longueur de lecture ? Ajustez les paramètres et générez votre propre version.
Ouvrir dans l'outil d'étude