Éphésiens 6
Le Texte
Paul termine sa lettre en descendant à hauteur de plancher : les enfants obéissent, les pères cessent d'exaspérer et éduquent « dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur », les esclaves travaillent « de cœur », non pour l'œil du maître, et les maîtres renoncent aux menaces parce qu'ils ont eux aussi un Maître au ciel. Puis, sans transition, il élargit brusquement le cadre : ce qui se joue dans ces relations ordinaires appartient à un combat qui dépasse « le sang et la chair », et il faut pour cela l'armure complète de Dieu, la prière en tout temps, et une persévérance qui inclut les autres croyants. Il finit par du très concret : Tychique arrive avec des nouvelles, et la grâce reste avec ceux qui aiment le Seigneur « en pureté ».
Le Cœur
Le nerf du chapitre tient dans une phrase adressée aux puissants : « leur maître et le vôtre est dans les cieux, et il n'y a pas d'acception de personnes auprès de lui ». Voilà ce que fait l'Évangile dans une maison antique : il ne supprime pas d'un trait les structures, il les mine de l'intérieur en plaçant le propriétaire et l'esclave devant le même Juge, avec la même mesure. Dieu ne tient pas deux comptabilités, une pour ceux qui décident et une pour ceux qui exécutent. Et le bien fait sans témoin, sans reconnaissance, sans salaire équitable, n'est pas perdu : « quelque bien qu'il fasse, le recevra du Seigneur ». C'est une éthique adressée d'abord à ceux qui n'ont aucun pouvoir, et qui apprend aux autres que leur pouvoir est emprunté.
Le Fil Conducteur
L'armure n'est pas une invention de Paul. Dans Ésaïe 59, c'est Dieu Lui-même qui, voyant qu'il n'y a personne pour intervenir, revêt la justice comme cuirasse et le casque du salut, et part au combat. Paul prend cet équipement divin et le passe aux épaules d'une assemblée composée d'artisans, de femmes, d'esclaves. Ce que Dieu portait, Il le prête maintenant à Son peuple, parce que la victoire décisive a déjà été remportée par Christ. Voilà pourquoi la pièce maîtresse s'appelle « l'évangile de paix » chaussé aux pieds : on marche dans un combat en portant une bonne nouvelle. Et l'ordre du chapitre compte : d'abord la maison, ensuite la guerre. Le lieu où l'on résiste au mal, c'est d'abord la table du dîner et l'atelier.
Le Miroir
Le verset le plus gênant du chapitre n'est pas celui sur les esclaves, c'est celui sur le travail « sous leurs yeux seulement ». Vous savez exactement de quoi il parle. Le rapport bâclé qui passera parce que personne ne le lira vraiment. La demi-heure volée quand le patron est en réunion. La gentillesse allumée à l'arrivée du responsable. Paul appelle cela vouloir plaire aux hommes, et il en fait une question de foi, pas de rendement. À l'autre bout, aux pères, il dit : cessez de provoquer. Le sarcasme, les règles qui changent selon votre humeur, la comparaison avec le frère plus doué, la moquerie déguisée en plaisanterie. Ce sont des menaces sans le mot menace. Et Dieu, dit Paul aux chefs, ne fait pas d'acception de personnes.
L'Intertexte
La lettre à Philémon est le laboratoire de ce passage. Paul y renvoie un esclave fugitif à son propriétaire chrétien, sans abolir juridiquement quoi que ce soit, mais en glissant une phrase qui rend l'ancien rapport intenable : reçois-le comme moi-même, comme un frère. C'est exactement le mouvement d'Éphésiens 6. Paul ne rédige pas un programme politique, il place une charge sous les fondations. Un maître qui doit renoncer aux menaces et se souvenir que son esclave a le même Maître céleste que lui a déjà perdu son pouvoir absolu. On peut trouver Paul trop lent. On peut aussi remarquer que peu de textes antiques ont autant fait pour rendre l'esclavage impossible entre croyants.
Le Contexte
L'assemblée d'Éphèse se réunissait dans des maisons, et cette lettre était lue à voix haute avec tout le monde présent. Cela change la lecture : le maître entend les instructions données à son esclave, et l'esclave entend celles adressées à son maître, dans la même pièce, debout côte à côte. Dans le monde romain, le chef de famille avait un pouvoir quasi juridique sur les corps, les mariages, les enfants et la vie des siens. Que Paul adresse la parole directement aux enfants et aux esclaves, comme à des interlocuteurs responsables devant Dieu, était déjà un déplacement considérable. Et l'homme qui écrit cela est « un ambassadeur lié de chaînes » : un diplomate menotté, ce qui est un scandale protocolaire, et son image de lui-même.
Le Détail
Comptez les verbes. « Tenir ferme », « résister », « tenir ferme » encore, « Tenez donc ferme ». Paul ne dit jamais : avancez, conquérez, prenez du terrain. L'armure est presque entièrement défensive, à l'exception d'une épée qui est la parole de Dieu, donc pas la nôtre. Cela recadre toute une spiritualité du combat. Notre tâche n'est pas de gagner la bataille, elle est gagnée, mais de ne pas céder le jour où tout pousse à céder : « au mauvais jour ». Le mauvais jour arrive, Paul le tient pour certain. Le diagnostic est sobre : dans une maladie, un licenciement, un mariage qui craque, la victoire chrétienne ressemble souvent simplement à quelqu'un encore debout, qui prie encore, et qui prie « pour tous les saints », pas seulement pour lui.
Réflexion
Où, cette semaine, ai-je travaillé « sous leurs yeux seulement » : quel est le geste précis que personne ne vérifiera et que je ferai quand même avec soin ?
Si mes proches devaient nommer une façon dont je les provoque ou les menace sans le dire, laquelle citeraient-ils, et qu'est-ce que j'en fais aujourd'hui ?
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Questions fréquentes sur Ephesians 6
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Ce que la communauté partage sur Ephesians 6
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« et ayant chaussé vos pieds de la préparation de l'évangile de paix ». Remarque : ce ne sont pas des armes qu'on te donne pour les pieds, mais des chaussures. De quoi tenir debout sans glisser, de quoi avancer. La paix de Dieu ne te garde pas immobile, elle te rend capable de marcher. Où veux-tu aller aujourd'hui ?
Merci, Père, pour la promesse attachée à l'obéissance : « afin que tu prospères et que tu vives longtemps sur la terre. » Merci pour mes parents, pour chaque jour reçu de ta main, et pour ta bonté qui accompagne un cœur qui honore.
Merci, Père, pour la vérité qui ceint mes reins et me tient debout quand tout vacille en moi. Merci pour la cuirasse de la justice, celle que Christ m'a donnée et non celle que j'aurais dû gagner. Je peux tenir ferme aujourd'hui parce que tu m'as revêtu.
Père, il y a des jours où je me sens sans défense. Revêts-moi de ce que tu donnes, ta vérité, ta paix, ta force, pour que je tienne debout quand tout pousse à céder. Et quand j'aurai tout traversé, garde-moi encore près de toi.
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