Esther 4
Le texte
Mardochée apprend le décret d'extermination et pousse dans la ville un cri grand et amer, vêtu d'un sac. Le deuil gagne toutes les provinces juives. Esther, informée par ses servantes, envoie Hathac pour comprendre; Mardochée lui transmet une copie du décret et lui ordonne d'intercéder auprès du roi. Elle hésite, il insiste, elle accepte enfin: elle jeûnera avec son peuple trois jours, puis entrera chez le roi, et si elle périt, elle périra.
Le cœur
Ce chapitre est traversé par un silence assourdissant: le nom de Dieu n'y apparaît pas. Et pourtant, tout ce que fait un peuple croyant devant Dieu s'y trouve: déchirer ses vêtements, jeûner, pleurer, se coucher dans la cendre. C'est une prière sans être nommée prière. Le livre d'Esther nous apprend à lire les moments où Dieu ne se montre pas explicitement, où l'on ne reçoit ni voix, ni songe, ni prophète. Il y a des jours où la foi consiste précisément à agir comme si Dieu était là, alors qu'on ne L'entend pas. Mardochée ne dit pas: "L'Éternel te sauvera." Il dit: "qui sait?". C'est là le cœur: agir dans le peut-être de Dieu.
Le fil conducteur
Dans le récit d'Esther, le salut du peuple passe par une médiatrice qui risque sa vie en entrant devant le roi sans y avoir été appelée. Elle sait qu'elle mérite la mort selon la loi, et elle y va quand même, portée par le jeûne de tout un peuple. Il est difficile de ne pas y entendre une ombre. Un Autre entrera un jour dans une cour bien plus redoutable, non pour intercéder trois jours, mais pour porter la mort à laquelle Esther s'expose seulement en principe. "Si je péris, je périrai" est la phrase d'une reine qui préfigure, de loin, Celui qui a dit: "Que Ta volonté soit faite." L'intercession, dans la Bible, coûte toujours quelque chose au corps de celui qui intercède.
Le miroir
Il y a un moment dans ce chapitre où Esther cherche à couvrir Mardochée d'un vêtement propre pour qu'il enlève son sac. C'est un geste très reconnaissable. Nous préférons souvent que la douleur des autres soit habillée décemment avant que nous la regardions. Nous envoyons des vêtements avant d'envoyer notre présence. Mardochée refuse. Il oblige Esther à rester devant le fait brut. Et puis vient la parole qui coupe: "Ne pense pas en ton âme d'échapper, dans la maison du roi, plutôt que tous les Juifs." Combien de fois avons-nous cru que notre confort, notre poste, notre stabilité familiale nous mettait hors de portée du destin commun? La position privilégiée n'est pas un abri, elle est une convocation.
Contexte
Nous sommes à Suse, capitale d'hiver de l'empire perse, sous Assuérus (Xerxès Ier probablement). Esther est reine depuis quelques années, mais son origine juive reste cachée. Haman, favori du roi, vient d'obtenir un édit ordonnant l'extermination des Juifs à date fixe. Un décret royal perse est irrévocable. Entrer chez le roi sans convocation est puni de mort, sauf si le roi tend son sceptre d'or. Le fait qu'Esther n'ait pas été appelée depuis trente jours n'est pas anodin: elle sent peut-être que sa faveur est en train de se refroidir. Le sac et la cendre, eux, sont les signes universels du deuil au Proche-Orient ancien, mais interdits dans l'enceinte royale, car ils rappellent la mort à un pouvoir qui prétend en être exempt.
La question
"Qui sait si ce n'est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté?" Cette phrase est célèbre, mais on l'apprivoise trop vite. Mardochée ne dit pas: "Dieu t'a mise là pour ceci." Il dit: qui sait. Il laisse ouvert ce que nous voudrions fermer. Peut-on vivre sa vocation dans le mode du peut-être? Peut-on obéir sans certitude d'être élu à cette tâche précise? Le texte semble répondre oui. La foi biblique n'est pas toujours la conviction claire d'être à sa place; c'est parfois seulement le refus de se retirer quand on est là. Le mystère n'est pas dissipé. Il devient le lieu même de l'obéissance.
Le profil
Les premiers lecteurs étaient probablement des Juifs de la diaspora, vivant loin de Jérusalem, sous des pouvoirs qu'ils ne contrôlaient pas. Pour eux, l'absence du nom de Dieu n'était pas un scandale, c'était leur expérience quotidienne. Ils ne voyaient pas de colonne de nuée. Ils portaient des noms empruntés (Esther vient d'Ishtar, Mardochée de Mardouk). Ils entendaient dans ce chapitre quelque chose que nous, souvent trop pressés de trouver Dieu dans le récit, manquons: que la fidélité à son peuple, le jeûne collectif, le courage d'une seule personne bien placée, sont déjà la forme que prend la présence de Dieu quand Il ne parle pas.
Réflexion
Où, dans ma vie, suis-je en train d'envoyer des vêtements propres à quelqu'un qui a besoin que je m'assoie dans la cendre avec lui?
Quel "peut-être" de Dieu suis-je en train d'attendre d'éclaircir avant d'obéir, alors que l'obéissance elle-même est peut-être la seule clarté qui me sera donnée?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Mardochée s'arrête net: "il vint jusque devant la porte du roi; car il n'était pas permis d'entrer, vêtu d'un sac, dans la porte du roi." Le palais tolère les fêtes, pas les larmes. Combien de portes t'ont demandé de cacher ta douleur avant d'entrer? Le trône de Dieu, lui, ne connaît pas cette règle. Viens en sac, il t'écoute.
Merci, Père, de ce que je n'ai pas à attendre trente jours d'être appelé. Esther risquait sa vie en attendant le sceptre d'or; moi, je viens à toi à toute heure, et tu ne me renvoies jamais. Merci pour cet accès que Jésus a ouvert par son sang.
Mardochée ne cache rien à Esther. Il lui dit tout, y compris « la somme d'argent qu'Haman avait dit qu'il payerait au trésor du roi pour les Juifs, pour les détruire ». Un peuple entier chiffré, mis en compte. Il aurait pu adoucir la nouvelle. Il choisit la vérité entière, parce qu'il croit qu'elle peut la porter. Qui t'aime assez pour te dire les chiffres exacts ?
Père, quand la peur me pousse à me taire, donne-moi le courage d'Esther. Apprends-moi à jeûner, à prier, puis à avancer, même si tout tremble en moi. Je remets ma vie entre tes mains, quoi qu'il arrive.
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