Explication biblique

Genèse 18:25

Bible

Le texte

Les trois hommes se sont détournés vers Sodome ; la poussière retombe sur le chemin. Abraham, lui, ne bouge pas : il « se tenait encore devant l'Éternel ». Puis il s'approche, et ce qu'il dit ressemble moins à une prière qu'à une plaidoirie. Il vient d'avancer un chiffre, cinquante justes, et maintenant il pousse l'argument jusqu'au bout : « Loin de toi d'agir de cette manière, de faire mourir le juste avec le méchant, et qu'il en soit du juste comme du méchant ! Loin de toi ! » Et il termine par une question qui reste suspendue dans l'air chaud de Mamré, une question qu'aucun homme n'avait encore osé poser à Dieu : « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? »

Le cœur

Remarquez ce qu'Abraham ne fait pas. Il ne supplie pas Dieu d'être moins juste, il Le supplie de l'être davantage. Son argument n'est pas la pitié contre la justice, mais la justice contre la précipitation du jugement collectif. Ce « Loin de toi », en hébreu khalilah, est presque un cri d'horreur, le mot qu'on emploie quand une chose serait impensable, profanatrice. Abraham ose dire à Dieu : cela Te déshonorerait. Et voici le vertige du texte : Dieu ne le fait pas taire. Il ne répond pas « qui es-tu pour Me juger ? ». Il accepte le critère. Ce que ce verset affirme sur Dieu n'est donc pas seulement qu'Il est juste, mais qu'Il consent à être tenu pour juste, qu'Il se laisse invoquer sur Son propre caractère. Le Dieu de la Bible n'a pas peur d'être pris au mot.

Le fil conducteur

Ce qui se joue à Mamré est un modèle en miniature de toute l'histoire du salut : un homme se tient entre Dieu et une ville condamnée, et il plaide. Notez la logique d'Abraham : il ne demande pas qu'on sorte les justes de Sodome, il demande que les justes sauvent Sodome. « ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des 50 justes qui seront en elle ? » Le petit nombre pour la masse, la minorité fidèle comme raison de grâce pour les coupables. Cette arithmétique-là traverse toute la Bible et trouve son terme quand le compte descend non plus à dix, mais à Un. La question d'Abraham, « Feras-tu périr le juste avec le méchant ? », reçoit au Golgotha une réponse qu'il n'aurait pas supportée : oui, une fois, volontairement, pour que la ville soit épargnée. Le Juge de toute la terre a fait ce qui est juste en portant Lui-même le poids de la question.

Le miroir

Nous sommes plus doués pour condamner en bloc qu'Abraham. Toute cette famille est toxique. Ce service est pourri. Ce parti, cette génération, cette Église. Le jugement collectif est confortable parce qu'il dispense de regarder les visages un par un, et parce qu'il nous place, toujours, en dehors du lot. Abraham, lui, cherche cinquante visages dans une ville qu'il aurait eu toutes les raisons de mépriser ; son neveu y habite, et il ne le nomme même pas. Il plaide pour des inconnus. Et il y a l'autre côté du miroir : combien de vos prières oseraient ce ton-là ? Nous prions poliment, comme si Dieu était susceptible. Abraham parle en sachant qu'il n'est que « poussière et cendre », et il parle quand même. Aujourd'hui : écrivez sur un papier le nom d'une personne ou d'un groupe que vous avez rayé de votre carte, dites à voix haute « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? », et priez pour eux, nommément, une minute.

L'intertexte

Trois versets plus haut, Dieu parle du « cri de Sodome et de Gomorrhe ». Ce mot, le cri, est celui du sang d'Abel qui monte du sol et celui des Hébreux sous les briques d'Égypte : dans la Bible, l'oppression fait du bruit jusqu'au ciel, et Dieu descend. Sodome n'est donc pas jugée pour une abstraction morale mais parce que quelqu'un, en bas, hurle. Abraham l'ignore peut-être, et c'est ce qui rend son audace si belle. L'autre écho est Job, qui reprochera à Dieu de « détruire l'innocent avec le coupable » avec les mêmes mots, mais dans l'amertume, non dans l'intercession. La même question peut naître de la foi ou du désespoir. Abraham nous montre qu'elle peut se poser debout, devant Dieu, sans cesser d'être prière.

Le profil

Pour les premiers auditeurs de ce récit, Sodome était un proverbe, le nom même de la catastrophe méritée. Et voilà qu'on leur raconte que leur ancêtre a marchandé pour elle, et que Dieu a cédé six fois de suite. Dans le monde d'alors, les dieux effaçaient des villes par irritation ou par ennui, sans devoir de comptes ; le châtiment collectif allait de soi, la famille entière payait pour le coupable. Entendre que l'Éternel accepte d'être interrogé sur Sa propre justice, qu'Il pose comme évidence que le juste ne doit pas mourir avec le méchant, cela déplaçait le sol sous leurs pieds. Et cela chargeait Israël d'une vocation : le verset 19 vient de le dire, Abraham est choisi pour enseigner aux siens « ce qui est juste et droit ». Le peuple qui plaide pour la justice de Dieu doit la pratiquer.

La question

Dieu savait qu'il n'y avait pas dix justes à Sodome. Alors à quoi rimait ce marchandage ? Et surtout : la ville fut détruite, avec ses enfants, qui n'avaient rien crié vers le ciel. Techniquement, la demande d'Abraham fut honorée, Lot fut extrait avant le feu ; le juste n'a pas péri avec le méchant. Mais ce n'est pas tout à fait la question que nous posons, nous, et le texte le sait. Remarquez d'ailleurs qui s'arrête : ce n'est pas Dieu, c'est Abraham. Il cesse de demander à dix. Personne ne l'a interrompu. Peut-être n'osait-il plus, peut-être pressentait-il que même un seul aurait suffi et n'a pas su le formuler. La Bible laisse ce silence ouvert. Elle ne nous donne pas de théodicée ; elle nous donne un homme debout dans la poussière, et un Dieu qui l'écoute jusqu'au bout.

Réflexion

Sur quoi, précisément, oseriez-vous « prendre Dieu au mot » aujourd'hui, comme Abraham l'a fait sur Sa justice ?

Pour qui avez-vous cessé de prier parce que vous aviez conclu, dans votre for intérieur, qu'il n'y avait plus dix justes ?

Approfondir Genesis

Livres soigneusement choisis pour approfondir ce livre biblique.

Révélation des origines : le début de la Genèse

Révélation des origines : le début de la Genèse

Henri Blocher

Une exposition claire et profondément évangélique des premiers chapitres de la Genèse, qui aide à saisir le message théologique de la création, de la chute et des origines de l'humanité.

Commentaires sur l'Ancien Testament : Le livre de la Genèse

Jean Calvin

Le commentaire classique du Réformateur, verset après verset, qui unit rigueur exégétique et application pastorale pour nourrir la foi du lecteur.

Faith.network earns a small commission on Kobo purchases made through these links, at no extra cost to you. It helps keep the studies free.

Partager cette explication

Aidez à répandre l'Évangile. Envoyez cette explication à quelqu'un qui pourrait en être encouragé.

WhatsApp Email Facebook X / Twitter

Questions fréquentes sur Genesis 18:25

Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.

Que signifie Genèse 18:25 ?
Les trois hommes se sont détournés vers Sodome ; la poussière retombe sur le chemin. Abraham, lui, ne bouge pas : il « se tenait encore devant l'Éternel ». Puis il s'approche, et ce qu'il dit ressemble moins à une prière qu'à une plaidoirie.
De quoi parle Genèse 18:25 ?
Ce qui se joue à Mamré est un modèle en miniature de toute l'histoire du salut : un homme se tient entre Dieu et une ville condamnée, et il plaide. Notez la logique d'Abraham : il ne demande pas qu'on sorte les justes de Sodome, il demande que les justes sauvent Sodome.
Quel est le contexte historique de Genèse 18:25 ?
Trois versets plus haut, Dieu parle du « cri de Sodome et de Gomorrhe ». Ce mot, le cri, est celui du sang d'Abel qui monte du sol et celui des Hébreux sous les briques d'Égypte : dans la Bible, l'oppression fait du bruit jusqu'au ciel, et Dieu descend. Sodome n'est donc pas jugée pour une abstraction morale mais parce que quelqu'un, en bas, hurle.
Que nous enseigne Genèse 18:25 sur le caractère de Dieu ?
Dieu savait qu'il n'y avait pas dix justes à Sodome. Alors à quoi rimait ce marchandage ? Et surtout : la ville fut détruite, avec ses enfants, qui n'avaient rien crié vers le ciel. Techniquement, la demande d'Abraham fut honorée, Lot fut extrait avant le feu ; le juste n'a pas péri avec le méchant.
En quoi Genèse 18:25 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Pour qui avez-vous cessé de prier parce que vous aviez conclu, dans votre for intérieur, qu'il n'y avait plus dix justes ?
Grâce à nos partenaires

Ce que la communauté partage sur Genesis 18

Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.

Réflexion le verset 3

Je comprends que rien ne plus fort que la grâce divine en exemple du centenier qui se privât de la présence du Christ parce qu\'il ne le mérité pas mais Abraham lui compris que au-delà du mérite la grâce peux nous amener

Explorer ce passage à un autre niveau

Débutant, théologien, ou une autre longueur de lecture ? Ajustez les paramètres et générez votre propre version.

Ouvrir dans l'outil d'étude

Avertissement : Faith.network utilise des modèles de langage automatisés pour générer les explications de la Bible. Bien que nous recherchions la justesse théologique, le logiciel peut se tromper. Utilisez cet outil comme un complément, et non un remplacement, de votre propre étude de la Bible et de la vie communautaire de l'Église.

© 2026 Faith.Network. Tous droits réservés.

Faith.network est un ministère de Faith.network · KvK 84972599 · connect@faith.network

Entreprise ?