Genèse 48
Le Texte
Joseph apprend que son père se meurt et vient à son chevet avec Manassé et Éphraïm. Jacob rassemble ses forces, s'assied sur le lit, et fait quelque chose de juridique autant que de spirituel : il adopte les deux garçons nés en Égypte comme ses propres fils, « Éphraïm et Manassé sont à moi comme Ruben et Siméon ». Puis vient la scène décisive : les mains croisées. Joseph place l'aîné sous la droite de son père, mais Jacob croise délibérément les bras et pose la droite sur la tête du cadet. Joseph proteste ; Jacob refuse, avec cette phrase presque tendre et implacable : « Je le sais, mon fils, je le sais ». Il termine en promettant le retour au pays et en donnant à Joseph une part supplémentaire.
Le Cœur
Ce chapitre dit que la bénédiction n'appartient pas à l'ordre naturel des choses. Jacob, aveugle comme son père Isaac l'était quand lui-même vola la bénédiction, ne se trompe pourtant pas : il voit mieux les yeux fermés que Joseph les yeux ouverts. Et il bénit d'un Dieu qu'il nomme en trois temps : Celui devant la face duquel ont marché Abraham et Isaac, Celui « qui a été mon berger depuis que je suis jusqu'à ce jour », et « l'Ange qui m'a délivré de tout mal ». C'est la première fois dans la Bible que quelqu'un appelle Dieu son berger, et c'est un vieil homme trompeur, boiteux, endeuillé, qui le fait. La grâce ne récompense pas un parcours propre ; elle traverse une vie tordue et arrive quand même à destination, sur la tête d'enfants nés en exil.
Le Fil Rouge
Les mains croisées de Jacob dessinent le motif le plus tenace de toute l'Écriture. Abel avant Caïn, Isaac avant Ismaël, Jacob avant Ésaü, Juda avant ses trois aînés, David le dernier des fils d'Isaï : Dieu ne suit pas l'ordre de naissance, et cette obstination prépare Celui qui est venu en dernier et qui est devenu premier. Mais il y a plus discret encore : au milieu de son testament, Jacob s'interrompt pour parler d'une tombe, celle de Rachel, « sur le chemin d'Éphrath, qui est Bethléhem ». Le vieil homme ne le sait pas, mais il vient de prononcer, dans un chapitre où l'on bénit les enfants, le nom du village d'où sortira la bénédiction pour toutes les nations. Le fil rouge passe par un chagrin non guéri.
Le Miroir
Regardez la main de Joseph qui saisit le poignet de son père. Ce n'est pas de la méchanceté, c'est de l'ordre. Joseph sait comment les choses doivent se passer : l'aîné à droite, chacun à sa place, la logique respectée. Nous faisons cela sans arrêt. Nous tenons les comptes de qui mérite quoi : le collègue arrivé après nous et promu avant nous, le frère qui a mal vécu et dont la vie s'arrange, l'enfant plus jeune qui réussit là où l'aîné rame. « Pas ainsi, mon père. » Nous corrigeons la main de Dieu au nom de la justice, et nous appelons cela du discernement. Ce soir, posez votre main sur la tête d'un enfant, d'un petit-enfant ou d'un filleul, et prononcez à voix haute une bénédiction sur lui. Pas une prière générale : son nom, et du bien dit sur lui.
La Question
Pourquoi Éphraïm ? Le texte ne donne aucune raison. Il ne dit pas qu'il était plus pieux, plus doué, plus obéissant. Jacob dit seulement : « Je le sais, mon fils, je le sais », et ce savoir reste enfermé en lui. Ce qui gêne, c'est que la suite de l'histoire ne justifie pas le choix : Éphraïm deviendra la tribu dominante du royaume du Nord, et le prophète Osée passera son livre à pleurer sur l'idolâtrie d'Éphraïm. L'élévation n'était donc pas une récompense pour un mérite, et elle n'a pas garanti la fidélité. On reste avec un Dieu qui choisit librement, sans nous rendre de comptes, et qui n'est pas dissuadé par ce que Son choix produira. C'est effrayant et c'est, en même temps, la seule raison pour laquelle quelqu'un comme moi est béni.
L'Intertexte
Genèse 27 est le miroir noir de ce chapitre : là aussi un père aveugle, des mains, un cadet qui reçoit ce qui revenait à l'aîné. Mais là il y avait tromperie et peau de chevreau ; ici Jacob croise les bras « à dessein ». L'homme qui avait volé une bénédiction en donne enfin une en pleine lumière. Hébreux 11 retient précisément cette scène comme l'acte de foi de Jacob : mourant, il bénit, c'est-à-dire qu'il parle d'un avenir qu'il ne verra pas. Et l'adoption des deux garçons nés d'une mère égyptienne, « sont à moi », annonce ce que Paul appellera l'adoption des fils : des étrangers inscrits dans la famille par décision, non par naissance. Enfin, la tombe de Rachel près de Bethléhem revient chez Jérémie, puis chez Matthieu après le massacre des enfants. Le pleur de Rachel et la bénédiction de Jacob partagent la même route.
Le Contexte
Nous sommes en Égypte, dix-sept ans environ après l'installation à Goshen. Jacob a près de cent cinquante ans, il ne se lève plus, il « rassemble ses forces » pour s'asseoir. Joseph est le second personnage de l'empire, marié à la fille d'un prêtre égyptien ; ses deux fils sont, socialement, des Égyptiens de la haute administration. Le geste de Jacob a une valeur juridique : les retirer « d'entre ses genoux » était un rite d'adoption reconnu dans tout le Proche-Orient. Concrètement, Joseph reçoit la double part du premier-né, sous forme de deux tribus, alors que Ruben, l'aîné réel, l'a perdue. Et Joseph, vizir tout-puissant, se prosterne « le visage contre terre » devant un vieillard mourant. Dans cette chambre, le pouvoir égyptien s'incline devant la promesse faite à Luz.
Réflexion
Où, dans ma famille ou mon travail, suis-je en train de tenir le poignet de Dieu pour rétablir un ordre qui me semble juste ?
Jacob appelle Dieu « mon berger » au terme d'une vie de fuites et de deuils. Quel nom pour Dieu ma propre histoire m'a-t-elle appris, que je n'aurais pas trouvé dans un livre ?
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Questions fréquentes sur Genesis 48
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, tu donnes à chacun sa part, et la mienne vient de toi. Apprends-moi à recevoir sans comparer, à garder ce que tu confies sans le serrer trop fort, et à transmettre autour de moi un peu de ta bonté.
Père, tu prends ceux qui n'étaient pas nés dans ta maison et tu les appelles tiens. Merci de me compter parmi tes enfants, avec la même part, le même nom. Quand je me sens étranger, rappelle moi que ma place à ta table est déjà donnée.
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