Jean 5:3
Le texte
Sous les cinq portiques d'un bassin situé près de la porte des brebis, à Jérusalem, gît une foule de malades. Jean ne les nomme pas un par un: il les regroupe par leur infirmité, «une multitude d'infirmes, d'aveugles, de boiteux et de gens qui avaient les membres secs». Tous immobiles, tous couchés, tous suspendus à un même espoir: que l'eau bouge.
Le cœur
Ce verset est une radiographie du monde sans Dieu, prise à deux pas du Temple. Jean aurait pu écrire «il y avait des malades». Il choisit une énumération qui ressemble à un inventaire, et cet inventaire dit quelque chose de théologique: la création est abîmée. Pas d'abord moralement abîmée, ici; corporellement, visiblement, irréversiblement. Le péché n'est pas seulement une affaire de volonté mauvaise, c'est un délabrement qui atteint les yeux, les jambes, les muscles. Et l'espérance que ces gens nourrissent est révélatrice: elle est concurrentielle. Un seul entre le premier. La guérison, ici, fonctionne comme une loterie où le plus fort gagne, c'est-à-dire précisément celui qui en a le moins besoin. Voilà la religion sans grâce, décrite en une image: une piscine où il faut courir pour être sauvé.
Le fil rouge
Retenez la porte des brebis. C'est par là que passaient les bêtes destinées aux sacrifices du Temple. Autrement dit, ces corps brisés sont couchés sur la route même du sang qui devait purifier Israël, et rien ne change pour eux. Le culte défile devant eux; ils restent à terre. Jean pose ainsi, dès le décor, la question à laquelle tout son Évangile répond: qui apportera la guérison que les sacrifices annoncent sans jamais l'accomplir? Quelques versets plus loin, Jésus ne fait pas entrer un homme dans l'eau, Il lui parle, et l'homme se lève. Le mouvement va s'inverser: ce n'est plus l'homme qui doit descendre vers l'eau agitée, c'est la Parole qui descend vers l'homme couché. Grâce contre compétition, voilà le fil.
Le miroir
Vous connaissez cette piscine mieux que vous ne le pensez. C'est le sentiment qu'il faut être le premier: le premier arrivé au bureau, le premier à réagir, le premier à avoir compris. C'est la conviction sourde que Dieu bénit les rapides, les capables, ceux qui se démènent, et que si votre mariage s'est effondré ou que votre corps vous a lâché à cinquante ans, vous êtes simplement arrivé trop tard. Et il y a l'autre face: la position couchée qui finit par devenir une identité. On s'installe dans son infirmité, on la connaît, on organise sa vie autour d'elle. Trente-huit ans, dira le verset 5. La question n'est pas de savoir si vous êtes malade. Elle est de savoir si vous attendez encore autre chose qu'un remous dans l'eau.
L'intertexte
Lévitique 21 interdisait à un descendant d'Aaron aveugle ou boiteux de présenter les offrandes: l'infirmité disqualifiait pour le service sanctuaire. Ces gens couchés à la porte des brebis sont donc, au sens le plus littéral, la catégorie des exclus du culte, rassemblés à l'endroit exact où le culte commence. Et puis il y a ces «membres secs». Ézéchiel avait vu une vallée d'ossements desséchés à qui Dieu demandait: ces os pourront-ils revivre? La réponse était venue par la parole prophétique, pas par une technique. Jean 5 rejoue cette scène en miniature, et Jésus dira lui-même au verset 25: «les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront entendue vivront». Le dessèchement n'est pas le dernier mot.
Contexte
Nous sommes à Jérusalem pendant une fête, donc dans une ville gonflée de pèlerins, bruyante, saturée d'odeurs de bétail et d'encens. Le bassin de Béthesda était un vaste réservoir à double bassin, entouré de portiques, un lieu public à la réputation thérapeutique, quelque part entre le sanctuaire et la superstition populaire. Aucune sécurité sociale n'existait: un homme paralysé vivait de la mendicité et de la pitié de sa famille, quand il en avait une. Être infirme, c'était être socialement invisible et religieusement suspect, puisque beaucoup lisaient la maladie comme un verdict. Ces malades campaient donc à la frontière: assez près du Temple pour en entendre les rumeurs, trop impurs pour y entrer.
Le détail
«Des gens qui avaient les membres secs.» Le mot grec, xēros, veut dire desséché, comme une branche morte ou un puits tari. Ce n'est pas une paralysie soudaine, c'est une atrophie: le membre a cessé d'être irrigué et s'est lentement rétracté. L'image est terrible parce qu'elle est lente. Rien de spectaculaire, juste une vie qui se retire millimètre par millimètre. Jean pose ce mot au bout de sa liste comme une chute. Et il décrit aussi, sans le dire, l'état spirituel des interlocuteurs de Jésus dans la suite du chapitre: des hommes qui sondent les Écritures et refusent de venir à Celui qui donne la vie. Il y a des dessèchements qui ne se voient pas de l'extérieur.
Réflexion
Où, dans votre vie, êtes-vous encore en train de courir vers l'eau agitée, persuadé que Dieu récompense les premiers arrivés?
Qu'est-ce qui, chez vous, s'est desséché si lentement que vous avez cessé de le remarquer, et oseriez-vous le nommer devant Christ aujourd'hui?
Approfondir John
Livres soigneusement choisis pour approfondir ce livre biblique.
Commentaire sur l'Évangile selon saint Jean
Verset après verset, Calvin éclaire avec une clarté pastorale la gloire du Christ révélée dans cet évangile et nourrit la foi du lecteur.
Commentaire sur l'Évangile de saint Jean
Ce classique de l'exégèse évangélique francophone allie rigueur du texte grec et profondeur spirituelle pour accompagner une étude approfondie de Jean.
Faith.network earns a small commission on Kobo purchases made through these links, at no extra cost to you. It helps keep the studies free.
Questions fréquentes sur John 5:3
Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.
Que signifie Jean 5:3 ?
De quoi parle Jean 5:3 ?
Quel est le contexte historique de Jean 5:3 ?
Que nous enseigne Jean 5:3 sur le caractère de Dieu ?
En quoi Jean 5:3 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Ce que la communauté partage sur John 5
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Seigneur, tu m'as relevé quand je ne pouvais plus avancer. Aide-moi maintenant à ne pas retourner à ce qui me blesse. Que ma guérison ne reste pas un souvenir, mais qu'elle change ma façon de vivre, jour après jour, près de toi.
Accusé de se faire égal à Dieu, Jésus répond par une parole de dépendance: "Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu'il ne voie le Père faire." Il regarde avant d'agir. Toute sa force vient de ce regard tourné vers son Père. Et toi, combien de choses entreprends-tu sans avoir d'abord regardé?
Explorer ce passage à un autre niveau
Débutant, théologien, ou une autre longueur de lecture ? Ajustez les paramètres et générez votre propre version.
Ouvrir dans l'outil d'étude