Explication biblique

Juges 8:1

Bible

Le texte

À peine Madian est-il en fuite que les hommes d'Éphraïm viennent trouver Gédéon avec un reproche : « Que nous as-tu fait, de ne pas nous avoir appelés lorsque tu es allé faire la guerre contre Madian ? » Et le texte ajoute qu'ils « contestèrent fortement avec lui ». La délivrance est acquise, l'ennemi est brisé, et la première parole qui suit la victoire n'est pas un cantique mais une querelle d'honneur.

Le cœur

Le verbe employé ici, rib, n'est pas celui d'une simple bouderie : c'est le mot du procès, de la plainte déposée. Éphraïm intente une action contre Gédéon. Le motif ? Non pas d'avoir été privé du danger, mais d'avoir été privé de la gloire. Et voilà l'ironie qui traverse tout le chapitre 7 : Dieu avait réduit l'armée de trente-deux mille à trois cents précisément pour qu'Israël ne puisse pas dire « ma main m'a sauvé ». Dieu retire à l'homme toute part dans le salut, et l'homme, à peine sauvé, réclame sa part. Le cœur humain ne supporte pas d'être spectateur de son propre secours. Il préfère un rôle, même petit, à une grâce entière.

Le fil rouge

Regardez qui prononce cette phrase et vous verrez un motif qui traverse toute l'Écriture. Sur le chemin de Jérusalem, pendant que Jésus annonce sa mort, les disciples discutent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand ; et le soir même de la Cène, ils recommencent. La querelle d'Éphraïm est la leur. Elle est la nôtre. Face à cela se dresse le contraste absolu : Celui qui avait droit à toute la gloire ne l'a pas revendiquée, mais s'est dépouillé, obéissant jusqu'à la croix (Philippiens 2). Là, la réduction commencée avec les trois cents va jusqu'au bout : un seul homme, sans armée, sans allié, sans personne qu'on ait « appelé ». Le salut est accompli seul, pour qu'il soit grâce. Éphraïm exige d'être convoqué au combat ; le Calvaire ne convoque personne.

Le miroir

Cette phrase est peut-être la plus humaine de tout le livre des Juges : pourquoi ne m'as-tu pas appelé ? Vous la connaissez. Le collègue présente le projet dont vous avez écrit les trois quarts, et personne ne cite votre nom. Une décision se prend dans le conseil de l'Église sans qu'on vous ait consulté, alors que vous êtes là depuis vingt ans. Aux funérailles de votre père, c'est le frère absent pendant la maladie qui prend la parole. Ou plus intime encore : Dieu agit dans la vie de votre enfant, de votre paroisse, et vous constatez avec un pincement que cela s'est fait sans vous. Éphraïm ne nie pas la victoire. Il ne supporte pas d'y avoir été inutile. Et si vous êtes honnête, ce n'est pas la gloire de Dieu qui vous manque le plus souvent, c'est la vôtre.

Contexte

Nous sommes à l'époque des juges, sans roi, sans État, avec douze tribus qui se comportent comme des cantons jaloux. Éphraïm est la tribu dominante du nord, descendante de Joseph, riche, nombreuse, habituée à mener. Gédéon, lui, sort d'Abiézer, un clan mineur de Manassé ; il s'était lui-même décrit comme le plus petit de la maison de son père. Un homme de peu vient de faire ce qu'Éphraïm n'a pas fait, et l'ordre social en est ébranlé. Dans une culture d'honneur et de honte, ce n'est pas un détail : la réputation est le capital des tribus. La réponse de Gédéon aux versets suivants, qui leur attribue la prise d'Oreb et de Zeëb, est un chef-d'œuvre de diplomatie. Notez aussi ce qu'elle révèle : il flatte les puissants, et quelques versets plus loin il broie les anciens de Succoth avec des épines.

L'intertexte

Deux échos éclairent ce verset. Le premier est proche : Jean-Baptiste, dont les disciples s'inquiètent de voir Jésus attirer les foules, et qui répond qu'il doit lui-même diminuer pendant que l'Autre grandit (Jean 3). C'est l'inverse exact d'Éphraïm : la joie de n'être pas au centre. Le second est le chapitre précédent, à lire absolument avec celui-ci. Gédéon avait bien envoyé chercher Éphraïm pour tenir les gués du Jourdain, mais après le coup décisif. Éphraïm n'a donc pas été oublié ; il a été appelé trop tard pour briller. Toute la plainte tient dans ce décalage. Beaucoup de nos amertumes ecclésiales tiennent à ce même décalage : on nous a bien associés, mais pas au moment où cela comptait.

La question

Alors Dieu nous humilie-t-il exprès ? Il semble bien. Il a lui-même organisé l'exclusion : c'est Lui qui a renvoyé les trente et un mille sept cents, c'est Lui qui a voulu que la victoire soit indiscutablement la sienne. Et cela heurte quelque chose de légitime en nous, car ce même Dieu nous appelle réellement au service, nous confie des tâches, nous demande de veiller aux gués. Nous ne sommes pas rien. Mais nous ne sommes jamais décisifs. Tenir ces deux vérités ensemble sans que l'une n'étouffe l'autre est le travail d'une vie entière, et je ne connais personne qui l'ait terminé. La blessure d'Éphraïm ne se guérit pas par un raisonnement ; elle se guérit, lentement, au pied d'une croix où l'on n'a rien porté.

Réflexion

Quelle est, en ce moment, la situation où vous vous entendez dire intérieurement : « pourquoi ne m'a-t-on pas appelé ? » Qu'est-ce que vous voulez vraiment, dans cette situation : que l'œuvre se fasse, ou que votre part y soit vue ?

Gédéon apaise les forts et écrase les faibles. Où votre besoin de reconnaissance vous rend-il complaisant envers ceux qui comptent et dur envers ceux qui ne comptent pas ?

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Questions fréquentes sur Judges 8:1

Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.

Que signifie Juges 8:1 ?
À peine Madian est-il en fuite que les hommes d'Éphraïm viennent trouver Gédéon avec un reproche : « Que nous as-tu fait, de ne pas nous avoir appelés lorsque tu es allé faire la guerre contre Madian ? » Et le texte ajoute qu'ils « contestèrent fortement avec lui ».
De quoi parle Juges 8:1 ?
Regardez qui prononce cette phrase et vous verrez un motif qui traverse toute l'Écriture. Sur le chemin de Jérusalem, pendant que Jésus annonce sa mort, les disciples discutent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand ; et le soir même de la Cène, ils recommencent.
Quel est le contexte historique de Juges 8:1 ?
Nous sommes à l'époque des juges, sans roi, sans État, avec douze tribus qui se comportent comme des cantons jaloux. Éphraïm est la tribu dominante du nord, descendante de Joseph, riche, nombreuse, habituée à mener. Gédéon, lui, sort d'Abiézer, un clan mineur de Manassé ; il s'était lui-même décrit comme le plus petit de la maison de son père.
Que nous enseigne Juges 8:1 sur le caractère de Dieu ?
Alors Dieu nous humilie-t-il exprès ? Il semble bien. Il a lui-même organisé l'exclusion : c'est Lui qui a renvoyé les trente et un mille sept cents, c'est Lui qui a voulu que la victoire soit indiscutablement la sienne. Et cela heurte quelque chose de légitime en nous, car ce même Dieu nous appelle réellement au service, nous confie des tâches, nous demande de veiller aux gués.
En quoi Juges 8:1 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Gédéon apaise les forts et écrase les faibles. Où votre besoin de reconnaissance vous rend-il complaisant envers ceux qui comptent et dur envers ceux qui ne comptent pas ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.

Prière Éditorial le verset 3

Père, apprends-moi la douceur de Gédéon, cette parole calme qui apaise la colère au lieu de l'attiser. Quand je veux défendre ma place ou réclamer ma part de mérite, rappelle-moi que la victoire vient de toi, et donne-moi le courage d'honorer les autres avant moi.

Merci Éditorial le verset 33

Merci, Seigneur, de ne pas te détourner de moi quand je me détourne de toi. À peine Gédéon mort, Israël « se prostitua après les Baals », et pourtant tu ne les as pas abandonnés. Merci de rester fidèle quand ma fidélité vacille, et de me ramener à toi.

Prière Éditorial le verset 30

Père, Gédéon a gagné des batailles, puis a laissé sa maison se remplir de ce qui l'éloignait de toi. Garde mon cœur après les victoires. Que ce que je construis, ma famille, mon travail, reste simple et tourné vers toi.

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