Lamentations 3:22
Le texte
Après vingt et un versets où l'homme accablé n'a parlé que de lui, « je suis l'homme qui ai vu l'affliction », le pronom bascule soudain : « nous ne sommes pas consumés ». Le poète, qui vient de dire que son espérance a péri, rappelle une chose à son cœur et cette chose le relève : si Jérusalem fume encore mais n'est pas réduite en cendre totale, ce n'est pas par la solidité de ses murs ni par la clémence de Babylone, c'est par les bontés de l'Éternel. Ses compassions ne cessent pas. Le verset ne nie rien de la douleur décrite plus haut ; il place sous elle un plancher qui ne cède pas.
Le cœur
Le mot traduit par « bontés » est hesed, cette fidélité d'alliance qui tient même quand le partenaire a rompu le contrat. Et ce mot ne vient pas de nulle part : il résonne avec la déclaration de l'Éternel à Moïse au Sinaï, après le veau d'or, lorsqu'Il se présente comme riche en bonté et en fidélité, lent à la colère. Le poète de Lamentations se tient dans les décombres d'un autre veau d'or, celui de plusieurs siècles d'infidélité, et il récite la même formule. Voilà ce que dit ce verset sur Dieu : Sa compassion n'est pas une humeur mais Son caractère juré. Et voilà ce qu'il dit sur nous : notre survie n'est jamais un droit acquis, c'est une grâce renouvelée que nous ne remarquons qu'en comptant ce qui ne nous a pas détruits.
Le fil conducteur
Ce « nous ne sommes pas consumés » n'est pas un cri isolé. Il revient, presque mot pour mot, à la fin de l'Ancien Testament : chez Malachie, Dieu déclare que c'est parce qu'Il ne change pas que les fils de Jacob ne sont pas anéantis. Entre les deux, le même raisonnement : la survie d'Israël n'a aucune explication dans Israël. Et le fil se tend jusqu'au Calvaire, où quelqu'un est consumé à notre place. Lisez la suite du poème : « Il présente la joue à celui qui le frappe, il est rassasié d'opprobres » (v. 30), et plus haut « il m'a abreuvé d'absinthe » (v. 15). L'homme qui a vu l'affliction dessine, sans le savoir, la silhouette du Serviteur souffrant qui boira le vinaigre et tendra la joue, pour que le « nous » puisse tenir.
Le miroir
Vous comptez probablement ce qui manque. Le compte en banque qui ne suit plus, l'enfant qui ne répond plus aux messages, le diagnostic qui attend sa confirmation, le collègue qui a réussi à vous salir. Ce verset ne vous demande pas de nier ce décompte, il en propose un autre : non pas ce que vous avez obtenu, mais ce qui ne vous a pas détruit. Le poète ne dit pas « tout va bien » ; il dit que la maison a brûlé et que lui respire encore, et que cela n'allait pas de soi. Il y a dans cette arithmétique une humilité redoutable, car elle enlève à notre résilience le mérite de notre survie. Ce soir, écrivez sur un papier une seule phrase : « Aujourd'hui, ceci ne m'a pas consumé », et nommez la chose précise. Puis gardez le papier.
La question
Le problème saute aux yeux dès qu'on lit le chapitre d'un bout à l'autre : vingt versets plus loin, le même homme dira « tu n'as pas pardonné » (v. 42). La confession des compassions ne met donc pas fin à la plainte ; elle n'est pas un point final mais une respiration. Et c'est le même Dieu qui, au verset 12, « a bandé son arc » et fait du poète une cible. Le texte refuse de choisir : l'Archer est le Compatissant. Le verset 33 tempère, sans résoudre : « ce n'est pas volontiers qu'il afflige ». Nous aimerions une explication ; la Bible nous donne un visage. Il faudra attendre la croix pour voir comment la flèche et la compassion se rencontrent, et même là, le mystère reste habité plutôt qu'expliqué.
Le détail
« Ses compassions ne cessent pas », et le verset suivant précise : « elles sont nouvelles chaque matin ». Le poète ne dit pas qu'elles sont abondantes ou inépuisables en stock ; il dit qu'elles arrivent par portions quotidiennes. C'est exactement le régime de la manne au désert : ramassée le matin, impossible à thésauriser, pourrie dès le lendemain. Dieu refuse de nous donner une réserve de miséricorde qui nous permettrait de ne plus avoir besoin de Lui demain. Pour un peuple en ruines, c'est à la fois rassurant et agaçant : il n'y a pas de provision, seulement une fidélité qui se présente à nouveau à l'aube. D'où la suite logique : « L'Éternel est ma portion » (v. 24). Une portion, pas un entrepôt.
Le profil
Les premiers à chanter cela sont des rescapés de 587. Ils ont vu le temple brûler, les enfants mourir de faim dans les rues, les chefs déportés. Lamentations se récitait sur place, au milieu des pierres noircies, lors des jeûnes commémoratifs. Entendez alors la dureté de ce verset : il ne peut être prononcé que par ceux qui ont survécu, devant la mémoire de ceux qui n'ont pas survécu. Ce n'est pas un chant de confort bourgeois, c'est le témoignage de gens qui auraient dû disparaître de l'histoire comme des dizaines d'autres petits peuples engloutis par Babylone, et qui sont encore là pour parler. Leur existence même est l'argument. Ils n'affirment pas que Dieu est bon malgré les faits ; ils affirment que leur présence, ce matin-là, est le fait.
Réflexion
Si vous deviez tenir le compte de ce qui ne vous a pas consumé cette année, quelle serait la première ligne, et pourquoi ne l'avez-vous jamais écrite ?
Le poète passe de « je » à « nous » au moment précis où l'espérance revient. Qu'est-ce que cela dit de votre manière de traverser seul ce que vous traversez en ce moment ?
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Questions fréquentes sur Lamentations 3:22
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Ce que la communauté partage sur Lamentations 3
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Tu t'es enveloppé de colère et tu nous as poursuivis; tu as tué, tu n'as point épargné. » Quelques versets plus tôt, le même homme chantait les compassions qui se renouvellent chaque matin. Et pourtant il ose encore dire sa douleur. Ta foi n'a pas à faire semblant. Tu peux croire en sa bonté et lui crier que tu ne la vois plus.
« Pourquoi un homme vivant se plaindrait-il, un homme, à cause de la peine de ses péchés ? » Jérémie écrit cela assis dans les décombres de sa ville. Et il remarque une chose : il respire encore. Ce souffle que tu as ce matin, tu ne l'as pas mérité. Avant de compter ce qui te manque, ose compter cela.
Seigneur, tu vois ce qu'on m'a fait, même ce que personne d'autre n'a remarqué. Je dépose entre tes mains ce que je n'arrive pas à réparer moi-même. Juge avec justice, et garde mon cœur libre d'amertume pendant que j'attends.
Seigneur, je ne reconnais plus mon chemin. Tout semble détourné, brisé, et je me sens laissé seul au bord de la route. Je ne comprends pas, mais je viens te le dire quand même. Reste avec moi dans ce désert, et tiens ce qui en moi menace de se défaire.
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