Lamentations 3:26
Le texte
Entre les dents brisées par le gravier (v. 16) et le joug porté dès la jeunesse (v. 27), une phrase courte se pose comme une pierre au milieu du torrent : « C'est une chose bonne qu'on attende, et dans le silence, le salut de l'Éternel. » Le poète ne dit pas que la souffrance est bonne. Il dit que cela est bon : attendre, et se taire en attendant, le salut qui vient de Dieu seul. Trois mots portent tout le verset : bon, attendre, silence. Et le quatrième, le plus lourd, c'est le complément d'objet : ce qu'on attend n'est pas une amélioration des circonstances, c'est « le salut de l'Éternel ». Celui qui a écrit au verset 18 « mon espérance en l'Éternel » avait péri en écrit maintenant qu'il est bon d'espérer encore.
Le cœur
Ce verset dit quelque chose de dérangeant sur la place de l'homme devant Dieu : nous ne sommes pas les acteurs de notre délivrance, mais ses bénéficiaires. Le salut est « de l'Éternel », génitif de provenance ; il descend, il ne se fabrique pas. Et la posture qui correspond à cette réalité, ce n'est ni l'activisme religieux ni la résignation, c'est l'attente silencieuse. Le silence dont parle le poète n'est pas le mutisme de celui qui n'a plus rien à dire ; les soixante-six versets du chapitre prouvent le contraire, il crie, il accuse, il pleure. C'est le silence de celui qui cesse d'exiger un calendrier. Attendre, ici, c'est reconnaître que Dieu est juge et sauveur en même temps, et que ces deux choses ne se contredisent pas. C'est pourquoi le verset précédent peut dire : « L'Éternel est bon pour ceux qui s'attendent à lui. » La bonté de Dieu ne se prouve pas d'abord par la fin de l'épreuve, mais par le fait qu'il y ait encore quelqu'un à attendre.
Le fil conducteur
Le chapitre s'ouvre sur « l'homme qui ai vu l'affliction par la verge de sa fureur ». Un homme, singulier, qui porte dans son corps le jugement tombé sur tout un peuple. L'Église a très tôt reconnu dans cette figure les traits de Celui qui, innocent, a été compté parmi les coupables : la risée du peuple (v. 14), abreuvé d'amertume (v. 15), la joue présentée à celui qui frappe (v. 30), la prière apparemment sans réponse (v. 8). Jésus a tenu ce verset 26 jusqu'au bout. Il a attendu, en silence, le salut de l'Éternel, devant Caïphe, devant Pilate, et jusque dans le tombeau du sabbat où il n'y eut rien à faire que d'attendre le Père. Et ce « salut de l'Éternel », yeshou'a en hébreu, est précisément le mot dont est fait Son nom. Ce que le poète attend sans le voir a reçu un visage.
Le miroir
L'attente que ce verset appelle bonne est exactement celle que nous détestons. Le résultat de la biopsie qui tarde. L'enfant qui ne rappelle pas et dont vous relisez les anciens messages. Le conjoint devenu poli et distant. Le dossier bloqué, le compte en banque qui descend. Notre réflexe n'est pas l'athéisme, il est plus subtil : nous transformons la prière en négociation, nous fixons à Dieu des délais qu'Il n'a pas signés, nous cherchons un levier, n'importe lequel, pour n'être pas réduits à attendre. Le silence du verset 26 n'interdit pas le cri ; il interdit le chantage. Il désarme l'orgueil de celui qui veut rester maître d'œuvre de son propre sauvetage. Aujourd'hui : règle un minuteur sur cinq minutes, assieds-toi, dis une seule fois à voix haute « L'Éternel est ma portion », et ne demande plus rien jusqu'à la sonnerie.
L'intertexte
Deux passages éclairent ce verset. Au bord de la mer Rouge, Moïse ordonne au peuple paniqué de tenir ferme et de voir le salut de l'Éternel, en se taisant pendant que Dieu combat pour eux (Exode 14). Même vocabulaire, même posture : le salut appartient à Dieu, la part de l'homme est de ne pas s'agiter. Et Ésaïe 53 décrit le Serviteur qui, maltraité, n'ouvre pas la bouche, comme l'agneau muet devant ceux qui le tondent. Entre les deux, Lamentations 3:26 fait le pont : ce qu'Israël a appris une fois devant la mer, un Homme le vivra jusqu'au bout sur une croix. Le silence n'est pas passivité ; c'est la forme que prend la foi quand elle n'a plus de moyens.
Le détail
En hébreu, le chapitre est un acrostiche : chaque groupe de trois versets commence par la même lettre, dans l'ordre de l'alphabet. Les versets 25, 26 et 27 forment une de ces triades, et les trois commencent par le même mot : « bon ». Bon est l'Éternel pour ceux qui s'attendent à Lui ; bonne est l'attente silencieuse ; bon est le joug porté dans la jeunesse. Trois fois « bon », martelés au cœur d'un poème où tout le reste est fiel, cendre et flèches. Et remarquez la forme même : écrire un acrostiche quand votre ville fume encore, c'est refuser que la douleur ait le dernier mot sur le langage. L'alphabet continue d'avancer. C'est de l'attente mise en forme.
Le contexte
586 avant Jésus-Christ. Jérusalem est tombée après un siège de dix-huit mois, le Temple a brûlé, les murailles sont éventrées, le roi Sédécias a vu égorger ses fils avant qu'on lui crève les yeux. Les chapitres 2 et 4 décrivent des mères qui mangent leurs enfants. Ces poèmes se chantaient sans doute sur les ruines, lors de jeûnes commémoratifs. Il faut mesurer le séisme théologique : on avait cru le Temple inviolable, la présence de Dieu garantie par l'adresse. Tout cela est par terre. Le poète ne plaide pas innocent, il dira au verset 42 : « Nous avons désobéi et nous avons été rebelles. » C'est là, sans argument, sans recours, qu'il ose dire qu'il est bon d'attendre en silence Celui-là même dont la main l'a frappé.
Réflexion
Dans quelle situation précise de ta vie es-tu en train de fixer à Dieu un délai, et que changerait le fait de retirer cette échéance ?
Si le salut que tu attends a déjà un nom et un visage en Jésus, qu'est-ce que cela modifie dans la façon dont tu traverses l'attente qui n'est pas encore finie ?
Des livres chrétiens à découvrir
Des livres choisis avec soin, disponibles dans votre langue.
Ce récit intime de conversion invite le lecteur à contempler la grâce de Dieu qui transforme les cœurs les plus tourmentés.
Cette allégorie intemporelle éclaire chaque étape de la vie chrétienne, des combats aux joies célestes.
Les Fondements du christianisme
Lewis expose avec clarté et humour les vérités essentielles de la foi, affermissant l'intelligence et le cœur.
Ces lettres pleines d'esprit démasquent les ruses spirituelles quotidiennes et encouragent la vigilance dans la foi.
Un compagnon de méditation qui appelle à une intimité profonde et humble avec le Christ.
Faith.network earns a small commission on Kobo purchases made through these links, at no extra cost to you. It helps keep the studies free.
Questions fréquentes sur Lamentations 3:26
Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.
Que signifie Lamentations 3:26 ?
De quoi parle Lamentations 3:26 ?
Quel est le contexte historique de Lamentations 3:26 ?
Que nous enseigne Lamentations 3:26 sur le caractère de Dieu ?
En quoi Lamentations 3:26 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Ce que la communauté partage sur Lamentations 3
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Pourquoi un homme vivant se plaindrait-il, un homme, à cause de la peine de ses péchés ? » Jérémie écrit cela assis dans les décombres de sa ville. Et il remarque une chose : il respire encore. Ce souffle que tu as ce matin, tu ne l'as pas mérité. Avant de compter ce qui te manque, ose compter cela.
Seigneur, tu vois ce qu'on m'a fait, même ce que personne d'autre n'a remarqué. Je dépose entre tes mains ce que je n'arrive pas à réparer moi-même. Juge avec justice, et garde mon cœur libre d'amertume pendant que j'attends.
Seigneur, je ne reconnais plus mon chemin. Tout semble détourné, brisé, et je me sens laissé seul au bord de la route. Je ne comprends pas, mais je viens te le dire quand même. Reste avec moi dans ce désert, et tiens ce qui en moi menace de se défaire.
Père, mes larmes ne s'arrêtent pas, et je ne sais plus comment les retenir. Je viens quand même vers toi avec ce chagrin qui coule sans répit. Regarde-moi, écoute-moi, et si tu le veux, apaise un peu mon cœur aujourd'hui.
Explorer ce passage à un autre niveau
Débutant, théologien, ou une autre longueur de lecture ? Ajustez les paramètres et générez votre propre version.
Ouvrir dans l'outil d'étude