Marc 1:6
Le Texte
Marc interrompt un instant le mouvement de la foule qui descend vers le Jourdain pour fixer la caméra sur un homme : « Or Jean était vêtu de poil de chameau et d'une ceinture de cuir autour des reins, et il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. » Pas un mot sur son éloquence, rien sur sa voix ni sur son visage. Un vêtement rêche, une ceinture, deux aliments que le désert donne sans qu'on les cultive. C'est tout. Au milieu d'un récit qui court à perdre haleine, où tout arrive « aussitôt », Marc prend le temps de décrire une garde-robe. Ce détail apparemment anecdotique est en réalité une citation vestimentaire : Jean porte sur lui un texte de l'Ancien Testament.
Le Cœur
Ce verset dit quelque chose de dérangeant sur la manière dont Dieu prépare Son propre avènement. Il ne commence pas par le Temple, ni par le sacerdoce, ni par une déclaration officielle à Jérusalem. Il commence par un homme habillé de poil de chameau, mangeant ce qui traîne, installé là où rien ne pousse. Le désert, dans la mémoire d'Israël, est le lieu des fiançailles et de la dépendance, pas le lieu du prestige. En plaçant Son messager hors du système religieux et hors du confort, Dieu signifie que la préparation du chemin passe par le dépouillement, non par l'accumulation. Et il y a une pointe pastorale : ce que Jean porte sur son corps, il le prêche de sa bouche. Son austérité n'est pas un style, c'est une cohérence. Le messager ne doit pas encombrer le message.
Le Fil rouge
Un lecteur juif du premier siècle n'a pas besoin qu'on lui explique ce costume. Quand les envoyés du roi Achazia décrivent l'homme qui les a interceptés sur la route, dans le second livre des Rois, ils parlent d'un homme velu portant une ceinture de cuir autour des reins, et le roi comprend immédiatement : c'est Élie le Thishbite. Marc habille Jean exactement de la même manière. Ce n'est pas une coïncidence de mode bédouine, c'est une signature. Et la signature compte, parce que Malachie, le dernier mot de l'Ancien Testament, promet le retour d'Élie avant le jour grand et terrible du Seigneur. Autrement dit : le verset 6 est la réponse à la dernière phrase prononcée par les prophètes, après des siècles de silence. Le fil se renoue. Celui qui vient après Jean, « plus puissant que moi », est donc bien le Seigneur Lui-même, et les lecteurs de Marc le savent avant que Jésus n'ait dit un mot.
Le Miroir
Nous passons beaucoup de temps à nous habiller, au sens large. Le vocabulaire qu'on choisit en réunion, la voiture garée devant la maison, les photos retenues et celles supprimées, la façon dont on laisse entendre, l'air de rien, que les enfants réussissent bien à l'école. Rien de tout cela n'est diabolique, mais tout cela parle, et parfois cela parle plus fort que ce que nous disons croire. Jean, lui, n'a aucun écart entre son apparence et son message : son corps dit la même chose que sa bouche. La question n'est pas de savoir si vous êtes assez austère. Elle est de savoir si quelqu'un, en vous observant une semaine sans vous entendre, devinerait ce que vous affirmez le dimanche. Aujourd'hui, choisissez un seul objet ou vêtement que vous gardez surtout parce qu'il vous met en valeur, mettez-le dans un sac près de la porte pour le donner, et dites à voix haute pourquoi vous y tenez tant.
Le Contexte
Nous sommes dans le désert de Judée, la zone aride qui descend vers le Jourdain, à une journée de marche de Jérusalem. Le Temple fonctionne, le sacerdoce est en place, Hérode Antipas règne sur la Galilée sous tutelle romaine, et pourtant c'est ici, dans le vide, que la foule se déplace. Le poil de chameau est l'étoffe la moins chère qui soit, rêche, portée par les pauvres ; la ceinture de cuir est celle d'un homme qui marche. Les sauterelles sont permises par la loi de Moïse et constituent la nourriture des indigents ; le miel sauvage se trouve dans les rochers. Jean ne dépend d'aucune institution, d'aucun salaire, d'aucun protecteur. C'est précisément ce qui le rend incontrôlable, et finalement dangereux pour le palais.
L'Intertexte
Trois échos se croisent dans ce seul verset. Élie d'abord, par le vêtement, avec tout ce que cela implique : l'affrontement avec un roi et sa reine, la parole brute contre le pouvoir. Malachie ensuite, qui annonce le messager préparant le chemin, et que Marc cite déjà au verset 2 : « Voici, moi j'envoie mon messager devant ta face, lequel préparera ton chemin ». Mais il y a aussi un contrepoint grinçant : Zacharie décrit un jour où les faux prophètes auront honte du manteau de poil et refuseront de le porter pour tromper. Le costume prophétique pouvait donc être un déguisement. Marc n'en dit rien, et c'est à dessein : la vérité de Jean ne tient pas à son habit mais à ce qu'il annonce aussitôt après, « duquel je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie des sandales ». Le manteau authentifie, la parole confirme.
La Question
Si Jean est Élie, pourquoi, dans l'évangile de Jean, répond-il non quand on lui demande s'il l'est, alors que Jésus affirmera ailleurs qu'il l'est bien ? On aimerait trancher. Je crois que Jean refuse l'étiquette parce qu'il refuse qu'on s'intéresse à lui : il n'est qu'une voix, et une voix ne se collectionne pas. Jésus, Lui, peut dire ce que Jean ne peut pas dire de lui-même. Reste le plus dur. L'Élie annoncé devait tout restaurer ; celui-ci finit décapité pour avoir déplu à une femme humiliée lors d'un banquet. Le chemin préparé mène à une croix. La restauration promise arrive, mais par en dessous, par la perte, et le costume d'Élie ne protège personne. C'est un avertissement avant même que l'histoire ne commence.
Réflexion
Qu'est-ce que mon mode de vie prêche, indépendamment de ce que je dis croire, et suis-je prêt à l'entendre de la bouche de quelqu'un qui me connaît bien ?
Jean devient inoubliable en se rendant transparent. Où est-ce que je cherche à être remarqué là où ma tâche est simplement de montrer Quelqu'un d'autre ?
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Ce que la communauté partage sur Mark 1
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