Marc 1:8
Le texte
Jean trace une ligne nette entre lui-même et Celui qui vient. Son baptême à lui est un baptême d'eau, un geste visible dans le Jourdain, accompagné de la confession des péchés ; mais Celui qui vient après lui, dont Jean ne se juge pas digne de dénouer la courroie des sandales, baptisera d'une tout autre matière : « lui, vous baptisera de l'Esprit Saint ». Un seul verset, deux baptêmes, deux ordres de réalité. L'eau du fleuve d'un côté, le souffle de Dieu de l'autre. Et entre les deux, non pas une amélioration progressive, mais une rupture : ce que Jean fait aux gens, et ce que Jésus fera des gens.
Le cœur
Le contraste n'oppose pas un rite pauvre à un rite riche ; il oppose ce que l'homme peut faire à ce que Dieu seul peut faire. L'eau lave la surface et signale un désir de changement. Mais le prophète avait annoncé autre chose : un cœur nouveau, un esprit nouveau mis au-dedans, la fin de la pierre et le début de la chair (Ézéchiel 36). Jean ne promet donc pas une expérience religieuse intense, il annonce l'accomplissement d'une promesse d'alliance : Dieu Lui-même viendra habiter Son peuple. Et voici le scandale calme du verset : ce Dieu qui donne Son Esprit, c'est Jésus qui Le donnera. Le baptiseur de l'Esprit ne peut être qu'un homme en qui Dieu agit en personne. Toute la christologie de Marc est déjà contenue là, en germe.
Le fil rouge
Dès la première page de la Bible, l'Esprit de Dieu plane au-dessus des eaux, et de ce souffle sur l'abîme surgit un monde. Jean se tient dans un fleuve, dans un désert, devant un peuple qui confesse ses péchés, et il annonce que le même souffle va de nouveau descendre, cette fois non sur les eaux mais sur des hommes. Ce n'est pas un détail pieux : c'est la promesse d'une création reprise. Les prophètes avaient entrevu ce jour où Dieu répandrait Son Esprit sur toute chair, et Jean dit, en un demi-verset, que ce jour a un visage et des sandales. Le fil court de la Genèse à la Pentecôte, et il passe par ici, par un prédicateur mal habillé qui désigne quelqu'un derrière lui.
Le miroir
Nous sommes tous experts en baptêmes d'eau. Le nouveau carnet de résolutions en janvier, le budget enfin remis à plat après le découvert, l'excuse sincère faite à votre conjoint après la dispute de trop, la reprise de la lecture quotidienne de la Bible après trois mois de vide. Ce sont de bonnes choses, exactement comme le baptême de Jean était une bonne chose. Mais aucune d'elles ne change la source. Vous le savez : c'est pourquoi, six semaines plus tard, le même agacement remonte à table, la même avarice, la même lâcheté au travail. Le texte ne vous demande pas de laver mieux, il vous dit que quelqu'un d'autre doit venir habiter le dedans. Aujourd'hui, nommez à haute voix, seul dans une pièce, l'endroit précis où l'eau n'a rien changé depuis des années, et demandez l'Esprit pour cet endroit-là.
Le personnage principal
Jean est au sommet. Marc vient d'écrire que « tout le pays de Judée et tous ceux de Jérusalem » sortaient vers lui. Un homme ordinaire bâtirait quelque chose là-dessus : une école, un mouvement, une réputation. Jean fait l'inverse. Il se compare à l'esclave qui dénoue les lanières de sandales, la tâche que même un disciple n'était pas tenu d'accomplir, et il se juge indigne de celle-là. Ce n'est pas de la fausse modestie, c'est de la lucidité théologique : il sait exactement ce qu'il peut donner, de l'eau, et exactement ce qu'il ne peut pas donner, l'Esprit. Il y a une liberté immense à connaître sa mesure. Jean n'est pas écrasé par la grandeur de Jésus ; il en vit. Sa joie est d'être la voix, pas la Parole.
Le détail
« Moi, je vous ai baptisés d'eau. » Le passé. Les foules affluent encore, le fleuve est encore plein, et Jean parle déjà de son ministère comme d'une chose accomplie, close. Il vit tourné vers un futur qui n'est pas le sien. Et le verbe qu'il emploie pour Jésus est le même que pour lui-même : baptizein, plonger, immerger entièrement. On ne vous aspergera pas de quelques gouttes d'Esprit en guise de supplément spirituel ; on vous plongera dedans comme un corps dans le Jourdain. L'eau, on en sort ; l'Esprit, non. Jean décrit donc une immersion dont on ne remonte jamais, et il la décrit en sachant que lui-même n'en sera que le panneau indicateur.
La question
Si Jésus baptise de l'Esprit Saint, pourquoi tant de croyants ne sentent rien ? La question est honnête et mérite mieux qu'une esquive. Deux choses, sans sucre. D'abord, le texte promet un don, pas une sensation ; l'Esprit est reçu, jamais produit, et ce qui est donné n'est pas mesurable à la température de nos émotions du dimanche matin. Ensuite, regardez ce que Marc raconte quelques versets plus loin : l'Esprit descend sur Jésus, et « aussitôt l'Esprit le pousse dans le désert », vers quarante jours de tentation et de bêtes sauvages. Être baptisé de l'Esprit n'est donc pas la garantie d'un confort intérieur. Cela peut vous pousser là où vous ne vouliez pas aller. Le reste demeure dans les mains de Dieu, et nous n'avons pas à le forcer.
Réflexion
Dans quel domaine de ma vie ai-je remplacé le travail de l'Esprit par un effort d'eau, répété et honnête, mais impuissant ?
Jean renonce à son influence au moment où elle est à son comble ; qu'est-ce que je tiens aujourd'hui, et que je devrais désigner en dehors de moi ?
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Merci, Père, parce que les cieux se sont fendus au-dessus de ton Fils et que l'Esprit est descendu sur lui comme une colombe. Rien ne nous sépare plus de toi: le ciel est ouvert, et ton Esprit vient reposer aussi sur nous, avec douceur.
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