Matthieu 28:9
Le texte
Elles courent. L'ange leur a dit de partir vite, elles obéissent, le cœur partagé entre « crainte et une grande joie », et c'est précisément en chemin, dans l'intervalle entre l'ordre reçu et la mission accomplie, que tout bascule : « voici aussi Jésus vint au-devant d'elles, disant : Je vous salue ». Pas une apparition lointaine, pas une voix dans le ciel. Il marche vers elles. Et leur réaction tient en trois gestes serrés dans une seule phrase : elles s'approchent, elles saisissent Ses pieds, elles Lui rendent hommage. Le tombeau vide était une annonce ; ici, l'annonce devient quelqu'un. Entre le verset 8 et le verset 9, le message et le Messie se rejoignent sur la même route poussiéreuse.
Le cœur
Remarquez qui bouge le premier. Les femmes allaient ailleurs, vers les disciples, fidèles à leur mandat ; c'est Jésus qui « vint au-devant d'elles ». La résurrection n'est pas d'abord une découverte humaine mais une initiative divine : le Ressuscité cherche les Siens avant qu'elles aient eu le temps de Le chercher. Et Son premier mot n'est pas solennel. Le grec chairete, « réjouissez-vous », était la formule de salutation la plus banale du monde grec, l'équivalent de notre « bonjour ». Celui qui a traversé la mort reprend la conversation comme on reprend une phrase interrompue. Puis viennent ces pieds que l'on peut saisir : pas un fantôme, pas un souvenir spirituel, un corps. Et elles L'adorent, sans qu'Il les reprenne. Chez Matthieu, c'est un aveu décisif : Il reçoit ce qui n'appartient qu'à Dieu.
Le fil conducteur
Saisir les pieds de quelqu'un, dans l'Orient ancien, c'est le geste du suppliant devant un roi, ou du vassal devant son seigneur. Ces femmes font spontanément ce que l'Écriture attendait depuis longtemps : la créature à terre devant Celui qui règne. Et c'est précisément le geste que les mages avaient esquissé au premier chapitre de cet évangile, devant un nourrisson, avant que la croix n'ait rien expliqué. Matthieu referme ainsi la boucle : adoré au berceau, adoré au sortir du tombeau, et bientôt investi de « toute autorité » au verset 18. Entre les deux, la mort. Le plan de salut ne passe pas à côté du tombeau, il le traverse. Ces pieds que les femmes touchent sont ceux qui ont été cloués ; la royauté qu'elles reconnaissent est une royauté portant des cicatrices. Voilà la trame de toute la Bible, condensée dans un seul verset.
Le miroir
Vous connaissez ce moment : vous avez reçu une parole, vous la croyez, vous la répétez même aux autres, et pourtant vous n'avez rien touché. On tient le dimanche avec des convictions solides et on rentre le lundi dans un bureau, un diagnostic, une facture, un adolescent qui se ferme, et la parole semble tenir dans l'air sans jamais se poser. Ces femmes-là n'ont pas attendu d'avoir vu pour obéir ; elles couraient déjà avec le message. C'est dans la course que Jésus les a rejointes, pas dans le silence du tombeau. Il y a là une sobriété utile : la rencontre arrive souvent sur le trajet de l'obéissance, rarement avant. Aujourd'hui, prenez une personne à qui vous devez dire quelque chose de vrai au sujet du Christ et envoyez-lui un message simple, maintenant, avant d'en avoir envie.
La question
Pourquoi elles ? Deux femmes dont le témoignage ne valait rien dans un tribunal de l'époque, à qui l'on confie le premier mot de la plus grande nouvelle de l'histoire. On aimerait y voir une leçon édifiante sur la valorisation des humbles, et ce n'est pas faux. Mais cela reste dérangeant : si Dieu avait voulu une preuve recevable, Il aurait choisi autrement. Le passage suivant le dit crûment, les gardes sont payés pour inventer une autre version, et « cette parole s'est répandue parmi les Juifs jusqu'à aujourd'hui ». La résurrection ne s'impose pas, elle se rencontre. Dieu a laissé Son acte le plus décisif aux mains d'un témoignage contestable. Nous n'avons pas de meilleure garantie que celle-là, et il faut décider si cela suffit.
Le contexte
Nous sommes à l'aube du premier jour de la semaine, aux abords d'un jardin funéraire près de Jérusalem, dans une ville encore pleine des pèlerins de la Pâque. Le tombeau est sous scellé romain et sous garde, parce que les autorités craignaient un vol de corps. Marie de Magdala et « l'autre Marie » viennent accomplir un devoir de deuil, le seul rôle que la société leur laissait près des morts. Les disciples, eux, sont cachés. Rien, dans l'ordre social de ce matin-là, ne prédisposait ces deux femmes à être les premières interlocutrices du Ressuscité : ni leur statut, ni leur genre, ni leur attente, puisqu'elles venaient « voir le sépulcre », pas accueillir un vivant.
L'intertexte
Au verset 10, Jésus franchit un pas de plus : « allez annoncer à mes frères ». Ces hommes qui L'ont abandonné sont appelés frères par Celui qu'ils ont laissé mourir seul ; le premier fruit de la résurrection est une réconciliation qu'ils n'ont pas demandée. Et l'évangile se termine par la promesse « moi je suis avec vous tous les jours », qui répond au nom donné au premier chapitre, Emmanuel, Dieu avec nous. Ce que les femmes touchent au verset 9 n'est donc pas un instant privilégié mais le commencement d'une présence qui ne se retire plus.
Réflexion
Dans quelle « course » êtes-vous en ce moment, c'est-à-dire quelle obéissance avez-vous commencée sans encore rien ressentir, et que signifierait y être rejoint ?
Si Jésus vous appelait aujourd'hui « mon frère » ou « ma sœur » avec le même ton qu'au verset 10, qu'est-ce que cela changerait à la façon dont vous Lui parlez ?
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Questions fréquentes sur Matthew 28:9
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Ce que la communauté partage sur Matthew 28
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Remarque le petit détail avant la grande déclaration: "Et Jésus, s'approchant, leur parla." Celui qui détient "toute autorité dans le ciel et sur la terre" commence par faire quelques pas vers des disciples dont certains doutaient encore. L'autorité ne le rend pas distant, elle le rapproche. Il vient vers toi aussi, avec tes doutes intacts.
Merci pour cet ange dont l'aspect était comme l'éclair et le vêtement blanc comme la neige. Tu n'as pas laissé le tombeau dans l'obscurité: tu y as envoyé ta lumière. Merci parce que ta gloire perce encore aujourd'hui mes matins les plus sombres.
« Et si cela vient aux oreilles du gouverneur, nous le persuaderons, et nous vous mettrons hors de souci. » Voilà des chefs religieux devenus gestionnaires de rumeurs. Ils ont un plan pour le gouverneur, un budget pour les soldats, une histoire pour la foule. Mais le tombeau reste vide. On peut acheter un silence, jamais étouffer une résurrection. Et toi, que cherches-tu à faire taire ce matin ?
Voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation du siècle." Jésus vient de confier une mission immense: aller vers toutes les nations. Et juste avant que le poids ne t'écrase, Il glisse cette promesse.
Remarque qu'Il ne dit pas "je serai" mais "je suis". Aujourd'hui. Dans ta cuisine, dans ton bureau, dans ta solitude. Tous les jours, y compris celui que tu redoutes demain. La mission n'est jamais un envoi sans Lui, c'est une marche à Ses côtés.
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