Matthieu 28:19
Le texte
Sur une montagne de Galilée, devant onze hommes dont quelques-uns doutent encore, le Ressuscité s'approche et parle. Il commence par une déclaration qui n'est pas un ordre : toute autorité Lui a été donnée, au ciel et sur la terre. C'est de là, et seulement de là, que découle la parole du verset 19 : allez donc, faites disciples toutes les nations, en les baptisant pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Le cœur
Ce petit mot, « donc », porte tout le poids du verset. La mission n'est pas une entreprise humaine à laquelle Dieu prêterait Son appui ; elle est le prolongement d'une autorité déjà reçue, déjà exercée. Les disciples ne partent pas conquérir un territoire, ils entrent dans un royaume qui existe avant leur départ. Et remarquez ce que Jésus ne dit pas : Il ne dit pas « faites des convertis », ni « remplissez les synagogues ». Il dit : faites disciples. Le mot suppose un apprentissage lent, une vie partagée, un maître dont on imite la démarche. Le christianisme naît ici non comme une adhésion mentale mais comme un compagnonnage. On ne devient pas disciple en une soirée.
Le fil rouge
Quand Dieu appelle Abram en Genèse 12, Il promet que toutes les familles de la terre seront bénies en lui. Cette promesse est restée suspendue pendant des siècles, comme une phrase inachevée : Israël la portait sans pouvoir la tenir. « Toutes les nations » au verset 19 est la reprise de ce fil rompu. Et derrière cela résonne la vision de Daniel 7, où un semblable à un fils d'homme reçoit domination, gloire et royauté, afin que tous les peuples Le servent. Jésus vient d'annoncer que toute autorité Lui a été donnée : Il parle en homme qui sait de quelle vision Il est l'accomplissement. La mission n'invente rien. Elle déplie ce qui était promis.
Le miroir
Il y a une tranquillité dans ce texte qui dérange nos activismes. Si toute autorité Lui appartient déjà, alors votre collègue de bureau n'est pas un dossier à convertir avant Noël, et votre fils qui ne vient plus au culte n'est pas hors de portée. Vous n'avez pas à porter ce que vous n'avez pas reçu. Mais l'inverse est vrai aussi, et il gratte : faire des disciples demande du temps, de la table partagée, de l'ennui, des années. C'est plus exigeant qu'un tract. Beaucoup d'entre nous préfèrent l'intensité d'un moment à la fidélité d'une décennie. Et si le doute vous habite, souvenez-vous que les onze eux-mêmes ne sont pas tous guéris de leur doute quand l'ordre leur est confié.
Le détail
Darby traduit avec précision : « les baptisant pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Non pas « aux noms », mais « le nom », au singulier, pour trois. Le grec dit littéralement : eis to onoma, vers le nom, dans le nom, comme on verse quelque chose dans un récipient qui le contient désormais. Le baptisé est transféré, il change de propriétaire, il entre dans une identité qui n'est pas la sienne. Et ce Nom unique porté par trois, l'Église a mis des siècles à le formuler et ne l'a jamais expliqué. Le texte ne l'explique pas non plus. Il le prononce, simplement, comme on dit un nom qu'on aime. Il y a des vérités qu'on habite avant de les comprendre.
Le profil
Ce sont onze Juifs galiléens qui écoutent. Pour eux, les nations, ce sont les Romains qui occupent leur pays, les Samaritains qu'on méprise, les païens dont on évite la maison pour ne pas se souiller. Entendre « toutes les nations » de la bouche de leur Maître ressuscité, ce n'est pas une belle envolée missionnaire, c'est un séisme comparable à celui du verset 2. Le baptême, ils le connaissaient : Jean l'avait pratiqué pour la repentance, et l'on immergeait aussi les prosélytes qui rejoignaient Israël. Mais baptiser des païens pour le nom du Père, du Fils et de l'Esprit, cela abolit la frontière qui avait défini leur peuple. Ils partent sans savoir ce que cela coûtera. Nous le savons, nous, en lisant les Actes.
L'intertexte
Le contraste le plus éclairant se trouve à quelques chapitres de là, quand Jésus envoie les douze en leur interdisant la route des nations et les villes des Samaritains. Le même envoyeur, l'ordre inverse. Ce qui a changé entre les deux, c'est la croix et le tombeau vide. Tant que Jésus n'était pas mort et ressuscité, la mission restait dans les limites d'Israël ; désormais la digue cède. Et dans les Actes, on baptise « au nom de Jésus Christ » sans que personne n'y voie une contradiction : c'est le même Nom, reçu par un seul accès. Le verset 20 achève enfin la phrase : Celui qui envoie loin promet d'être là, tous les jours, jusqu'à la consommation du siècle.
Réflexion
Qui, dans votre vie, êtes-vous en train de « faire disciple » au sens lent du terme, par la présence et la durée plutôt que par le discours ?
Que change en vous le fait que l'ordre d'aller ait été donné à des hommes dont quelques-uns doutaient encore ?
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Ce que la communauté partage sur Matthew 28
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci pour cet ange dont l'aspect était comme l'éclair et le vêtement blanc comme la neige. Tu n'as pas laissé le tombeau dans l'obscurité: tu y as envoyé ta lumière. Merci parce que ta gloire perce encore aujourd'hui mes matins les plus sombres.
« Et si cela vient aux oreilles du gouverneur, nous le persuaderons, et nous vous mettrons hors de souci. » Voilà des chefs religieux devenus gestionnaires de rumeurs. Ils ont un plan pour le gouverneur, un budget pour les soldats, une histoire pour la foule. Mais le tombeau reste vide. On peut acheter un silence, jamais étouffer une résurrection. Et toi, que cherches-tu à faire taire ce matin ?
Voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation du siècle." Jésus vient de confier une mission immense: aller vers toutes les nations. Et juste avant que le poids ne t'écrase, Il glisse cette promesse.
Remarque qu'Il ne dit pas "je serai" mais "je suis". Aujourd'hui. Dans ta cuisine, dans ton bureau, dans ta solitude. Tous les jours, y compris celui que tu redoutes demain. La mission n'est jamais un envoi sans Lui, c'est une marche à Ses côtés.
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