Psaumes 4
Le Texte
David crie vers Dieu depuis un étranglement dont il connaît déjà l'issue : « Dans la détresse tu m'as mis au large. » Puis il se tourne vers des hommes, des notables sans doute, qui traînent son honneur dans la boue et se nourrissent de mensonge, et il les somme de réfléchir : que l'Éternel a mis à part celui qui Lui appartient, qu'il vaut mieux trembler en silence sur sa couche que pécher, qu'il faut offrir de vrais sacrifices et se confier. Autour de lui, beaucoup soupirent : « Qui nous fera voir du bien ? » Lui demande autre chose, la lumière de la face de Dieu, et il termine là où personne ne l'attendait : en s'endormant tranquillement.
Le Cœur
Tout tient dans l'adresse initiale : « Dieu de ma justice ». David ne dit pas « mon Dieu juste », il dit que sa justice à lui est logée en Dieu. Son innocence n'est pas un bien qu'il détient et exhibe ; c'est un verdict qu'il attend d'un Autre. Et aussitôt après, sans la moindre gêne, il demande grâce : « use de grâce envers moi ». Justice et grâce ne se disputent pas ici le terrain, elles sont le même mouvement de Dieu vers un homme qui n'a rien à produire.
Le verset suivant en donne la raison : « l'Éternel s'est choisi l'homme pieux ». Le mot hébreu est chasid, dérivé de chesed, la fidélité d'alliance. L'homme pieux n'est pas d'abord celui qui aime beaucoup Dieu, mais celui que la fidélité de Dieu a saisi et mis à part. La sécurité du psaume ne repose donc pas sur la qualité morale de David, mais sur une élection : Dieu a choisi, et ce choix tient quand la réputation s'effondre.
Le Fil Rouge
Deux expressions du psaume viennent droit du cœur de l'alliance. « Offrez des sacrifices de justice » suppose un autel, un sang, un culte donné par Dieu lui-même à son peuple ; et « Lève sur nous la lumière de ta face » reprend presque mot pour mot la bénédiction que les sacrificateurs devaient prononcer sur Israël au désert, dans Nombres 6. David ne bricole donc pas une spiritualité privée dans sa détresse : il tient la main tendue de l'alliance. Or cette face qui se lève, le Nouveau Testament dira qu'elle s'est levée une fois pour toutes dans un visage humain, et que le sacrifice de justice n'est plus un animal offert mais Christ offert. Ce que David demande comme faveur, l'Évangile l'annonce comme accompli.
Le Miroir
L'attaque du psaume n'est pas militaire, elle est verbale : on livre sa gloire à l'opprobre. C'est la réunion où votre compétence est discrètement démolie, le message qui circule sur vous dans la famille, le silence gêné après votre passage. Et vous connaissez la réaction : on recompose la scène la nuit, on prépare des répliques, on s'invente un tribunal où l'on gagne enfin. David, lui, dépose le dossier ailleurs : « Dieu de ma justice ». Il refuse de se justifier lui-même, non par faiblesse, mais parce que le verdict qui compte n'est pas rendu dans cette pièce-là. Et il y a l'autre soupir, plus sourd : « Qui nous fera voir du bien ? » La question de ceux qui attendent que quelque chose s'améliore enfin, le salaire, le diagnostic, le couple.
Ce soir, une fois couché, dites à voix haute, une seule fois : « Dieu de ma justice », puis nommez la personne dont vous rejouez la scène, et taisez-vous.
L'Intertexte
Le psaume précédent, le troisième, se termine déjà par un homme qui se couche et se réveille parce que l'Éternel le soutient, alors qu'Absalom occupe le trône. Les deux psaumes forment une paire : sommeil du matin, sommeil du soir, même fondement. Et il y a cette scène de l'Évangile où Jésus dort à l'arrière de la barque pendant que le lac se déchaîne et que ses disciples paniquent. Ce sommeil-là n'est pas de l'indifférence, c'est la confiance du Fils portée jusque dans le corps. Les disciples, eux, posent exactement la question du psaume sous une autre forme : cela ne te fait donc rien que nous périssions ? Qui nous fera voir du bien ?
Le Détail
Ne passez pas trop vite sur le froment et le moût. Dans un monde agraire, la récolte et la vendange étaient la définition même du bonheur visible, ce que les religions cananéennes promettaient à qui savait flatter les dieux de la fertilité. Ceux qui demandent « Qui nous fera voir du bien ? » demandent au fond une bonne année. David ne méprise pas cela ; il dit simplement que la joie qu'il a reçue dépasse celle des greniers pleins, et qu'elle lui a été mise dans le cœur, non dans les champs. Remarquez le possessif : c'est leur froment, leur moût. Leur joie dépend de ce qu'ils récoltent. La sienne dépend de Quelqu'un qui se tourne vers lui.
La Question
Le psaume s'achève dans le sommeil, mais rien ne dit que les calomniateurs se soient tus. Ils sont toujours là quand la lampe s'éteint. Voilà l'inconfort : la paix promise n'est pas la disparition du danger, et beaucoup de croyants pieux passent malgré tout des nuits blanches. Faut-il alors conclure qu'ils manquent de foi ? Le texte ne permet pas cette cruauté. Il ne donne pas une technique, il fait une confession : « toi seul, ô Éternel ! tu me fais habiter en sécurité ». Si le sommeil ne vient pas, la sécurité, elle, ne dépend pas du sommeil. Elle tient à ce « toi seul », que l'insomniaque peut répéter dans le noir sans mentir.
Réflexion
Où cherchez-vous en ce moment votre justification : dans un dossier que vous préparez contre quelqu'un, ou dans le Dieu de votre justice ?
Qu'est-ce qui, concrètement, tiendrait lieu pour vous de « froment et moût abondants », et que se passerait-il si cette année-là n'arrivait jamais ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, pour cette joie que tu mets dans mon cœur, "plus qu'au temps où leur froment et leur moût ont été abondants". Une joie qui ne dépend pas de mes réserves ni de mes récoltes, mais de toi seul. Tu me combles quand mes mains sont vides.
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