Romains 8
Le texte
Paul écrit à des croyants qui vivent dans la capitale de l'empire, et il leur annonce d'abord ceci: il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. À partir de cette phrase, il déploie toute la vie selon l'Esprit: l'adoption comme fils, le gémissement de la création, l'aide de l'Esprit dans la prière, et cette conclusion vertigineuse que rien, absolument rien, ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu.
Rome, an 57
Imaginez la scène. Une pièce basse à Rome, peut-être dans le Trastevere, ce quartier populaire où s'entassent artisans, esclaves et affranchis juifs. La lettre arrive par un courrier, portée par Phoebé. On l'ouvre le soir, à la lueur des lampes à huile, après le travail. Dans l'assemblée: des esclaves qui portent encore les marques de leur condition, quelques affranchis, des femmes, deux ou trois artisans juifs revenus après l'édit de Claude qui les avait expulsés cinq ans plus tôt. Dehors, la ville de Néron, ses temples, ses processions à l'empereur "fils de dieu". Et voici qu'on lit: "vous avez reçu l'Esprit d'adoption, par lequel nous crions: Abba, Père." Pour l'esclave qui écoute, le mot "adoption" n'est pas pieux, il est juridique. À Rome, un maître pouvait adopter son esclave et en faire son héritier légitime. Paul emprunte ce vocabulaire brutal et concret pour dire: voilà ce que Dieu a fait avec vous.
Le cœur
Le cœur battant du chapitre, c'est le passage d'un régime à un autre. Paul oppose "la chair" et "l'Esprit" non comme corps contre âme, mais comme deux territoires, deux allégeances. La chair, c'est l'humanité coupée de Dieu qui tourne en rond sur elle-même et produit la mort. L'Esprit, c'est Dieu Lui-même qui vient habiter dans l'homme et le rend capable de ce dont la loi était incapable: vivre. "Ce qui était impossible à la loi, en ce qu'elle était faible par la chair, Dieu… a condamné le péché dans la chair." La condamnation a bien eu lieu, mais elle est tombée sur le Fils, non sur nous. Voilà pourquoi il n'y a plus de condamnation.
Le fil rouge
Ce chapitre est une longue conséquence de la croix et de la résurrection. Mais Paul le tisse aussi dans une histoire plus vaste. Quand il parle de la création qui "soupire et est en travail", il pense à Genèse 3, à la terre maudite à cause de l'homme. La chute a entraîné le cosmos entier dans sa chute. Et la rédemption entraînera le cosmos entier dans sa libération. La glorification des fils de Dieu n'est pas une évasion spirituelle vers un ailleurs; c'est le signal qui libère la création elle-même de sa servitude. L'évangile de Paul est plus large que le salut individuel: il englobe la matière, les corps mortels qui seront vivifiés, la terre qui attend.
Le miroir
Regardez où vous en êtes ce matin. Peut-être portez-vous une culpabilité ancienne qui remonte régulièrement, ce péché confessé cent fois mais dont vous sentez encore l'odeur. Paul vous dit: il n'y a aucune condamnation. Pas "moins de condamnation". Aucune. Peut-être priez-vous pour un mariage qui craque, un enfant qui s'éloigne, un diagnostic qui est tombé, et vous ne savez plus quoi demander. Paul vous dit: l'Esprit intercède par des soupirs inexprimables. Vos soupirs mêmes sont déjà prière. Et peut-être vivez-vous dans la peur diffuse de perdre ce qui compte. Paul demande: qui vous séparera? Faites la liste de vos peurs et confrontez-la à la sienne: tribulation, détresse, épée, hauteur, profondeur. Sa liste couvre la vôtre.
Le personnage central
L'Esprit est ici presque un personnage. Il habite, il conduit, Il rend témoignage, Il intercède, Il soupire. Paul ne le décrit pas comme une force impersonnelle mais comme quelqu'un qui prie en nous quand nous n'y arrivons plus. Et derrière l'Esprit, il y a le Père qui "n'a pas épargné son propre Fils". Ce verbe, "épargner", renvoie discrètement à Abraham qui n'a pas épargné Isaac. Paul suggère que ce que Dieu a demandé à Abraham comme signe, Il l'a Lui-même accompli jusqu'au bout. Le Dieu de Romains 8 n'est pas distant. Il a livré ce qu'Il avait de plus cher, et Il habite maintenant dans ses enfants par son Esprit.
Le détail
Un mot: "Abba". Paul écrit en grec à des Romains, et pourtant il laisse ce mot araméen tel quel, non traduit. Pourquoi? Parce que c'est le mot que Jésus Lui-même utilisait à Gethsémané. Paul dit aux croyants de Rome: quand vous priez, le même mot sort de votre bouche que celui de Jésus dans le jardin. Vous n'imitez pas sa prière de l'extérieur, vous êtes greffés dedans. Pour un esclave romain qui n'a jamais eu de père reconnu légalement, ce mot est un séisme.
La question
Reste la difficulté du verset 28: "toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu." Vraiment toutes? L'enfant mort, le cancer, l'abus subi? Paul ne dit pas que ces choses sont bonnes. Il dit qu'elles travaillent ensemble à quelque chose, et ce quelque chose est défini au verset suivant: être conformes à l'image du Fils. Le "bien" n'est pas le confort, c'est la ressemblance avec le Christ, y compris sa souffrance. Cela ne rend pas la douleur douce. Cela dit seulement qu'elle n'est pas la fin du récit.
Réflexion
Où, dans ma vie actuelle, est-ce que je vis encore comme un esclave qui craint, alors que j'ai reçu l'Esprit d'adoption?
Quand j'écoute la création "soupirer" autour de moi, et mes propres soupirs, est-ce que je les entends comme désespoir ou comme attente?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Tu ne sais pas quoi demander. Ce n'est pas un échec, c'est écrit noir sur blanc: "nous ne savons pas ce qu'il faut demander comme il convient". Et pourtant l'Esprit "intercède par des soupirs inexprimables". Ton silence maladroit devant Dieu n'est jamais vide. Quelqu'un prie en toi, avec des mots que tu n'as pas.
Remarque le temps du verbe: "mais ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés." Pas "il les glorifiera". Déjà fait. Dieu parle de ta gloire à venir comme d'une chose accomplie, alors que tu te débats encore aujourd'hui. Il voit la fin de l'histoire, et il l'a signée. Que crains-tu vraiment?
Père, je sais que mes propres forces ne mènent nulle part quand je vis replié sur moi-même. Ce que je veux, c'est te plaire, et je ne peux pas y arriver seul. Alors viens habiter mes pensées, mes choix, mes silences, et donne à ton Esprit toute la place.
Merci, Père, parce que ceux que tu as préconnus, tu les as aussi prédestinés à être conformes à l'image de ton Fils. Quelle grâce de savoir que Jésus est le premier-né entre plusieurs frères, et que tu me façonnes à sa ressemblance.
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