Cantique des Cantiques 1
Le Texte
Le livre s'ouvre sans décor, sans récit, sans explication : une voix de femme réclame un baiser, compare l'amour au vin, respire un parfum et supplie qu'on l'entraîne. Puis elle se défend devant les filles de Jérusalem au sujet de sa peau brûlée par le soleil, cherche son berger, reçoit des compliments extravagants sur ses joues et ses colliers, et finit couchée sous un toit de cèdres avec la myrrhe entre les seins. Deux voix se répondent, admiratives, sans que l'on nous dise jamais où nous sommes ni ce que nous devons en penser.
Le Cœur
Ce chapitre ne démontre rien. Il désire. Et c'est là son enseignement théologique : la Bible ose consacrer un livre entier à un langage que nous réservons d'ordinaire aux marges de la vie spirituelle, celui du corps, du parfum, du goût, de l'attente. Dieu n'apparaît pas une seule fois dans ces dix-sept versets. Aucun commandement, aucune prière. Et pourtant le canon a gardé ce texte, comme si la Parole voulait nous apprendre que le désir légitime n'est pas un détour avant la vie devant Dieu, mais une part de la création qu'Il a nommée bonne. La grâce n'est pas seulement pardon ; elle est aussi permission de vouloir, de goûter, d'être voulu.
Le Fil Rouge
Israël connaissait déjà cette grammaire : les prophètes appelaient l'alliance un mariage, et l'infidélité un adultère. Quand Osée entend Dieu dire qu'Il ramènera son peuple au désert pour lui parler au cœur, c'est ce vocabulaire-là. Le Cantique fournit les mots que l'alliance emprunte. « Tire-moi : nous courrons après toi » n'est pas une allégorie déguisée, c'est le mouvement même de la foi : nous ne nous mettons pas en route par nos propres forces, nous sommes attirés. Le Nouveau Testament reprendra l'image sans se gêner : Christ, l'Époux ; l'Église, l'épouse. Non parce que le Cantique parlerait secrètement de Lui, mais parce que Dieu aime en langage d'amant, et que ce livre l'a dit le premier.
Le Miroir
« Je suis noire, mais je suis agréable. » Elle se sait regardée, jugée, classée. Ses frères l'ont envoyée aux vignes, le soleil a fait le reste, et sa propre vigne, dit-elle, elle ne l'a pas gardée. Combien de vies ressemblent à cela : occupé des vignes des autres, du service, des enfants, du travail qui n'attend pas, et sa propre vigne à l'abandon. Le corps que vous n'aimez plus regarder. Le mariage que vous entretenez moins que votre carrière. La prière que vous conseillez aux autres. Elle ne se cache pourtant pas : elle parle, elle demande où il fait reposer son troupeau à midi. Aujourd'hui, prenez cinq minutes seul et dites à voix haute, sans négocier : « Ma vigne à moi, je ne l'ai point gardée », en nommant précisément laquelle.
Le Détail
Le compliment du verset 9 fait sourire, puis dérange : « Je te compare, mon amie, à une jument aux chars du Pharaon. » Nous entendons une maladresse rustique. Ses premiers auditeurs entendaient autre chose. Les chars égyptiens étaient l'armement le plus prestigieux du monde connu, et leurs chevaux, harnachés d'or, incarnaient la puissance et le luxe. Mais il y a plus : dans une charrerie d'étalons, une jument ne passe pas inaperçue ; elle détourne les regards, elle désorganise les rangs. Il ne lui dit donc pas seulement « tu es précieuse », il lui dit « tu me fais perdre la tête ». Et c'est cet homme-là qui parle à celle qui vient de dire qu'on ne devrait pas la regarder.
Le Profil
Pour un Israélite, ces mots sentaient l'argent et le lointain : le nard, la myrrhe, le henné d'En-Guédi près de la mer Morte, l'or et l'argent, les cèdres du Liban, les tentures de Salomon. Un auditeur ordinaire n'avait jamais possédé rien de tout cela. Et Kédar, ces tribus nomades du désert aux tentes noires de poil de chèvre, était l'autre extrémité : la rudesse, la poussière. La femme se compare aux deux. Les auditeurs reconnaissaient là leur propre condition : un peuple de bergers logé chez les rois, brûlé par le soleil et pourtant appelé « la plus belle parmi les femmes ». Ils entendaient dans ce contraste quelque chose de leur histoire avec Dieu.
La Question
Pourquoi ce livre ne parle-t-il jamais de Dieu ? On peut expliquer, on ne peut pas supprimer le silence. Peut-être faut-il l'accepter comme une pudeur : il y a des lieux où Dieu se retire du langage pour laisser deux créatures se parler, et son absence de nom n'est pas son absence. Peut-être aussi ce silence nous met-il à l'épreuve : sommes-nous capables de lire une page de l'Écriture qui ne nous donne aucune leçon à appliquer, seulement une beauté à contempler ? Le Cantique ne nous laisse pas repartir avec une conclusion. Il nous laisse avec un parfum qui s'exhale pendant que le roi est à table, et cela devra suffire.
Réflexion
Quelle vigne, dans ma vie, ai-je cessé de garder pendant que je gardais celles des autres, et qui l'a décidé pour moi ?
Suis-je capable d'entendre Dieu me dire que je suis désiré, sans immédiatement traduire cela en tâche à accomplir ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Pendant que le roi est à table, mon nard exhale son odeur. » Elle ne fait rien d'extraordinaire. Elle est simplement là, près de lui, et son parfum se répand. Voilà ce que produit la proximité : ce que tu portes au fond de toi finit par embaumer la pièce. Avec qui passes-tu assez de temps pour que ton cœur s'ouvre ainsi ?
« Les solives de nos maisons sont des cèdres, nos lambris des cyprès. » Ils n'ont pas de palais. Ils sont dehors, l'herbe pour lit, les arbres pour toit. Et cela leur suffit pour dire « nos maisons ». Quand l'amour est là, le lieu le plus simple devient demeure. Et toi, attends-tu de meilleures conditions pour goûter la présence de Celui qui t'aime ?
Elle venait de dire qu'on ne la regarde pas, brûlée par le soleil, sa vigne à elle mal gardée. Et lui répond: "Voici, tu es belle, mon amie; voici, tu es belle! tes yeux sont des colombes." Il le dit deux fois, comme s'il fallait insister pour percer sa honte. Toi aussi, tu comptes tes défauts pendant que Lui te contemple.
Père, tu es comme une fleur parfumée au milieu du désert de mes journées. Quand tout semble sec, ta présence reste douce et vivante. Apprends-moi à te chercher là, à respirer ta bonté et à me reposer près de toi.
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