1 Corinthiens 1:17
Le texte
Paul vient de faire l'inventaire embarrassé des personnes qu'il a baptisées à Corinthe, et il conclut par une phrase qui a dû faire sursauter ses lecteurs : « Car Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais évangéliser, non point avec sagesse de parole, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine ». Autrement dit : ma mission n'était pas de collectionner des noms sur une liste, ni de séduire par la qualité de mon éloquence. Il y a une manière de bien parler du Christ qui vide la croix de sa force, et Paul refuse délibérément cette manière-là, quitte à passer pour un orateur médiocre.
Le cœur
Retenez ce mot : « rendue vaine ». Paul ne dit pas que la croix pourrait être contredite, ou mal comprise, mais qu'elle pourrait être vidée, privée d'effet, comme un câble sous tension qu'on débranche. Et ce qui la débranche n'est pas l'hérésie : c'est la sagesse de parole, la performance, le talent qui attire l'attention sur le messager. Voilà l'affirmation dure de ce verset : le contenu de l'Évangile détermine sa forme. Un message dont le centre est un condamné à mort ne peut pas être porté par des moyens qui glorifient le porteur. Dieu sauve par ce qui humilie, et toute méthode qui refuse cette humiliation travaille contre le salut qu'elle prétend annoncer, même avec les meilleures intentions.
Le fil rouge
Ce refus de l'éloquence n'est pas une préférence personnelle de Paul, c'est la signature de Dieu dans toute l'histoire du salut. Le peuple choisi était le plus petit ; les libérateurs étaient des bègues, des cadets, des bergers ; le prophète décrit le Serviteur comme quelqu'un devant qui on détourne le regard, sans éclat ni prestance. Cette ligne aboutit à un gibet romain. Paul le formule quelques versets plus loin : « Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les [hommes] sages ». La croix n'est donc pas une exception embarrassante dans une histoire par ailleurs glorieuse ; elle en est le sommet et la clé. Et la manière dont on l'annonce doit rester fidèle à cette logique, sinon on prêche un autre Dieu que Celui qui s'est laissé crucifier.
Le miroir
Ce verset ne visite pas d'abord vos péchés secrets, il visite vos réussites. La formule que vous avez trouvée pour clore votre exposé et dont vous savez qu'elle fera son effet. L'anecdote que vous racontez à votre groupe biblique parce qu'elle vous met, discrètement, du bon côté. Le don que vous faites au moment où quelqu'un peut le remarquer. La façon dont vous corrigez votre adolescent surtout devant les autres parents. La sagesse de parole n'est pas réservée aux orateurs professionnels : c'est le réflexe de rendre le messager intéressant. Paul ne dit pas de mal parler. Il dit de ne pas parler de manière à ce que l'on vous admire. La différence est mince et se joue dans une phrase.
Aujourd'hui : reprenez la préparation, le message ou le mail où vous devez parler du Christ à quelqu'un, et supprimez la formule dont vous êtes le plus fier. Envoyez-le sans elle.
Le portrait
À Corinthe, on ne payait pas pour entendre un contenu, on payait pour entendre un homme. Les orateurs itinérants attiraient des foules, se faisaient entretenir par des mécènes, et leurs auditeurs s'identifiaient à eux comme aujourd'hui à un club sportif. Voilà pourquoi les Corinthiens disaient « Moi, je suis de Paul ; et moi, d'Apollos ». Être baptisé par la bonne célébrité vous plaçait dans le bon réseau, avec le bon patron. Quand Paul dit qu'il n'a presque personne baptisé et qu'il en rend grâces, il refuse publiquement le statut de patron. Pour des oreilles corinthiennes, c'est un homme qui décline volontairement l'honneur qu'on lui offre. Incompréhensible. Presque insultant.
Contexte
Paul écrit d'Éphèse, environ cinq ans après avoir quitté Corinthe, probablement au milieu des années cinquante. Des gens de chez Chloé sont arrivés avec des nouvelles : l'assemblée se fracture en partis. Corinthe est une colonie romaine reconstruite, jeune, prospère, sans vieille aristocratie ; on y monte socialement par le commerce et par la réputation. Une ville d'arrivistes, au meilleur et au pire sens du terme. L'Église y compte peu de notables, comme Paul le rappellera au verset 26, mais elle a parfaitement assimilé les codes de la ville : classer les gens, se rattacher au plus prestigieux, mesurer la vérité à l'impression qu'elle produit. Le problème n'est pas doctrinal. Il est culturel, et donc bien plus difficile à voir.
Le détail
Le verbe traduit par « rendue vaine » signifie littéralement vider, évacuer le contenu. C'est le même verbe que Paul emploie ailleurs pour dire que le Christ s'est vidé Lui-même en devenant homme et serviteur. Il y a là une ironie que l'on ne peut pas manquer : Christ s'est volontairement vidé de Sa gloire, et nous risquons de vider Sa croix en y ajoutant la nôtre. Ce que nous appelons mise en valeur est en réalité un remplissage. On remet du prestige là où Dieu en avait ôté. Et un discours plein du talent de celui qui parle est, au sens exact du mot, une croix vide.
Réflexion
Quelle part de votre manière de parler de la foi existe pour que l'on vous trouve crédible plutôt que pour que le Christ soit entendu ?
Si votre témoignage n'impressionnait plus personne, resterait-il quelque chose que vous auriez encore envie de dire ?
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Ce que la communauté partage sur 1 Corinthians 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Moi, je suis de Paul; et moi, d'Apollos; et moi, de Céphas; et moi, de Christ." Remarque le dernier. Même le nom de Christ peut devenir une étiquette pour se placer au-dessus des autres. Dis-moi: ton attachement à ton église, à ton prédicateur préféré, est-ce qu'il te rapproche de tes frères, ou il te sert à les juger?
Merci, Père, de ce que nous « ne manquons d'aucun don de grâce » : tu as pourvu à tout ce qu'il nous faut pour te servir aujourd'hui. Merci aussi pour cette attente vivante de la révélation de notre Seigneur Jésus Christ, qui tient nos cœurs éveillés.
Dieu est fidèle, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur." Paul écrit cela à une assemblée déchirée par les querelles. Avant de reprendre quoi que ce soit, il rappelle qui tient tout: pas leur constance à eux, mais la fidélité de Dieu. Ton lien avec le Fils ne repose pas sur ta bonne semaine. Il repose sur Celui qui t'a appelé.
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