1 Corinthiens 12:31
Le texte
Paul vient de dresser la liste des fonctions que Dieu a placées dans l'assemblée, puis il a martelé six questions qui attendent toutes la même réponse : non, tous ne sont pas apôtres, tous ne parlent pas en langues. Et c'est là, au moment où l'on s'attendrait à une conclusion apaisante, qu'il lance cette phrase à double détente : « Or désirez avec ardeur les dons de grâce plus grands : et je vous montre encore un chemin bien plus excellent. » D'un côté un impératif brûlant, désirez, aspirez, ne vous contentez pas de ce que vous avez ; de l'autre, immédiatement, un pas de côté qui relativise tout ce désir en annonçant autre chose, un chemin, que le chapitre suivant nommera : l'amour.
Le cœur
Imaginez la salle à manger d'une maison corinthienne un soir de réunion : quarante personnes serrées, la fumée des lampes à huile, des dockers du port coude à coude avec l'affranchi enrichi qui prête sa maison, et au milieu, des voix qui se disputent la parole. Dans cette ville, l'honneur se mesurait à ce que l'on pouvait exhiber en public. Paul ne dit pas à ces gens d'éteindre leur désir. Il dit : désirez, mais mesurez la grandeur autrement. Ce qui est « plus grand », dans le vocabulaire qu'il vient d'employer, c'est ce qui sert (verset 7, « en vue de l'utilité »), pas ce qui impressionne. Dieu ne distribue pas des trophées ; Il équipe un corps. Et le chemin qu'Il montre ne se possède pas, il se marche.
Le fil conducteur
Ce « chemin bien plus excellent » n'est pas une invention de Paul pour calmer une communauté agitée. Il décrit une trajectoire que Dieu a déjà parcourue le premier. Le Christ n'a pas saisi la place la plus honorable, Il a pris la dernière ; Il s'est laissé compter parmi les membres que l'on jugerait « les moins honorables » (verset 23). Toute l'image du corps que Paul vient de déployer tient parce qu'elle a une tête qui est descendue. Et remarquez l'ordre des mots : Paul ne dit pas « voici un don plus grand », il dit un chemin. Un don se reçoit et s'affiche ; un chemin se prend, pas à pas, souvent dans la nuit. C'est exactement la manière dont Dieu a sauvé le monde : non par une démonstration de puissance qui écrase, mais par une route empruntée jusqu'au bout.
Le miroir
Vous connaissez ce calcul intérieur. Dans votre groupe de maison, quelqu'un prie avec une aisance que vous n'aurez jamais, et une petite voix conclut que votre place est décorative. Ou l'inverse : on vous sollicite beaucoup, on vous remercie, et vous avez pris goût à cette lumière au point d'avoir du mal à laisser quelqu'un d'autre parler. Corinthe n'est pas loin. Paul ne vous demande pas de mépriser vos capacités ni de jouer l'humilité. Il déplace la question : non pas « qu'est-ce qui me distingue ? », mais « qu'est-ce qui construit ceux qui sont assis autour de moi ? ». Le désir reste légitime, brûlant même ; c'est sa direction qui change.
Aujourd'hui, choisissez dans votre communauté une personne dont le service ne se voit jamais, celle qui range, conduit, garde les enfants, et envoyez-lui un message où vous nommez précisément ce qu'elle fait et pourquoi c'est nécessaire au corps.
L'intertexte
Le verset appelle son propre commentaire : le chapitre suivant, cet hymne à l'amour que l'on lit aux mariages et qui fut écrit pour des chrétiens en train de se disputer les micros. Ce n'est pas un intermède lyrique, c'est la démonstration du « chemin ». Et puis, deux paragraphes plus loin, Paul reprend l'impératif de notre verset et le redouble en 14:1 : poursuivez l'amour, et désirez les dons spirituels. Les deux ne s'annulent donc pas. L'amour n'est pas un don supplémentaire dans la liste du verset 28, comme s'il fallait choisir entre prophétiser et aimer ; c'est la route sur laquelle tous les dons circulent ou se perdent. Sans elle, les langues et les guérisons deviennent ce que Paul dira sans ménagement : du bruit.
La question
Pourquoi dire « désirez » si, au verset 11, l'Esprit distribue « comme il lui plaît » ? Il y a là une tension que Paul ne résout pas. Vous pouvez aspirer de tout votre être à un don que vous ne recevrez jamais. Certains prient pendant des années pour un ministère qui ne leur est pas confié, et l'explication pieuse selon laquelle « Dieu sait mieux » ne suffit pas toujours à éteindre la déception. Le texte tient les deux bouts sans les nouer : la souveraineté de l'Esprit et l'ardeur légitime du désir. Peut-être est-ce précisément là qu'intervient le pas de côté de Paul. Le seul chemin ouvert à tous, toujours, sans distribution préalable, c'est celui qu'il va nommer. Il n'attend pas votre don ; il attend votre pas.
Le profil
Ces gens venaient d'un monde où l'on jugeait la faveur des dieux à des signes spectaculaires, où le temple d'Asclépios exposait les béquilles des guéris, où un orateur habile pouvait vivre de son talent. Paul le leur a rappelé au verset 2 : vous étiez « entraînés vers les idoles muettes ». Le contraste est cruel et voulu. Ils viennent d'idoles qui ne parlent pas, et voici qu'ils parlent, prophétisent, interprètent, et l'ivresse est immense. Pour eux, « les dons de grâce plus grands » signifiait spontanément les plus visibles. Entendre Paul dire qu'il existe encore autre chose, et que ce quelque chose n'est pas une extase mais une manière de se comporter les uns envers les autres, a dû faire dans cette salle enfumée l'effet d'un silence soudain.
Réflexion
Quel don ou quelle place désirez-vous en ce moment, et que se passerait-il si vous l'obteniez sans que personne n'en soit édifié ?
Dans votre communauté, qui porte aujourd'hui « l'honneur plus grand » que Dieu donne à ce qui en manque, et le savez-vous seulement ?
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Ce que la communauté partage sur 1 Corinthians 12
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier." Remarque ce petit mot: chacun. Pas une foule anonyme, pas une masse. Toi, avec ton nom, ta place précise. Quand tu manques, ce n'est pas un vide statistique, c'est un membre qui manque au corps. Le sais-tu vraiment?
Merci, Seigneur, parce que tu entoures « d'un plus grand honneur » ceux que l'on croit les moins honorables. Merci pour ces frères et sœurs discrets, jamais sur le devant, que tu regardes et que tu pares. Dans ton corps, personne n'est de trop.
Merci pour la foi que ton Esprit dépose en nous, et pour ces "dons de grâce de guérison, par le même Esprit". Merci de relever les corps fatigués, d'apaiser les cœurs blessés, et de nous donner des frères par qui ta guérison passe encore aujourd'hui.
Merci, Seigneur, parce que « le corps n'est pas un seul membre, mais plusieurs ». Merci pour ceux qui, dans mon assemblée, savent faire ce que je ne sais pas faire : accueillir, chanter, visiter les malades. Je ne suis pas seul à porter la charge, et cela me repose.
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