2 Corinthiens 11
Le texte
Un apôtre descendu dans un panier par une fenêtre: voilà le point culminant de la liste de titres de Paul. Il commence par demander qu'on supporte sa « folie », puis se dit jaloux des Corinthiens comme un père qui a fiancé sa fille à un seul mari, et craint que le serpent ne les séduise encore. Il démonte ceux qu'il appelle « de faux apôtres, des ouvriers trompeurs », reproche aux Corinthiens de tolérer qu'on les asservisse et les frappe au visage, puis entre dans un concours d'honneur qu'il déteste: Hébreu, Israélite, semence d'Abraham, oui, et surtout coups, prisons, naufrages, faim, froid. Et pour finir, la fuite honteuse de Damas.
Le cœur
Paul retourne le mécanisme même de la vantardise. Ses adversaires alignent des références; lui aligne des cicatrices. Et quand il arrive au bout, il ne conclut pas « donc je suis le plus grand », mais: « je me glorifierai dans ce qui est de mon infirmité ». Ce n'est pas de la modestie tactique. C'est l'affirmation que Dieu ne se sert pas des hommes à cause de ce qu'ils exhibent, mais malgré cela, et souvent contre cela. D'où la gratuité qu'il défend si farouchement: il a prêché « gratuitement l'évangile de Dieu », s'abaissant lui-même pour que les Corinthiens soient élevés. Un évangile qui se vend cher produit des clients impressionnés; un évangile donné produit des enfants libres.
Le fil rouge
L'image des fiançailles n'est pas décorative. Tout l'Ancien Testament raconte un Dieu qui épouse un peuple infidèle et le reprend malgré tout; Osée achète sa femme pour la ramener. Paul se place en intermédiaire de ces noces: son rôle est de présenter l'Église « au Christ comme une vierge chaste », pas de la retenir pour lui. Et le danger qu'il redoute est le plus vieux du monde: « comme le serpent séduisit Ève par sa ruse ». La menace n'est pas l'athéisme mais la séduction religieuse, un Jésus légèrement différent, un esprit légèrement différent, servi par des ministres qui se déguisent. Satan ne vient pas en monstre; il « se transforme en ange de lumière ».
Le miroir
Regarde ce que tu supportes volontiers. Paul dit aux Corinthiens qu'ils encaissent sans broncher celui qui les dévore, qui prend leur bien, qui s'élève, qui les frappe au visage, parce qu'il a de l'aplomb. Nous faisons pareil: ce collègue arrogant nous intimide, ce prédicateur assuré nous convainc plus que l'Écriture, ce parent qui blesse garde son autorité parce qu'il ne doute jamais. Et nous, quand nous nous présentons, nous sortons la version montrable: le poste, les enfants qui réussissent, le ministère qui marche. La honte, nous la gardons pour nous. Paul, lui, la met sur la table, jusqu'au panier ridicule.
Aujourd'hui: écris sur un papier la chose de ta vie que tu caches parce qu'elle te fait paraître faible, puis lis-la à voix haute devant Dieu en ajoutant: « c'est de cela que je me glorifierai ».
La question
Paul avoue lui-même que ce chapitre déraille: « Ce que je dis, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme un insensé ». Comment un texte inspiré peut-il contenir la reconnaissance que son auteur parle hors de la volonté du Seigneur? On aimerait résoudre cela vite, en disant que c'est une ironie maîtrisée. Mais la tension reste: un pasteur blessé, poussé dans un coin, se défend avec les armes qu'il réprouve, et le Saint Esprit laisse la trace de ce combat intérieur dans l'Écriture. Peut-être est-ce là justement la leçon: l'amour pastoral n'est pas propre. Il s'emporte, il se justifie, il s'excuse de se justifier. Et Dieu ne l'efface pas du dossier.
Le contexte
Corinthe, vers l'an 55, port riche, ville de patronage et de rhétorique. Un orateur se fait payer et honorer; refuser l'argent, comme Paul, revient à refuser un lien social, presque une insulte, et fait suspecter qu'on n'a rien à vendre. Ses concurrents, ceux qu'il nomme ironiquement « les plus excellents apôtres », ont l'éloquence, les lettres de recommandation, la prestance. Paul, « homme simple quant au langage », a subi cinq fois les trente-neuf coups de la discipline synagogale, ce qui signifie qu'il est resté sous l'autorité de sa communauté au lieu de la fuir. Et sous Arétas, roi nabatéen, il a quitté Damas par-dessus le mur, dans un panier: l'exact contraire du triomphe romain.
Le personnage principal
Paul est ici à nu: ironique, blessé, amoureux, épuisé. Le verset le plus révélateur n'est pas la liste des naufrages mais celui d'après: « outre ces choses exceptionnelles, il y a ce qui me tient assiégé tous les jours, la sollicitude pour toutes les assemblées ». Le mot dit un siège militaire, une pression quotidienne. Puis: « Qui est faible, que je ne sois faible aussi? Qui est scandalisé, que moi aussi je ne brûle? » Voilà l'homme: incapable de garder ses distances, brûlant pour chaque croyant qui trébuche. Sa colère contre les faux apôtres n'est pas de la rivalité professionnelle. C'est la fureur d'un père devant la porte de sa fille. Et sa faiblesse assumée est précisément ce qui le rend crédible.
Réflexion
Quelle version de moi-même est-ce que je présente d'abord, et qu'est-ce que cela révèle de ce que je crois nécessaire pour être aimé?
Qui, dans ma vie ou mon église, m'impressionne par son assurance plus qu'il ne me conduit à Christ?
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Questions fréquentes sur 2 Corinthians 11
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Ce que la communauté partage sur 2 Corinthians 11
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Je voudrais que vous supportassiez un peu ma folie! Mais aussi supportez-moi. » Paul sait qu'il va parler de lui-même, et cela lui coûte. Il ne défend pas son orgueil, il défend un amour. Il y a des moments où aimer quelqu'un oblige à dire des choses qui nous font paraître ridicules. L'acceptes-tu pour ceux que tu aimes?
« J'ai passé un jour et une nuit dans les profondeurs de la mer. » Vingt-quatre heures dans l'eau, sans témoin, sans applaudissements. Paul ne cite pas cela comme un exploit mais comme une preuve d'amour pour Christ. Et toi, ces heures que personne n'a vues, ces nuits où tu as tenu sans que nul ne le sache : Dieu les a comptées.
Père, garde mon coeur libre de ce besoin de me mettre en avant. Que ma façon de servir ne donne prise à aucun soupçon, et que rien en moi ne cherche à impressionner. Apprends-moi à travailler pour toi, simplement, sans réclamer ma part de gloire.
Seigneur, il m'arrive de parler trop de moi, même quand je crois te servir. Garde mon cœur honnête devant toi. Que ma confiance ne repose pas sur ce que je peux montrer, mais sur ta grâce qui me tient debout, jour après jour.
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