2 Corinthiens 11:6
Le texte
Paul concède un point à ses détracteurs et en refuse un autre. Oui, dit-il, je suis peut-être « un homme simple quant au langage » : un orateur sans vernis, sans les effets qui font vibrer un auditoire grec. Mais la connaissance, elle, je l'ai, et cela, il ne le cède à personne. Puis il ajoute une phrase qui déplace tout le débat : « nous avons été manifestés de toute manière, en toutes choses, envers vous. » Autrement dit : ce que je suis n'est pas une rumeur, ni une réputation construite à distance. Vous l'avez vu. Vous m'avez vu travailler, souffrir, refuser votre argent, vivre devant vos yeux. L'argument n'est plus rhétorique, il est tissé dans une vie exposée.
Le cœur
Derrière cette demi-page d'autodéfense se joue une question théologique brûlante : par quoi l'Évangile s'authentifie-t-il ? Les Corinthiens, formés par une culture où la parole brillante était une forme de pouvoir, cherchaient dans le prédicateur la preuve du message. Paul renverse le critère. Le contenu, la « connaissance », le Christ crucifié reçu et transmis, n'a pas besoin d'être porté par un emballage éblouissant ; il se recommande par la transparence de celui qui le porte. C'est une logique de grâce jusque dans la manière de communiquer : si le salut ne vient pas de la performance humaine, alors l'annonce du salut ne peut pas non plus reposer sur la performance humaine. Un apôtre maladroit mais manifesté, à découvert, sans double fond, correspond mieux à un Dieu qui se révèle dans la faiblesse qu'un orateur impeccable dont personne ne connaît la vie réelle. La sainteté, ici, n'est pas une aura ; c'est l'absence de coulisses.
Le fil conducteur
Il y a une constante dans la manière dont Dieu se rend connaissable : Il choisit presque toujours des porte-parole dont la bouche est un handicap. Moïse proteste qu'il est lourd de langue et qu'on ne l'écoutera pas ; Dieu l'envoie quand même, précisément pour que la libération d'Israël ne puisse jamais être attribuée au talent de l'orateur. Le fil se prolonge jusqu'au Calvaire, où la Parole éternelle se tait devant ses juges. Le verbe que Paul emploie, « manifestés », est celui de la révélation : ce qui était caché devient visible. C'est le mouvement même du Dieu de l'alliance, qui ne reste pas abstrait mais sort de l'ombre et se laisse regarder. Paul ne réclame pas d'être admiré ; il affirme qu'il a vécu à découvert, comme on vit déjà devant le tribunal du Christ, où tout sera manifesté de toute façon.
Le miroir
La tentation que Paul refuse est exactement celle que nous avons perfectionnée. Nous soignons la version présentable : le profil professionnel, le témoignage bien monté, la famille qui paraît en ordre le dimanche matin, l'étude biblique préparée avec soin par quelqu'un dont personne ne sait comment il parle à son conjoint le samedi soir. Nous craignons moins le péché que l'exposition du péché. Et nous mesurons les prédicateurs, et nous-mêmes, à la fluidité plutôt qu'à la cohérence. Demandez-vous honnêtement : qui, autour de vous, a le droit de voir vos finances, votre colère, vos nuits ? Si la réponse est personne, votre christianisme a des coulisses que Paul n'avait pas. Aujourd'hui, choisissez une personne devant laquelle vous jouez un rôle, et dites-lui en une seule phrase une chose vraie de votre vie que vous aviez tue.
L'intertexte
Au début de sa première lettre à cette même Église, Paul avait déjà annoncé la couleur : il était venu à Corinthe sans excellence de parole, décidé à ne rien savoir parmi eux sinon Jésus-Christ crucifié, afin que leur foi repose sur la puissance de Dieu et non sur la sagesse des hommes. Ce que les adversaires appellent maintenant une faiblesse était donc un choix théologique assumé dès le premier jour. Et derrière ce choix se tient le portrait d'Ésaïe 53 : un serviteur sans apparence ni éclat, dont rien n'attirait le regard, et par les meurtrissures duquel vient la guérison. Paul ne s'excuse pas de ressembler à son Maître ; il considère que c'est la preuve.
Le profil
Corinthe était une ville de nouveaux riches, colonie romaine refondée, obsédée par le statut. Les orateurs itinérants y étaient des vedettes payées, jugées sur la voix, le geste, la capacité à tenir une foule en haleine ; engager un rhéteur réputé rehaussait le prestige de ceux qui le finançaient. D'où la blessure de Corinthiens au sujet du refus de Paul d'être « à charge » : il leur retirait l'honneur de le patronner. Quand les « plus excellents apôtres » insinuent qu'il parle mal, ils emploient le critère que toute la ville comprend immédiatement. Les Corinthiens entendaient donc dans ce verset bien plus qu'une question de style : ils entendaient Paul renoncer volontairement à une classe sociale.
Le détail
Le mot traduit par « homme simple » est en grec idiôtês : le non-initié, l'amateur, celui qui n'appartient pas à la guilde. Ce n'est pas un compliment, et Paul ne cherche pas à l'adoucir. Il l'accepte, sèchement, comme on pose une pièce sur la table, pour pouvoir refuser l'autre accusation. Car l'amateurisme de la forme ne dit rien du contenu : la connaissance qu'il porte ne lui vient pas d'une école de rhétorique mais d'une rencontre sur une route. Voilà ce qui dérange encore : l'Évangile est confié à des amateurs manifestés plutôt qu'à des professionnels impeccables, et Dieu semble trouver cela normal.
Réflexion
Sur quel critère est-ce que je juge réellement un prédicateur, un responsable, un frère : sur ce qu'il dit bien, ou sur ce que sa vie laisse voir ?
Si tout de moi devait être « manifesté » demain, qu'est-ce que je voudrais changer aujourd'hui, et pourquoi n'est-ce pas déjà fait ?
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Questions fréquentes sur 2 Corinthians 11:6
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Ce que la communauté partage sur 2 Corinthians 11
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Seigneur, je passe tant de temps à cacher mes faiblesses, à vouloir paraître solide. Apprends-moi à ne plus en avoir honte, car c'est là, dans mes fragilités, que ta force se voit le mieux. Que ma vie te montre, toi, et pas moi.
Seigneur, je pense à ceux qui portent dans leur corps le prix de leur fidélité, aux coups reçus sans renier ton nom. Donne-moi ce courage quand il m'en coûte de te suivre, et garde aujourd'hui ceux qui souffrent pour toi.
« Je voudrais que vous supportassiez un peu ma folie! Mais aussi supportez-moi. » Paul sait qu'il va parler de lui-même, et cela lui coûte. Il ne défend pas son orgueil, il défend un amour. Il y a des moments où aimer quelqu'un oblige à dire des choses qui nous font paraître ridicules. L'acceptes-tu pour ceux que tu aimes?
« J'ai passé un jour et une nuit dans les profondeurs de la mer. » Vingt-quatre heures dans l'eau, sans témoin, sans applaudissements. Paul ne cite pas cela comme un exploit mais comme une preuve d'amour pour Christ. Et toi, ces heures que personne n'a vues, ces nuits où tu as tenu sans que nul ne le sache : Dieu les a comptées.
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