2 Corinthiens 9:10
Le texte
Du grain. Voilà l'image que Paul jette sur la table, et ce n'est pas une métaphore choisie au hasard dans une ville comme Corinthe, où les navires chargés de blé d'Égypte remontaient depuis Cenchrées et où le prix du pain se discutait sur l'agora avant même la politique. Le verset dit ceci : Celui qui donne au semeur sa semence et au mangeur son pain, ce même Dieu vous fournira de quoi semer, multipliera cette semence, et fera grossir la récolte de votre justice. Autrement dit : l'argent que vous vous apprêtez à envoyer à Jérusalem n'est pas une somme prélevée sur votre survie, c'est un sac de grain mis en terre par des mains qui ne l'ont pas fabriqué elles-mêmes.
Le cœur
Il faut entendre ce que cela avait de renversant pour des gens dont l'économie était une économie de la peur. Une mauvaise saison, une flotte retardée, et le pain doublait de prix. Dans ce monde, on gardait. Paul, lui, coupe la chaîne de l'angoisse à sa racine : le semeur ne fabrique pas sa semence, il la reçoit. Dieu n'est pas le comptable qui vérifie ce que vous rendez, Il est la source en amont de tout ce que vous possédez déjà. Et remarquez ce qui augmente : non pas votre compte, mais « les fruits de votre justice ». Dieu ne promet pas de vous rembourser avec intérêts, Il promet de faire grandir en vous la capacité même de donner, ce qui est une tout autre récompense, et bien plus dérangeante.
Le fil rouge
La collecte pour Jérusalem n'est pas une opération caritative parmi d'autres. Paul traîne ce sac d'argent à travers la Méditerranée parce qu'il y voit une chose énorme : des païens de Grèce, anciennement adorateurs d'Aphrodite et de Poséidon, qui nourrissent des juifs de Judée. La promesse faite à Abraham disait que toutes les nations seraient bénies par sa descendance ; ici la bénédiction remonte le courant, les nations bénissent la descendance. Et le vocabulaire trahit d'où vient tout cela. Paul termine le chapitre par « son don inexprimable », un don que personne n'a mérité, semé par Dieu dans un champ hostile. La générosité chrétienne n'est jamais un premier geste, elle est toujours une réponse. Le Christ est la semence originelle, tombée en terre ; ce que nous mettons dans la corbeille n'est que le grain issu de cette moisson-là.
Le miroir
Vous connaissez le calcul, même si vous ne l'avouez pas. Il se fait la nuit, quand vous pensez à la voiture qui vieillit, aux études des enfants, à la retraite qui approche moins vite que les factures. Ce calcul n'est pas honteux, il est humain ; les Corinthiens le faisaient devant les silos du port. Mais Paul vient déplacer la question. Il ne demande pas si vous avez assez, il demande si vous croyez que Celui qui fournit la semence existe. Car si vous êtes le seul producteur de votre pain, alors garder est la seule sagesse. Si vous ne l'êtes pas, garder devient une forme d'oubli. Aujourd'hui, avant ce soir : prenez une somme précise, pas symbolique, pas ronde par confort, et donnez-la à quelqu'un dont vous savez qu'il ne pourra jamais vous la rendre. Faites le virement maintenant, pendant que le verset est encore frais.
La question
Alors quoi, donner fait-il revenir plus ? Le verset le dit presque, et des générations de prédicateurs en ont fait une machine à sous spirituelle. Mais lisez lentement : ce que Dieu multiplie, c'est « votre semence », et ce qu'Il augmente, ce sont « les fruits de votre justice ». Pas votre confort. Paul lui-même écrit cette lettre depuis une vie de faim, de coups et de naufrages. Les frères de Macédoine, qu'il cite en exemple, donnaient dans une pauvreté profonde. Il n'y a donc pas de garantie de rendement, et il serait malhonnête d'en promettre une. Ce qui est promis, c'est que Dieu ne laissera pas à sec la main qui s'ouvre. Où passe exactement la ligne entre cette promesse et notre envie d'être payés en retour, le texte ne le trace pas. Il nous laisse là, avec le grain dans la main.
Le détail
« Du pain à manger. » Trois mots qu'on saute, et qui pourtant tiennent tout l'édifice. Paul aurait pu dire simplement que Dieu donne la semence ; il ajoute la ration quotidienne du mangeur. Deux catégories, deux fonctions : ce qu'on met en terre et ce qu'on porte à la bouche. Dieu fournit les deux, et Il sait faire la différence. Un paysan de Corinthe, à la fin de l'automne, connaissait exactement cette tension : combien pour le ventre, combien pour le sillon. Se tromper, c'était mourir en mars. Paul dit à ces gens que la répartition n'est pas entièrement sur leurs épaules. Il y a un pain qui vous est destiné, et il y a une semence qui vous est confiée ; refuser de semer par peur de manquer de pain, c'est se méfier du même Fournisseur.
Le personnage principal
Dieu, ici, apparaît sous un visage précis : Il fournit. Le verbe revient deux fois, comme le geste d'un homme qui remplit un sac, puis le remplit encore. Ce n'est pas le Dieu lointain des philosophes de l'agora, indifférent aux récoltes humaines. Ce n'est pas non plus le patron divin des temples corinthiens, à qui l'on sacrifiait pour obtenir un retour. Il aime, dit le verset précédent, « celui qui donne joyeusement », et cette joie n'est possible que parce qu'Il a commencé, Lui, avant nous. Un Dieu qui donne la semence à celui qui va la disperser sait très bien qu'Il ne la reverra pas. Il donne quand même. C'est ce caractère-là, prodigue et sans calcul, que Paul veut voir apparaître dans une collecte d'argent grec pour des ventres juifs.
Réflexion
Quelle part de mes revenus considérez-vous instinctivement comme « du pain », et quelle part comme « de la semence », et qui a tracé cette frontière en moi ?
Si Dieu répondait à ma générosité non par plus d'argent mais par une plus grande capacité de donner, est-ce que je considérerais cela comme une bénédiction ou comme une facture ?
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Ce que la communauté partage sur 2 Corinthians 9
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Je connais votre promptitude, au sujet de laquelle je me glorifie de vous auprès des Macédoniens. » Paul a parlé de toi en bien devant d'autres, et cela en a réveillé plusieurs. Ton élan ne reste jamais privé. Mais un an a passé depuis cette belle intention. Ce que tu as promis dans l'enthousiasme, l'as-tu déposé entre les mains de quelqu'un ?
Père, que le peu que je peux donner comble un vrai manque chez quelqu'un, et qu'il en monte vers toi plus de reconnaissance que je n'en verrai jamais. Apprends-moi à donner sans compter, avec un cœur simple et joyeux.
Remarque l'ordre des choses: avant que tu sèmes, quelqu'un t'a donné la semence. "Celui qui fournit de la semence au semeur et du pain à manger." Ce que tu tiens dans ta main n'a jamais été à toi d'abord. Alors donner cesse d'être une perte. C'est laisser passer entre tes doigts ce qui venait déjà d'ailleurs.
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