2 Corinthiens 9
Le texte
Paul revient sur la collecte destinée aux croyants pauvres de Jérusalem. Il annonce l'envoi de frères pour que l'argent soit rassemblé avant son arrivée, sans précipitation ni pression, puis il élargit le propos : donner, c'est semer, et Dieu Lui-même fournit la semence. Le chapitre s'achève non sur des chiffres mais sur un débordement de reconnaissance, celle des bénéficiaires qui prieront pour Corinthe, et celle de Paul devant le « don inexprimable » de Dieu.
Le cœur
Imaginez la scène que Paul redoute. Une délégation de Macédoniens franchit la porte d'une maison corinthienne. Ils viennent de régions saignées par la guerre et les impôts, ils ont donné au-delà de leurs moyens, et ils s'attendent à trouver ici l'Achaïe « prête dès l'année passée », comme Paul s'en est vanté. Silence gêné. Rien n'est prêt. Paul écrit : « nous (pour ne pas dire vous), nous ne soyons confus ». Cette parenthèse est presque comique dans sa délicatesse. Voilà le cœur : la générosité chrétienne n'est pas une transaction mais une grâce, et une grâce ne s'extorque pas. Dieu « aime celui qui donne joyeusement », et Paul préfère perdre la face plutôt que d'arracher un don sous contrainte.
Le fil rouge
Paul cite le Psaume 112 : « Il a répandu, il a donné aux pauvres, sa justice demeure éternellement ». Dans le psaume, cette description vise l'homme qui craint Dieu. Paul l'applique à des païens de Corinthe convertis depuis quelques années à peine. Ce déplacement est énorme : la justice qui « demeure éternellement », promise à l'Israélite fidèle, se voit maintenant chez des Grecs qui vident leur bourse pour des Juifs de Jérusalem qu'ils ne connaîtront jamais. C'est la logique même du Christ, qui S'est appauvri pour enrichir les autres. La collecte n'est pas de la philanthropie ; c'est l'Évangile qui prend la forme d'un transfert d'argent d'ouest en est, et qui recoud un peuple divisé.
Le miroir
Vous connaissez probablement le don « à regret ». L'enveloppe glissée parce que quelqu'un vous regarde. Le virement mensuel qu'on n'ose pas annuler par crainte du jugement. Le projet auquel on a promis trop vite, et qu'on paie avec un pincement au ventre. Paul refuse cette économie de la mauvaise conscience : « non à regret, ou par contrainte ». Mais attention, il ne dit pas que le sentiment décide. Il dit : « selon qu'il se l'est proposé dans son cœur ». Il y a une décision réfléchie, prise à l'avance, tenue ensuite. La joie n'est pas l'humeur du moment ; c'est ce qui naît quand on a décidé librement et qu'on va jusqu'au bout de sa parole.
Le détail
Un mot suffit à retourner tout le chapitre : « celui qui fournit de la semence au semeur ». Le semeur croit tenir sa propre semence. Il l'a stockée, comptée, il sait ce qu'il se permet de jeter en terre. Paul lui rappelle que même ce grain lui a été donné. Ce n'est donc jamais son capital qu'il risque, mais un dépôt qui repart en circulation. Et Dieu « fournira et multipliera votre semence » : non pour remplir des greniers, mais pour qu'il y ait encore de quoi semer. Le retour promis n'est pas le confort ; c'est la capacité d'être généreux à nouveau. On ne devient pas riche en donnant, on devient capable de donner davantage.
La question
Reste une gêne. Paul écrit qu'il est « superflu » d'écrire aux Corinthiens à ce sujet, puis il écrit un chapitre entier, envoie des émissaires, agite la comparaison avec la Macédoine et évoque la honte publique. N'est-ce pas exactement la pression qu'il dit refuser ? Honnêtement : oui, il y a là une tension que le texte ne dissout pas. Paul use de son autorité apostolique, de sa réputation, de l'émulation entre Églises. Il sait que la liberté humaine a besoin d'être appelée, parfois pressée, pour se réveiller. Peut-être faut-il accepter que l'amour ne soit jamais chimiquement pur de tout calcul, et que Dieu travaille aussi à travers des lettres embarrassées d'apôtres qui insistent.
Le profil
Les Corinthiens vivaient dans une ville de commerce, obsédée par le statut, où le don public servait à acheter de l'honneur : une inscription, un banquet, une statue. Donner, c'était placer un investissement social. Paul démonte ce circuit. L'argent partira vers Jérusalem, à des inconnus incapables de rendre quoi que ce soit, sauf « les supplications qu'ils font pour vous ». Le seul retour visible sera des prières de Juifs pauvres pour des Grecs riches, et de la gratitude adressée à Dieu, pas aux donateurs. Pour une oreille corinthienne, c'était une révolution de l'économie de l'honneur : la gloire remonte vers Dieu, et les donateurs ne reçoivent que de l'affection. « Grâces à Dieu pour son don inexprimable ! »
Pour réfléchir
Qu'ai-je décidé de donner « dans mon cœur », librement et à l'avance, et qu'est-ce que je donne surtout par crainte du regard des autres ?
Si le fruit promis par Paul est la capacité de semer encore, où mon aisance actuelle sert-elle simplement à me rassurer plutôt qu'à circuler ?
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Ce que la communauté partage sur 2 Corinthians 9
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Je connais votre promptitude, au sujet de laquelle je me glorifie de vous auprès des Macédoniens. » Paul a parlé de toi en bien devant d'autres, et cela en a réveillé plusieurs. Ton élan ne reste jamais privé. Mais un an a passé depuis cette belle intention. Ce que tu as promis dans l'enthousiasme, l'as-tu déposé entre les mains de quelqu'un ?
Père, que le peu que je peux donner comble un vrai manque chez quelqu'un, et qu'il en monte vers toi plus de reconnaissance que je n'en verrai jamais. Apprends-moi à donner sans compter, avec un cœur simple et joyeux.
Remarque l'ordre des choses: avant que tu sèmes, quelqu'un t'a donné la semence. "Celui qui fournit de la semence au semeur et du pain à manger." Ce que tu tiens dans ta main n'a jamais été à toi d'abord. Alors donner cesse d'être une perte. C'est laisser passer entre tes doigts ce qui venait déjà d'ailleurs.
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