Actes des Apôtres 16:16
Le texte
Sur le chemin du lieu de prière, à Philippes, Paul et ses compagnons sont abordés par une jeune esclave. Elle est habitée par un « esprit de python » et ses prédictions rapportent gros à ceux qui la possèdent. Elle vient au-devant d'eux : ce n'est pas eux qui la cherchent, c'est elle qui les croise, et derrière elle se profile tout un commerce.
Le cœur
Ce verset dit quelque chose de terrible et de très ordinaire : le surnaturel peut être rentable. Il y a ici un esprit, une voix qui parle vrai (le verset suivant le confirme, elle annonce « la voie du salut »), et il y a une caisse. Les deux tiennent ensemble sans grincer. Luc ne les sépare pas, il les colle dans la même phrase : elle prophétisait, ils encaissaient. Voilà le monde dans lequel l'Évangile arrive. Un monde où la parole religieuse fonctionne, où elle attire du monde, où elle produit du chiffre, et où une personne humaine se retrouve réduite à l'instrument qui fait tourner la machine. Dieu, dans ce texte, n'entre pas dans ce système pour l'améliorer. Il vient chercher la fille.
Le fil rouge
Depuis le début, l'histoire du salut se joue autour d'esclaves qu'on refuse de rendre. Pharaon ne lâche pas Israël parce qu'Israël travaille pour lui : la liberté d'un peuple coûte de l'argent à un empire. Ici, la scène se rejoue en miniature à Philippes. Jésus avait ouvert Son ministère en lisant Ésaïe dans la synagogue de Nazareth : Il est envoyé pour publier la liberté aux captifs (Luc 4). Le nom de Jésus, quelques versets plus loin, fait exactement cela. Et comme toujours, la libération d'un captif provoque la colère de ceux qui vivaient de sa captivité. Le royaume n'arrive jamais dans un espace neutre ; il arrive dans une économie, et il en dérange les comptes.
Le miroir
Posez-vous la question franchement : qui, dans votre vie, vous est surtout utile ? Le collègue dont vous supportez le caractère parce qu'il fait bien tourner l'équipe. L'enfant dont les résultats vous rassurent sur vous-même. Le membre de votre groupe qui prie si bien qu'on l'appelle toujours, sans jamais lui demander comment il va. Les maîtres de cette fille ne sont pas des monstres ; ce sont des gens raisonnables qui ont trouvé un talent et l'ont valorisé. C'est précisément ce que nous appelons du bon sens. Et l'autre côté du miroir fait mal aussi : peut-être êtes-vous cette fille. Vous parlez, on vous écoute, on vous applaudit, et personne n'a remarqué que vous n'êtes plus libre. Votre voix rapporte. Vous, vous n'appartenez plus à vous-même.
Le contexte
Philippes est une colonie romaine, peuplée de vétérans, fière de son statut : « nous qui sommes Romains », diront les accusateurs au verset 21. Il n'y a apparemment pas de synagogue ; les croyants se retrouvent au bord du fleuve, hors de la porte. Paul vient tout juste de sortir de la maison de Lydie, une femme d'affaires libre, propriétaire, marchande de pourpre, qui a ouvert son cœur et sa maison. Et voilà que sur le chemin de la prière il rencontre l'exacte inverse : une fille sans nom, sans maison, sans salaire, dont le corps et la bouche appartiennent à d'autres. Deux femmes, deux mondes, une même ville. L'Évangile est entré à Philippes par le haut de l'échelle sociale ; il descend maintenant tout en bas.
Le détail
« Un esprit de python. » L'expression renvoie au serpent de Delphes, tué par Apollon selon la légende, et aux devins qui parlaient en son nom. Aux oreilles grecques, ce n'était pas une insulte : c'était un label de qualité. Cette fille avait l'oracle le plus prestigieux du monde antique dans la gorge. Et Luc, en un mot, fait entendre autre chose : un serpent. Le même animal qui, au commencement, a parlé vrai à moitié pour asservir. Notez que la fille ne dira rien de faux. C'est bien là le piège : la vérité prononcée par une bouche captive, monnayée au comptoir, reste un esclavage. Ce qui est dit compte ; qui le dit, et pourquoi, compte aussi.
La question
Pourquoi Paul attend-il ? Le verset 18 le précise : « elle fit cela pendant plusieurs jours ». Jour après jour, cette enfant crie derrière eux, et Paul marche. Il n'agit que lorsqu'il est « affligé », littéralement excédé. Faut-il en conclure que l'irritation de l'apôtre a fait ce que la compassion n'avait pas fait ? Le texte ne s'excuse pas et ne s'explique pas. Et il ne nous dit rien de la suite : une esclave devenue sans valeur commerciale, que devient-elle ? Luc laisse la porte ouverte et court derrière Paul et Silas jusqu'en prison. Nous voudrions une fin propre. Nous n'en avons pas. Il reste seulement ceci : elle est libre, et cela a coûté quelque chose à quelqu'un.
Réflexion
Qui, dans votre entourage, avez-vous cessé de voir comme une personne parce qu'il ou elle vous est devenu utile ?
Quelle libération, chez vous ou chez un autre, refusez-vous de désirer parce qu'elle vous coûterait trop cher ?
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Questions fréquentes sur Acts 16:16
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« Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour. » L'ordre compte : d'abord affermies, ensuite nombreuses. Paul ne court pas après les chiffres, il passe de ville en ville consolider ce qui existe déjà. Et toi, cherches-tu à grandir vite, ou à tenir solide ? Dieu, lui, prend le temps d'enraciner avant d'élargir.
Merci, Seigneur, pour Paul et Silas qui, vers le milieu de la nuit, en priant, chantaient tes louanges. Merci de mettre un chant dans nos cachots, quand les pieds sont dans les ceps et la porte fermée. Et merci que les autres prisonniers les écoutaient: notre louange ne se perd jamais.
À minuit, Paul et Silas chantaient. Et soudain: « les liens de tous furent détachés. » Pas seulement les leurs. Ta louange au fond du cachot ne te libère pas toi seul, elle secoue des chaînes que tu ne vois même pas, celles du prisonnier d'à côté, celles du geôlier. Que chantes-tu, cette nuit?
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