Actes des Apôtres 9
Le texte
Saul part pour Damas avec des lettres officielles en poche, décidé à ramener enchaînés à Jérusalem les hommes et les femmes « de la voie ». Une lumière le jette au sol, une voix lui dit qu'en frappant ces gens c'est Jésus qu'il frappe, et l'inquisiteur entre dans la ville aveugle, tenu par la main. Puis Dieu envoie vers lui un disciple terrorisé, Ananias; Saul prêche aussitôt, échappe à la mort dans une corbeille, et le récit glisse vers Pierre, qui relève un paralytique à Lydde et rend une morte à ses veuves à Joppé.
Le cœur
« Je suis Jésus que tu persécutes. » Tout le chapitre tient dans cette phrase. Saul n'a jamais touché Jésus; il a traîné devant les tribunaux des artisans, des veuves, des Hellénistes de Jérusalem. Et le Ressuscité dit: c'était Moi. L'Église n'est pas une organisation qui défend les intérêts de Jésus, elle est Son corps, nerf et chair. Le second coup porté par ce texte est aussi brutal: Saul ne cherchait pas Dieu, il Le servait précisément en pourchassant les chrétiens. La grâce ne vient pas couronner une quête spirituelle, elle intercepte un homme en pleine course dans la mauvaise direction. « Vase d'élection » dit le Seigneur à Ananias: un objet, choisi, qu'on ne consulte pas.
Le fil rouge
Remarquez la promesse jointe à l'appel: « je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom. » Depuis Abraham, Dieu appelle des hommes pour que les nations soient bénies; ici l'instrument de cette bénédiction universelle est un pharisien de Tarse, et le prix en est la souffrance. Le schéma est celui du Serviteur: porter le nom devant « les nations et les rois, et les fils d'Israël », et payer. Et la suite du chapitre montre que le Ressuscité ne travaille pas seulement par des visions: Énée se lève, Tabitha ouvre les yeux. Dieu qui arrête un persécuteur sur la route est le même qui redresse un paralysé depuis huit ans. La résurrection de Jésus déborde dans des corps.
Le miroir
Il y a dans ce chapitre un personnage avec lequel nous sommes plus souvent d'accord que nous l'admettons: Ananias. Sa réponse n'est pas de la lâcheté, c'est du bon sens. Il a entendu les récits des familles brisées à Jérusalem. Aller imposer les mains à cet homme et l'appeler « frère », c'est signer sa propre condamnation. Nous connaissons cela: le collègue qui a nui à notre réputation et qui se dit maintenant croyant, le membre de la famille dont la conversion nous paraît trop commode, le nom que nous avons rangé définitivement dans la colonne des ennemis. Dieu ne discute pas l'objection d'Ananias, Il la contourne: « Va. » Aujourd'hui, écrivez sur un papier le nom de la personne que vous croyez incapable de changer, et dites à voix haute, en le regardant, le mot qu'Ananias a prononcé: frère, ou sœur.
L'intertexte
Paul racontera plus tard cette scène autrement: dans Galates 1, il insiste sur le fait qu'il n'est monté à Jérusalem que longtemps après, qu'il n'a rien reçu d'homme. Luc, lui, tient à montrer l'inverse: sans Ananias pas de vue, sans Barnabas pas d'accueil. Les deux récits se corrigent utilement; l'appel vient directement du Ciel, mais il passe par des mains qui se posent sur une tête. Et pour Tabitha, impossible de ne pas entendre l'écho: « Tabitha, lève-toi » est presque mot pour mot ce que Jésus dit à la fille de Jaïrus. Pierre fait ce qu'il a vu faire, avec cette différence qu'il se met d'abord à genoux.
Le profil
Les premiers lecteurs de Luc savaient ce que coûtait une lettre du souverain sacrificateur: un mandat d'extradition exécutoire dans les synagogues de la diaspora, deux cents kilomètres de route, et des fers. Ils connaissaient aussi la rue appelée la Droite, la grande avenue à colonnades de Damas, adresse si banale qu'elle rend la vision crédible. Ils entendaient le scandale de la corbeille: le pharisien brillant évacué comme un paquet de linge par-dessus un mur, de nuit. Et ils comprenaient la pointe du dernier verset: Pierre loge chez Simon, corroyeur. Un tanneur travaillait l'urine et les excréments, son atelier puait, on l'installait en bordure de ville, et un Juif pieux évitait sa maison. Luc place cette phrase juste avant Corneille. La porte des nations s'ouvre dans une odeur de cuir.
Le personnage principal
Saul respire encore « menace et meurtre »: Luc en fait presque un état physiologique, comme si la violence était devenue sa respiration. Cet homme est sincère, compétent, convaincu de défendre l'honneur de Dieu, et c'est exactement ce qui le rend dangereux. Puis trois jours sans voir, sans manger, sans boire, dans une chambre prêtée. Aveugle, il est enfin immobile. L'homme qui venait lier des gens est conduit par la main comme un enfant. Quand les écailles tombent, il ne négocie pas, il ne réclame pas de délai de réflexion: il est baptisé, il mange, il prêche. Son premier message n'est pas son expérience, c'est une personne: « que lui est le Fils de Dieu. »
Questions de réflexion
Si Jésus vous disait aujourd'hui « pourquoi me persécutes-tu », à quel visage concret penseriez-vous en premier?
Ananias a obéi à un ordre dont il voyait clairement le risque. Quelle obéissance repoussez-vous actuellement, non par incrédulité, mais par prudence raisonnable?
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Ce que la communauté partage sur Acts 9
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, quand les portes semblent gardées et que je ne vois aucune issue, rappelle-moi que tu connais chaque piège avant moi. Donne-moi le calme de ceux qui attendent ton secours, et la confiance que tu ouvriras un passage là où je n'en vois pas.
Ananias décrit les croyants ainsi: "il a pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom." Voilà leur seul signe distinctif: ils invoquent ce nom. Pas de titre, pas de protection. Et c'est ce nom, si dangereux à porter, que Jésus demande maintenant à Ananias d'apporter à son persécuteur.
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