Daniel 6
Le texte
Un vieil homme ouvre sa fenêtre du côté de Jérusalem, se met à genoux, et prie comme il l'a toujours fait. Il sait qu'un édit vient d'être signé, il sait que des yeux le guettent, il sait ce qui l'attend. Il prie quand même. La suite, les lions, le roi qui ne dort pas, la pierre scellée à l'aube, tout découle de ce geste tranquille près d'une fenêtre ouverte.
Le cœur
On lit Daniel 6 comme une histoire de courage. Mais regardez de plus près : Daniel ne se dresse pas, ne proteste pas, n'organise aucune résistance. Il fait simplement ce qu'il faisait déjà. « comme il avait fait auparavant » (v. 11). Voilà le vrai centre du chapitre. La fidélité n'est pas ici un acte héroïque produit sous pression, mais une habitude si profondément enracinée qu'elle survit intacte à la menace de mort. La question du texte n'est donc pas « seras-tu brave le jour où il faudra l'être ? », mais « que fais-tu les jours où personne ne regarde encore ? » Dieu n'apparaît qu'au verset 23, presque en passant. Le reste du chapitre nous fait attendre avec Darius, dans le silence.
Le fil rouge
La fosse scellée d'une pierre, un cachet royal, une nuit d'attente, un roi qui vient à l'aube et pose sa question au bord du tombeau. Le lecteur du Nouveau Testament ne peut manquer l'écho. Mais attention à ne pas transformer Daniel en simple préfiguration : il reste Daniel, un homme fidèle sauvé par un ange qui ferme la gueule des lions. Ce que le texte donne à voir, c'est un Dieu qui délivre du séjour de la mort ceux qui se confient en Lui, et cette délivrance annonce, sans la contenir encore, la victoire plus grande où Quelqu'un descendra sans être délivré, pour que la fosse soit vidée pour toujours. Daniel sort. Le Christ, Lui, brisera la pierre.
Le miroir
Il est plus facile d'admirer Daniel que de vivre comme lui. Le texte demande : qu'est-ce que vous faites trois fois par jour, sans que personne ne le sache ? Nos habitudes secrètes construisent nos capacités publiques. Le jour où l'édit sera signé, où le collègue posera la question piégeuse, où l'enfant demandera pourquoi vous croyez encore, ce ne sera pas votre courage qui répondra, mais vos genoux usés. Ou leur absence. Et il y a autre chose : Daniel ouvre ses fenêtres. Pas d'ostentation, pas de dissimulation non plus. La foi qui se cache pour être en paix a déjà perdu quelque chose. Où sont vos fenêtres ouvertes vers Jérusalem, au sens propre et figuré ?
Contexte
Darius le Mède reçoit le royaume ; nous sommes à la charnière entre l'empire babylonien et l'empire perse. Daniel est vieux, probablement au-delà de quatre-vingts ans, exilé depuis sa jeunesse. Il a survécu à Nebucadnetsar, à Belshatsar, et le voici encore promu. Les « satrapes », mot perse, désignent des gouverneurs de province ; cent vingt d'entre eux, plus trois présidents. La jalousie contre Daniel est administrative autant que religieuse : un étranger, un Juif déporté, surpasse les nobles perses. Le piège tendu est juridiquement brillant : la loi des Mèdes et des Perses ne peut être abrogée, pas même par le roi qui l'a signée. Darius est donc prisonnier de son propre pouvoir. Voilà la mécanique implacable dans laquelle la prière de Daniel va s'inscrire.
Le personnage principal
Curieusement, c'est Darius qui bouge le plus dans ce chapitre. Daniel prie et se tait. Darius s'afflige, s'efforce jusqu'au coucher du soleil, jeûne, ne dort pas, court à l'aube. Il dit une chose stupéfiante avant même le miracle : « Ton Dieu que tu sers continuellement, lui, te sauvera » (v. 17). Est-ce une prière ? Une intuition ? Une projection ? Le texte ne tranche pas. Ce païen puissant, piégé par sa propre loi, découvre au chevet d'une fosse ce que Daniel savait depuis toujours. Il y a chez Darius une agitation qui contraste avec la paix silencieuse de Daniel, et cette agitation-là ressemble à la nôtre. Nous sommes plus souvent Darius que Daniel.
La question
Pourquoi Dieu délivre-t-il Daniel de la fosse, alors que tant d'autres fidèles, dans l'histoire et sous nos yeux, ne sont pas délivrés ? La fin du chapitre, avec les accusateurs jetés à leur tour avec leurs enfants et leurs femmes, ajoute un poids que nous préférons esquiver. Le texte n'offre pas de théorie de la souffrance. Il montre une délivrance, dans ce cas précis, à ce moment précis. Il faut résister à deux tentations : en faire une règle (« Dieu délivre toujours les fidèles »), ou en faire une exception vide de sens. Peut-être faut-il rester devant la fosse avec Darius, dans la nuit, avant l'aube, et apprendre à croire sans savoir encore comment cela finira.
Réflexion
Que faites-vous trois fois par jour, que le monde vienne à changer ou non ?
Êtes-vous plus souvent Daniel qui prie, ou Darius qui s'agite au bord de la fosse ?
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Merci, Seigneur, pour cette lettre étonnante d'un roi païen: « Que votre paix soit multipliée ! » Tu as pris la fidélité d'un seul homme dans la fosse pour faire porter ton nom à tous les peuples, peuplades et langues. Rien de ce que nous traversons n'est perdu pour ta gloire.
« Et une pierre fut apportée et mise sur l'ouverture de la fosse, et le roi la scella de son cachet. » Le roi voulait empêcher toute intervention humaine. Il ne savait pas qu'il venait d'enfermer Daniel seul à seul avec Dieu. Ce qui te semble scellé, sans issue, sans espoir, n'est peut-être que la chambre où Dieu travaille sans témoin. Une autre pierre, plus tard, sera roulée.
Ils n'accusent pas encore Daniel. Ils font d'abord répéter au roi son propre piège: « La chose est certaine, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui ne peut être abrogée. » Une signature donnée trop vite par orgueil, et voilà un roi prisonnier de ses mots. Pendant ce temps, Daniel prie, tranquille. Toi, qu'est-ce qui te tient debout aujourd'hui: ta position, ou ton Dieu?
Merci, Père, parce que tu es le Dieu vivant que je sers continuellement, et que tu es capable de me délivrer, comme Daniel dans la fosse aux lions. Merci pour ta fidélité qui garde ceux qui s'attachent à toi, même au milieu des menaces.
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