Deutéronome 19
Le texte
Une fois le pays conquis et habité, Israël doit mettre à part trois villes, réparties sur le territoire, vers lesquelles pourra fuir celui qui a tué sans intention, comme ce bûcheron dont le fer s'échappe du manche et atteint son voisin. Le meurtrier qui a haï et guetté sa victime, lui, sera extrait de la ville par les anciens de son propre village et livré au vengeur du sang. Suivent deux lois apparemment sans rapport : l'interdiction de déplacer les bornes du champ voisin, et l'exigence de deux ou trois témoins, avec une sanction terrible pour le faux témoin.
Le cœur
Ce chapitre refuse deux faux conforts. Il refuse de dire que le sang versé est sans importance : « tu ôteras d'Israël le sang innocent ». Et il refuse de traiter tous les sangs versés de la même façon : l'homme dont la hache a glissé n'est pas un assassin. Entre ces deux refus, Dieu installe une géographie. Il ne se contente pas de décréter la différence entre meurtre et accident, Il la rend praticable par des routes et des distances mesurées. C'est là que se révèle quelque chose de Son caractère : la justice divine n'est pas un principe abstrait auquel l'homme devrait s'élever, mais une institution concrète qui descend jusqu'au niveau d'un manche de hache mal fixé.
Le fil conducteur
Les villes de refuge sont une des rares institutions d'Israël qui existe uniquement pour protéger un coupable. Non pas un innocent, remarquez-le : un homme a réellement tué, du sang a réellement été versé, une famille pleure réellement. La ville ne nie pas le fait, elle interpose un espace entre le fait et la vengeance. Le Nouveau Testament ne cite jamais ces villes explicitement, et il vaut mieux ne pas forcer l'allégorie. Mais l'image travaille : Hébreux parle de ceux qui ont « fui pour saisir l'espérance proposée », et le vocabulaire du refuge y est celui du fugitif qui atteint enfin la porte. Le Christ n'abolit pas la gravité du sang ; Il devient le lieu où le coupable peut vivre.
Le miroir
Nous sommes tous experts dans l'art de déplacer les bornes sans le dire. L'héritage du voisin, aujourd'hui, c'est la réputation d'un collègue qu'on entame par une remarque, le mérite d'un subordonné qu'on s'attribue en réunion, l'héritage familial qu'on arrange discrètement en sa faveur. La borne était une pierre que personne ne surveillait la nuit ; le vol était presque invisible. Et puis il y a le faux témoin, dont la sanction est si lourde précisément parce que sa parole peut tuer sans arme. Combien de fois avez-vous répété une accusation sans jamais avoir vérifié s'il y avait deux témoins ? Aujourd'hui : reprenez la dernière chose négative que vous avez dite sur quelqu'un, et dites à voix haute si vous l'avez entendue d'une seule bouche. Si oui, décidez maintenant de ne pas la redire.
L'intertexte
La loi des témoins traverse toute l'Écriture et change de visage. Jésus la reprend pour la discipline d'Église : « prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que par la bouche de deux ou trois témoins toute parole soit établie » (Matthieu 18). Mais l'ironie la plus noire se joue à Son procès, où l'on cherche en vain des témoins concordants, et où ce chapitre exigerait qu'on fasse aux accusateurs « comme il pensait faire à son frère ». La loi s'est retournée contre elle-même. Quant au « vie pour vie, œil pour œil », Jésus le cite dans le Sermon sur la montagne non pour l'annuler comme justice publique, mais pour l'arracher aux mains des particuliers : ce qui limitait la vengeance du tribunal ne légitime jamais la mienne.
Le personnage principal
Dieu apparaît ici comme un législateur qui sait ce qu'est un cœur échauffé. Il ne condamne pas le vengeur du sang, Il ne le traite pas comme un barbare ; Il anticipe sa colère, calcule sa vitesse, prévoit la longueur du chemin. C'est un Dieu qui connaît les hommes de l'intérieur, qui sait que le deuil cherche un coupable et que la douleur court plus vite que le raisonnement. Et pourtant Il ne cède pas à cette colère : « quoiqu'il ne mérite pas la mort ». Dieu tient les deux bouts, la souffrance de la famille endeuillée et l'innocence relative du bûcheron, sans sacrifier l'un à l'autre. C'est cela, la sainteté : ne jamais simplifier au détriment de quelqu'un.
Le détail
« Tu t'en prépareras le chemin. » Trois mots qu'on survole. Dieu n'ordonne pas seulement des villes, Il ordonne des routes. Les rabbins ont compris qu'il fallait entretenir ces chemins, les élargir, y planter des poteaux indicateurs. Parce que la grâce qui existe sans accès n'est pas une grâce. Le verset 6 le dit crûment : le danger, c'est que « le chemin est long ». Une ville de refuge inaccessible tue aussi sûrement qu'un vengeur. Posez la question à votre Église, à votre groupe : la porte existe-t-elle vraiment, ou seulement en théorie ? Y a-t-il des panneaux ? Celui qui a du sang sur les mains sait-il par où courir, et combien de temps il lui faudra ?
Réflexion
Quelle borne, dans ma vie, ai-je déplacée de quelques centimètres en espérant que personne ne mesurerait ?
Pour qui suis-je, concrètement, un chemin préparé vers le refuge, et pour qui suis-je un détour ?
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Questions fréquentes sur Deuteronomy 19
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Ce que la communauté partage sur Deuteronomy 19
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Un seul témoin ne se lèvera pas contre un homme... sur la déposition de deux témoins ou sur la déposition de trois témoins, la chose sera établie." Dieu protège l'accusé avant même de juger le coupable. Une seule voix suffit pour salir une réputation. Toi, avant de répéter ce qu'on t'a dit, as-tu vérifié?
« Quand l'Éternel, ton Dieu, aura retranché les nations... et que tu les auras dépossédées, et que tu habiteras dans leurs villes et dans leurs maisons. » Avant de parler des villes de refuge, Dieu parle du don. Tu habites une maison que tu n'as pas bâtie. Et c'est là, dans ce cadeau, qu'il te demande d'ouvrir un lieu où le fuyard pourra respirer. Ce que tu as reçu gratuitement, à qui l'ouvres-tu ?
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