Matthieu 21:28
Le texte
« Mais que vous en semble ? » Jésus vient de refuser une réponse à ceux qui exigeaient Ses papiers d'autorité, et au lieu de les laisser partir, Il les installe dans le fauteuil du juge. Puis vient une histoire de trois lignes : un homme avait deux enfants ; il va vers le premier et lui dit : « [Mon] enfant, va aujourd'hui travailler dans ma vigne. » Le verset s'arrête là, phrase suspendue, la réaction du fils encore à venir. Tout le poids repose sur une demande d'un père à son enfant, et sur un mot : aujourd'hui.
Le cœur
Remarquez qui bouge d'abord. Ce n'est pas le fils qui se présente, c'est le père qui vient. L'ordre est toujours celui-là dans le royaume : Dieu s'approche avant de demander quoi que ce soit. Et Il ne s'approche pas en patron. Le mot grec, teknon, « enfant », est un terme de tendresse, pas de hiérarchie ; ce n'est pas un contremaître qui convoque un journalier. La vigne, en outre, est « ma vigne », celle du père, mais un fils qui y travaille travaille chez lui. Voilà le cœur : l'obéissance n'est pas un contrat imposé mais une place offerte dans l'œuvre du Père. Et le mot « aujourd'hui » enlève toute possibilité de la reporter poliment.
Le fil rouge
Cette petite histoire n'est pas isolée. Trois versets plus loin, la même vigne revient, mais cette fois le maître y envoie ses esclaves, puis « son fils », et les cultivateurs le jettent hors de la vigne et le tuent. Matthieu place donc côte à côte deux paraboles de vigne, et entre elles se dessine une progression : les deux enfants du verset 28 sont l'ombre d'un troisième Fils. Car il existe un Fils à qui le Père a dit « va », et qui a répondu oui de la bouche et oui des pieds, jusqu'au bout, jusqu'au lieu où l'on tue les héritiers. Jésus raconte cela dans le temple, à quelques jours de la croix. Il pose une question dont Il est Lui-même la réponse.
Le miroir
Nous sommes experts en « Moi j'y vais, seigneur ». La promesse faite à la réunion du conseil d'église, que personne n'osera vous rappeler. Le coup de téléphone à votre mère, promis dimanche, jamais passé mercredi. L'engagement financier pris avec chaleur, silencieusement révisé à la baisse. Le pardon annoncé à votre beau-frère, mais dont votre ton, à table, dit exactement le contraire. Ce texte ne mesure pas la sincérité de votre émotion au moment du oui ; il regarde si vous êtes arrivé dans la vigne. Et il y a là une bonne nouvelle rude : le « je ne veux pas » n'est pas la dernière ligne du dossier. Ce qui compte, ce sont les pieds, pas les procès-verbaux.
L'intertexte
Quand Jésus dit « vigne » dans la cour du temple, personne ne pense au jardinage. Ésaïe 5 avait chanté la vigne que le Seigneur avait plantée, entourée, soignée, et qui n'avait donné que du verjus ; Jésus reprend d'ailleurs ce chant presque mot pour mot au verset 33, avec la clôture, le pressoir, la tour. Ses auditeurs comprennent qu'ils sont dans la chanson, et pas du bon côté. Le second écho est Gethsémané. Là, le seul Fils qui pouvait dire oui sans mensonge le dit en tremblant, en sueur, en demandant d'abord que la coupe passe. Comparez : le oui facile du verset 30 ne coûte rien et ne produit rien ; le oui de Gethsémané coûte tout et produit le salut.
La question
Faut-il alors conclure que les paroles ne comptent pas, seuls les actes ? Le texte est plus gênant que cela. Le premier fils obéit, mais tard, de mauvaise grâce, après avoir insulté son père en public. Jésus ne le présente pas comme un modèle ; Il le présente comme celui qui, malgré tout, a fait la volonté du père. Ce n'est pas un éloge de la rébellion suivie de rattrapage. C'est un constat : mieux vaut un repentir tardif qu'une politesse stérile. Et la parabole laisse une porte ouverte qu'elle ne referme pas. Nous ne savons pas si le second fils y est allé plus tard. Ce silence n'est pas une négligence : les hommes à qui Jésus parle sont encore debout devant Lui, et rien n'est encore joué pour eux.
Le contexte
Nous sommes dans les tout derniers jours, dans les cours du temple, après l'entrée à Jérusalem et le renversement des tables. Ceux qui interrogent Jésus ne sont pas des théologiens curieux : les principaux sacrificateurs sont l'aristocratie qui gère le temple, ses revenus, son personnel, et qui négocie sa survie avec Rome. Jésus vient de toucher à leur caisse et à leur légitimité. Ils viennent de mentir en disant « Nous ne savons », par calcul, parce qu'ils craignent la foule. Et Jésus, en bon rabbin, ne les contredit pas frontalement : Il leur fait rendre le verdict eux-mêmes. Quelques versets plus loin, ils s'entendront dire que les publicains et les prostituées les précèdent dans le royaume.
Réflexion
Où, cette semaine, ai-je dit oui avec la bouche à quelque chose que mon agenda et mon argent ont refusé ?
Si le seul Fils qui a vraiment obéi l'a fait à ma place, qu'est-ce que cela change à la manière dont j'entre aujourd'hui dans la vigne : par peur d'être renvoyé, ou parce que la place est déjà la mienne ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur Jésus, de choisir une simple ânesse attachée dans un village pour entrer dans Jérusalem. Merci de dire encore aujourd'hui : « détachez-les et amenez-les-moi. » Tu me libères de mes liens et tu me rends utile pour toi. Quelle grâce d'être voulu par toi.
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