Esther 9
Le Texte
Le treize du mois d'Adar arrive, le jour fixé par le sort d'Haman pour l'extermination des Juifs, et tout se retourne : « la chose fut changée en ce que ces mêmes Juifs se rendirent maîtres de ceux qui les haïssaient ». Les Juifs se défendent dans les cent vingt-sept provinces, les dix fils d'Haman sont pendus au bois, et trois fois le texte insiste : « ils ne mirent pas la main sur le butin ». Puis Mardochée et Esther écrivent des lettres pour fixer à jamais deux jours de festin, appelés Purim, du nom du sort jeté contre eux.
Le Cœur
Le mot décisif du chapitre est un verbe passif : la chose « fut changée ». Personne ne dit qui a changé la chose. Dieu n'est pas nommé une seule fois dans tout le livre, et pourtant ce passif est le trou dans la page par lequel on Le voit travailler. Le sort tiré par Haman, ce jeu de dés païen, devient le nom de la fête du peuple sauvé : Purim, les sorts. Voilà ce que ce texte affirme sur Dieu : Il ne détruit pas toujours les mécanismes de la haine, Il les retourne. Le décret qui devait tuer devient le décret qui protège. Le bois dressé pour Mardochée porte Haman. Dieu ne travaille pas seulement malgré l'histoire, mais avec ses propres instruments, retournés contre elle.
Le Fil Rouge
« On le pendit au bois. » Cette phrase revient sur Haman et ses fils, et elle a un poids que nous ne devons pas trop vite spiritualiser : dans la loi de Moïse, le pendu au bois est un maudit, exposé publiquement comme rejeté. C'est exactement le mot que Paul reprendra dans Galates pour dire que Christ est devenu malédiction pour nous, pendu au bois. Or voyez la différence, et c'est là que la lecture christocentrique devient honnête : ici c'est l'accusateur qui monte au bois, et le peuple se réjouit. À la croix, c'est l'Innocent qui y monte, et l'accusateur est désarmé. Esther 9 est un renversement obtenu par la mort des ennemis ; Golgotha est le même renversement obtenu par la mort du Sauveur. Le patron est identique, le prix est inversé.
Le Miroir
Nous aimons ce chapitre jusqu'au verset 5, puis nous nous crispons. Soixante-quinze mille morts. Et Esther qui demande un jour de plus. Ce malaise mérite d'être regardé en face, parce qu'il révèle quelque chose de nous : nous voulons la délivrance sans le sang, la justice sans qu'elle coûte à personne. Le texte refuse ce confort. Quand un collègue vous a systématiquement sabordé, quand quelqu'un a menti sur vous devant votre famille, il y a en vous un désir très concret que la chose « soit changée », et pas seulement adoucie. Esther 9 prend ce désir au sérieux au lieu de le moraliser. Mais il le place ailleurs : trois fois, le peuple ne touche pas au butin. Ils se défendent, ils ne s'enrichissent pas. La vengeance qui devient profit personnel est précisément ce qui avait perdu Saül face aux Amalécites, l'ancêtre d'Haman. Là est votre examen : votre indignation cherche-t-elle la survie, ou le butin ?
Le Personnage Principal
Mardochée domine ce chapitre par sa croissance : « cet homme, Mardochée, allait toujours grandissant. » L'homme assis en sac et en cendres devant la porte du roi écrit maintenant des lettres à cent vingt-sept provinces, et ces lettres portent « des paroles de paix et de vérité ». Ce qui frappe, c'est ce qu'il fait de son pouvoir : il n'organise pas un culte de sa personne, il institue une mémoire. Il oblige son peuple à se souvenir non de lui, mais du retournement. Et il attache à la fête deux gestes matériels : on s'envoie des portions l'un à l'autre, et l'on fait « des dons aux pauvres ». Le salut reçu devient nourriture partagée. Voilà un homme dont l'élévation ne l'a pas fermé.
Le Profil
Les premiers lecteurs de ce livre sont des Juifs de la diaspora, loin de Jérusalem, sans roi de la maison de David, sans miracle spectaculaire, sous un pouvoir païen qui peut signer leur mort par un simple édit. Ils n'entendent pas ici une histoire édifiante : ils entendent que leur vulnérabilité totale n'est pas l'abandon de Dieu. Que la fête de Purim soit fixée par des lettres royales, et non par la Loi de Sinaï, leur dit quelque chose de troublant et de rassurant : Dieu agit aussi dans les couloirs administratifs de Suse. Et le détail que « tous ceux qui se joindraient à eux » célébreront ces jours ouvre déjà une porte : la délivrance d'Israël attire les nations.
Contexte
Nous sommes vers 473 avant Jésus-Christ, sous Xerxès Ier, dans un empire immense où un décret scellé ne s'annule pas. D'où la solution du chapitre 8 : non pas abolir l'édit d'Haman, mais publier un contre-édit. Le treize Adar, les deux lois s'affrontent donc légalement, et les fonctionnaires impériaux choisissent leur camp par calcul, « car la frayeur de Mardochée était tombée sur eux ». Ce n'est pas un pogrom juif : c'est une population décimée par sa propre haine, avec l'appui de l'État. Haman est appelé « l'Agaguite », ce qui inscrit tout l'épisode dans la vieille inimitié contre Amalek, l'ennemi qui attaquait Israël par derrière, aux plus faibles.
Réflexion
Où, dans votre histoire, attendez-vous encore que « la chose soit changée », et que faites-vous du délai ?
Vous souvenez-vous de vos délivrances de manière à en nourrir d'autres, ou seulement à vous rassurer vous-même ?
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Questions fréquentes sur Esther 9
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Trois cents hommes tombent à Suse, et pourtant le texte insiste sur un détail presque discret: "mais ils ne mirent pas la main sur le butin." Ils avaient le droit légal de tout prendre. Ils n'ont rien pris. Défendre sa vie, oui; s'enrichir du malheur, non. Et toi, quand tu as enfin raison, sais-tu t'arrêter là?
« Et Mardochée écrivit ces choses, et envoya des lettres à tous les Juifs... auprès et au loin. » La délivrance venait d'avoir lieu, et déjà il l'écrit. Parce qu'il sait combien vite on oublie. Et toi, as-tu noté quelque part ce que Dieu a fait pour toi ? Un jour viendra où tu auras besoin de le relire.
« Et le mois qui, pour eux, fut changé de tristesse en joie, et de deuil en un jour de fête », et aussitôt : « d'envoyer des portions l'un à l'autre, et des dons aux pauvres. » La délivrance ne s'arrête jamais à celui qui la reçoit. Si ta joie ne déborde encore vers personne, elle n'est peut-être pas tout à fait arrivée chez toi.
Seigneur, quand la peur me dit de fuir, apprends-moi à rester debout, et pas seul. Rassemble ceux qui m'entourent, donne-nous du courage ensemble. Tu sais ce qui me menace aujourd'hui; je remets cela entre tes mains et je m'appuie sur toi.
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