Genèse 1:7
Le texte
Dieu parle, et une étendue apparaît au milieu des eaux. Il la fait, et par elle Il sépare : les eaux qui restent en bas, les eaux qui se tiennent en haut. Entre les deux s'ouvre un espace vide, une respiration, une chambre d'air là où il n'y avait qu'une masse liquide indistincte. Et le verset se termine par quatre mots qui ne sont pas un ornement : « Et il fut ainsi. » Ce que Dieu a dit au verset 6 est devenu fait au verset 7. Il n'y a pas d'écart entre Sa parole et le réel. L'étendue tient parce qu'Il la tient.
Le cœur
Remarquez ce que Dieu fait ici : Il ne remplit pas, Il vide. Il ne produit pas encore de poissons, d'herbe ni d'oiseaux ; Il dégage un espace et impose une limite. C'est la grammaire même de ce chapitre : créer, pour Dieu, c'est d'abord séparer. La lumière d'avec les ténèbres, les eaux d'avec les eaux, bientôt le sec d'avec les mers. Sans ces frontières, rien ne peut vivre. L'abîme du verset 2 n'était pas méchant, il était informe, et l'informe étouffe.
Cela dit quelque chose de décisif sur Dieu, et par ricochet sur nous. Il n'est pas un Dieu qui entasse ; Il est un Dieu qui ordonne, qui trace, qui distingue. Sa bonté passe par Sa capacité à dire : jusqu'ici, et pas plus loin. Une vie où tout se mélange, où le travail déborde sur la nuit, où l'argent se confond avec la sécurité, où l'on ne sait plus ce qui est à soi et ce qui est à l'autre, n'est pas une vie plus libre. C'est un retour discret vers la désolation et le vide. L'étendue n'enferme pas la vie : elle la rend possible.
Le fil conducteur
Cette étendue qui retient les eaux d'en haut n'est pas un détail de cosmologie ancienne ; c'est une image de la patience de Dieu. Tout le récit biblique jouera ensuite sur ce fil. Au déluge, les eaux reviennent, d'en haut et d'en bas à la fois, et le monde redevient pour un temps ce qu'il était au verset 2 : la création se défait quand les frontières cèdent. Plus tard, le tabernacle sera bâti sur le même principe : des rideaux, des seuils, du saint et du commun, parce que la présence de Dieu habite un espace ordonné. Et quand le Christ se lève dans la barque pour dire à la mer de se taire, les disciples comprennent, eux qui connaissent ce chapitre par cœur, qui se tient devant eux. Celui qui pose la limite est aussi Celui qui la franchit pour venir nous chercher.
Le miroir
Nous vivons en liquide. Le travail suinte dans le dîner, le téléphone suinte dans la nuit, l'inquiétude du budget suinte dans la conversation avec notre conjoint, et nous appelons cela de la souplesse. Mais Dieu ne crée pas par fusion, Il crée par séparation, et ce que nous appelons souplesse est souvent de la lâcheté : nous n'osons pas dire jusqu'ici. Il faut du courage pour fermer l'ordinateur quand une tâche reste ouverte, pour refuser l'heure supplémentaire qu'on nous demande sans la demander vraiment, pour distinguer ce qui nous appartient de ce qui appartient à notre collègue, à notre enfant, à notre église. Une limite n'est pas un mur contre les autres ; c'est une chambre d'air dans laquelle quelqu'un peut respirer, y compris vous. Dieu a mis une étendue entre les eaux avant de mettre la moindre vie dans le monde.
Alors faites ceci avant ce soir : ouvrez votre agenda de demain, écrivez noir sur blanc l'heure à laquelle vous arrêterez de travailler, et envoyez cette heure par message à une personne qui pourra vous la rappeler.
L'intertexte
Deux échos éclairent ce verset. Le premier est Job 38, où Dieu interroge Job sur la mer et raconte qu'Il lui a posé des portes et un verrou, et qu'Il lui a dit où s'arrêter. Même geste, autre vocabulaire : la limite comme acte de puissance bienveillante, et non comme mesquinerie. Le second est Apocalypse 21, où la mer n'existe plus dans la nouvelle création. Cela n'a rien d'une haine de l'océan ; c'est l'annonce que le chaos n'aura plus besoin d'être contenu, parce qu'il aura disparu. Entre les deux, nous vivons dans le temps de l'étendue : le désordre est tenu, pas encore aboli. C'est précisément pour cela que les frontières que nous posons aujourd'hui comptent.
Le profil
Les premiers auditeurs de ce texte n'étaient pas des marins. Pour Israël, l'eau profonde était une menace, et les peuples voisins racontaient que le monde était né d'un combat entre des dieux et un monstre marin. Entendre que les eaux sont simplement déplacées, rangées, réparties par une parole, sans bataille, sans cadavre de divinité vaincue, devait avoir quelque chose de scandaleusement calme. Il n'y a pas de rival. Il n'y a qu'un Dieu qui travaille. Et pour un peuple à qui l'on apprendra ensuite à séparer le pur de l'impur, le sabbat des autres jours, Israël des nations, ce verset donne la raison profonde de toutes ces distinctions : elles imitent la manière dont Dieu Lui-même fait exister le monde.
Le personnage principal
Dieu, ici, parle et fait. Les deux verbes sont dans le texte : Il dit au verset 6, Il fit au verset 7. Ce n'est pas un penseur lointain qui émet des décrets ; c'est un ouvrier qui met la main à l'ouvrage et obtient exactement ce qu'Il avait annoncé. Rien dans Son attitude ne trahit l'anxiété. Il ne se dépêche pas, Il ne s'excuse pas d'ôter de la place aux eaux, Il ne négocie pas avec le chaos. Et surtout, Il crée du vide avant de créer du plein, ce qu'aucun de nous ne fait spontanément. Nous remplissons parce que nous avons peur du manque. Lui dégage, parce qu'Il sait ce qu'Il va y déposer.
Réflexion
Quelle eau, dans votre vie actuelle, a franchi une limite que vous aviez pourtant posée, et pourquoi n'avez-vous pas osé la reposer ?
Si Dieu fait de l'espace vide avant de le remplir, où dans votre semaine se trouve le vide qu'Il pourrait vouloir habiter ?
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Ce chapitre, à plein d\'instruction, ce qui me touche de plus et de voir Dieu travaillé en présence du désordre (chaos) pour en faire sortir ce qui est agréable et meilleur.
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