Ésaïe 43:20
Le Texte
Les chacals et les autruches, ces bêtes que l'on n'aime pas, celles qui hantent les ruines et les terres brûlées, se mettent à louer Dieu. Voilà l'image que le prophète pose devant nous : l'Éternel a fait jaillir des eaux là où rien ne coule, des rivières dans le lieu désolé, et le désert lui-même reconnaît son Auteur. Mais le but n'est pas le paysage. Ces eaux sont données « pour abreuver mon peuple, mon élu ». Le miracle écologique n'est qu'une conséquence débordante du dessein central : Dieu ramène son peuple d'exil et lui donne à boire sur la route.
Le Cœur
Ce verset dit quelque chose de dérangeant et de libérateur à la fois sur Dieu : Il ne restaure pas d'abord parce que son peuple le mérite, mais parce qu'Il a décidé de le désaltérer. Regardez le contexte immédiat : au verset 22, Israël est celui qui « ne m'a pas invoqué », qui s'est lassé de Dieu. C'est donc à un peuple épuisé, spirituellement sec, indifférent, que sont promises les rivières. La grâce précède la soif consciente. Et remarquez l'ordre du texte : Dieu crée d'abord un chemin, ensuite l'eau, ensuite la louange, y compris celle des bêtes sauvages. La création entière est entraînée dans le sillage du salut d'un peuple. Le salut n'est jamais une affaire privée ; il fait du bruit jusque dans le désert.
Le Fil Rouge
Deux mots relient ce verset à toute l'histoire du salut. D'abord « mon élu ». Dix versets plus haut, Dieu parle de « mon serviteur que j'ai choisi » : dans Ésaïe, le titre glisse constamment entre le peuple et une figure singulière, un Serviteur qui portera ce que le peuple n'a pas su porter. L'élection d'Israël ne s'arrête pas à Israël ; elle se resserre en Un seul, puis s'élargit à nouveau. Pierre le comprendra ainsi lorsqu'il reprendra presque mot pour mot les versets 20 et 21 pour désigner l'Église : une race élue, un peuple formé pour raconter les louanges de Dieu.
Ensuite l'eau. Le désert n'a pas de source ; l'eau doit venir d'ailleurs, donnée, jamais produite. Quand Jésus se lève au dernier jour de la fête et crie que celui qui a soif vienne à Lui, et que de son sein couleront des fleuves d'eau vive, Il ne cite pas un texte au hasard. Il se met à la place de la source promise au désert.
Le Miroir
Il y a une sécheresse qui ne se voit pas de l'extérieur. Vous menez le groupe de maison, vous préparez le dimanche, vous priez avant les repas, et vous savez très bien que quelque chose s'est asséché depuis des mois. La formule d'Ésaïe est impitoyablement exacte : « tu as été las de moi ». Pas révolté, pas incrédule. Las. Le mariage tient mais on ne se parle plus vraiment. Le travail continue mais plus rien n'y a de goût. Le corps vieillit et l'on cesse discrètement d'attendre quoi que ce soit.
Ce texte ne vous demande pas d'abord de vous ressaisir. Il annonce que l'eau est donnée avant que la soif ne soit avouée. Mais il faut nommer le lieu désolé pour y voir couler quelque chose.
Prenez une feuille, écrivez en une phrase l'endroit précis de votre vie qui est aujourd'hui « le lieu désolé », et posez cette feuille devant Dieu en Lui demandant simplement d'y mettre une rivière.
La Question
Et si le désert reste sec ? Ces exilés ont entendu la promesse ; beaucoup sont morts en Babylonie sans revoir Jérusalem. Le retour, quand il eut lieu, fut modeste, décevant, sans fleuves jaillissants. Le texte promet une chose que l'histoire n'a livrée qu'à moitié.
Je ne veux pas arrondir cela. Il y a des sécheresses qui durent toute une vie, des prières restées sans eau. Le seul chose que je puisse dire, c'est que le texte ne promet pas la suppression du désert mais un chemin à travers lui : « je mettrai un chemin dans le désert ». Et celui qui a promis les fleuves d'eau vive a Lui-même crié sa soif sur une croix, dans le lieu le plus désolé de l'histoire. Dieu ne contourne pas la sécheresse. Il la traverse le premier.
Le Détail
« Les chacals et les autruches. » Curieux chœur de louange. Ce sont, dans le monde d'Ésaïe, les animaux des ruines, les cris qu'on entend là où une ville a été détruite, des bêtes impures, associées au deuil et à l'abandon. Elles sont l'inverse exact du temple : là où elles hurlent, tout est fini.
Et ce sont elles que Dieu convoque pour le glorifier. Non pas les chérubins, non pas le peuple des sacrifices, qui justement n'a rien apporté. Les hôtes de la désolation deviennent les premiers témoins du miracle, parce qu'elles boivent les premières. C'est une logique qui traverse toute la Bible et qui culmine dans un Messie entouré de collecteurs d'impôts et de prostituées : la louange commence toujours là où on ne l'attendait pas, chez ceux qui n'avaient rien d'autre que la soif.
Le Contexte
Nous sommes au sixième siècle avant Jésus-Christ, en exil. Jérusalem est en ruines, le temple détruit, l'élite déportée à Babylone, capitale d'un empire dont les processions religieuses étalaient chaque année la supériorité de ses dieux. Pour un exilé, la conclusion était simple : notre Dieu a perdu. C'est à ce peuple humilié, installé dans une résignation confortable, que le prophète annonce un retour.
Or entre Babylone et Jérusalem s'étend un désert de plusieurs centaines de kilomètres. Promettre le retour, c'est promettre une traversée mortelle. D'où l'insistance sur l'eau et le chemin. Et derrière tout cela plane l'Exode, explicitement évoqué aux versets 16 et 17 : le Dieu qui a ouvert la mer recommence, en plus grand.
Réflexion
Où, dans ma vie, ai-je cessé d'attendre quelque chose de Dieu, et qu'est-ce que cela dit de ce que je crois vraiment sur Lui ?
Si l'eau est donnée avant que la soif ne soit avouée, qu'est-ce que cela change à la manière dont je regarde les personnes lasses de Dieu autour de moi ?
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