Ésaïe 63
Le texte
Une sentinelle aperçoit quelqu'un qui monte d'Édom, les vêtements tachés de rouge, et demande qui il est. La réponse tombe comme un verdict : « C'est moi, qui parle en justice, puissant pour sauver », et les taches ne viennent pas du vin mais du sang des peuples foulés dans la colère. Puis, brusquement, le ton change : le prophète se met à rappeler les bontés de l'Éternel, l'exode, le Père qui a porté Son peuple, et il finit par un cri presque insupportable : « Oh ! si tu fendais les cieux ! Si tu voulais descendre ».
Le cœur
Ce chapitre tient ensemble deux choses que nous préférons séparer : le jugement et la rédemption. Remarquez le verset 4 : « le jour de la vengeance était dans mon cœur, et l'année de mes rachetés était venue ». Ce n'est pas une phrase sur deux sujets, c'est une phrase sur un seul événement. Dieu ne sauve pas en fermant les yeux sur le mal ; Il sauve en l'affrontant. La sainteté n'est pas un attribut décoratif à côté de la grâce, elle en est la condition : un amour qui tolérerait l'oppression éternellement ne serait pas de l'amour, seulement de l'indifférence. Et le plus troublant reste que ce travail, Dieu le fait seul. Aucun partenaire humain. « Mon bras m'a sauvé ». Le salut n'est pas une collaboration.
Le fil conducteur
Le pressoir d'Édom a longtemps nourri l'imagination chrétienne, et il faut être honnête sur ce que le texte dit et ne dit pas. Ici, le sang sur les habits est celui des ennemis, pas celui du Vainqueur. Ce n'est pas encore la croix. Mais le fil est bien réel : il y a un Homme qui entre seul dans le jugement parce que personne ne peut l'y accompagner, et dont la solitude est le lieu même du salut. Dans Gethsémané, les disciples dorment ; au Golgotha, Il est abandonné. Le pressoir revient sur Lui, mais retourné : c'est Son sang à Lui qui rejaillit sur Ses vêtements. Apocalypse 19 reprendra l'image pour le retour du Christ, et ce n'est pas un hasard : le Juge et l'Agneau sont la même personne.
Le miroir
Nous aimons la moitié de ce chapitre. Le Dieu qui porte, qui compatit, qui « a été en détresse » dans toutes nos détresses, celui-là nous le voulons bien. Le Dieu au pressoir nous embarrasse. Mais demandez à quelqu'un dont l'enfant a été détruit par un prédateur, à qui a perdu sa terre ou son travail par une injustice tranquille et parfaitement légale, s'il veut un Dieu incapable de colère. L'indignation de Dieu est ce qui rend l'espérance possible. Et en même temps le texte ne nous laisse pas du bon côté du pressoir par défaut : « ils se rebellèrent et contristèrent l'Esprit de sa sainteté ». Aujourd'hui : écrivez sur une feuille l'injustice précise qui vous ronge, nommez-la en une phrase, et remettez-la à voix haute à Celui qui est « puissant pour sauver ». Puis déchirez la feuille.
Le contexte
Nous sommes dans la dernière partie d'Ésaïe, écrite pour des gens qui vivent l'après : le temple profané, le pays occupé, la possession si brève qu'elle semble un malentendu, « ton peuple saint ne l'a possédé que pour peu de temps ». Édom n'est pas choisi au hasard. C'est le frère, les descendants d'Ésaü, voisin de sang qui s'est réjoui de la chute de Jérusalem. Dans un monde où la parenté obligeait à la solidarité, cette trahison-là était la pire. Botsra, sa capitale, joue aussi sur le mot hébreu pour la vendange. Et le peuple qui prie ici n'a plus de levier politique, plus d'armée, plus de sanctuaire. Il ne lui reste qu'un argument : « tu es notre père ».
Le détail
Au verset 9, une ligne minuscule porte une charge énorme : « Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse ». Le texte hébreu joue ici sur un seul mot, tsar, qui désigne l'angoisse, l'étroitesse, le fait d'être coincé. Ce n'est pas que Dieu observe la souffrance avec sympathie depuis Sa demeure sainte ; Il entre dans l'étroit avec eux. Le même verset parle de l'Ange de Sa face, celui qui porte Sa présence réelle. Voilà un Dieu dont la transcendance n'est pas une distance. Et c'est pourquoi le verset 15 peut parler du « frémissement de tes entrailles » : les prophètes osent un vocabulaire presque physique, viscéral, pour la compassion divine.
La question
Le verset 17 ne peut pas être adouci : « Pourquoi nous as-tu fait errer, ô Éternel, loin de tes voies, et as-tu endurci notre cœur pour ne pas te craindre ? » Le peuple accuse Dieu de son propre endurcissement. Cinq versets plus haut il reconnaissait pourtant sa rébellion. Les deux tiennent-ils ensemble ? L'Écriture ne résout pas cette tension, elle la laisse ouverte, et il est significatif que ce reproche soit adressé à Dieu plutôt que murmuré derrière Son dos. Il y a une forme de foi qui consiste à tenir Dieu responsable devant Dieu. Le chapitre ne se termine pas sur une réponse mais sur un désir : « si tu voulais descendre ». La réponse viendra, des siècles plus tard, dans une étable.
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Quelle injustice, si Dieu la laissait impunie pour toujours, ferait vaciller ma confiance en Lui ?
Où ai-je, comme Israël au verset 17, besoin de dire à Dieu ce que je pense vraiment de Son silence, plutôt que de le dire à tout le monde sauf à Lui ?
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Merci, Seigneur, d'être celui qui parle en justice et qui est puissant pour sauver. Tu ne viens pas les mains vides ni la force épuisée: tu marches dans la grandeur de ta puissance, et cette puissance est pour mon salut. Merci de m'avoir cherché jusque-là.
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