Jacques 2:7
Le texte
Jacques vient de poser deux questions coup sur coup : les riches ne vous oppriment-ils pas, ne vous traînent-ils pas devant les tribunaux ? Puis vient la troisième, plus tranchante que les deux autres : « Ne sont-ce pas eux qui blasphèment le beau nom qui a été invoqué sur vous ? » Il ne s'agit plus seulement d'injustice sociale, de procès et de dettes. Ceux que l'assemblée place au meilleur siège sont précisément ceux dont la bouche salit le Nom que ces croyants portent. Jacques ne conclut pas, il ne tire pas la morale. Il laisse la question suspendue, et c'est elle qui travaille le lecteur plus qu'une accusation directe ne l'aurait fait.
Le cœur
Remarquez la tournure passive : le nom « a été invoqué sur vous ». Personne ici ne se nomme soi-même. Quelque chose a été prononcé au-dessus de ces gens, comme on prononçait autrefois le Nom sur le temple, sur la ville, sur un peuple racheté. Être chrétien, dans cette phrase, ce n'est pas d'abord une conviction qu'on entretient, c'est une appartenance qu'on subit heureusement : un Nom posé sur une vie, et qui ne s'en retire plus. Voilà pourquoi la flatterie envers l'homme à la bague d'or n'est pas une maladresse mondaine mais une confusion profonde. Vous honorez ceux qui déshonorent Celui dont vous portez le Nom. Et la question demeure ouverte, inconfortable : si ce Nom est beau, pourquoi nos préférences le trouvent-elles si souvent moins beau que l'argent ?
Le fil conducteur
Ce « beau nom invoqué sur vous » traverse toute l'Écriture avant d'arriver à Jacques. Israël était le peuple sur lequel le Nom avait été prononcé, et c'est pourquoi la profanation de ce Nom parmi les nations était la plaie la plus douloureuse des prophètes : non pas que Dieu soit susceptible, mais qu'Il ait lié Sa réputation à un peuple capable de la ruiner. Puis le Nom s'est fait chair. Jésus de Nazareth a porté dans Sa propre personne la gloire et le mépris, insulté par ceux-là mêmes qu'Il venait sauver. Ce que Jacques décrit, ces riches qui blasphèment, n'est donc pas une nouveauté scandaleuse ; c'est la continuation du procès intenté au Fils. Mais voici la question que le texte n'achève pas : si le Nom est blasphémé dehors, que se passe-t-il quand l'assemblée, dedans, s'incline devant les blasphémateurs ?
Le miroir
Nous ne faisons plus asseoir personne « au bas de mon marchepied », du moins pas avec ces mots. Mais observez qui, dans votre paroisse ou votre groupe, reçoit un appel quand il manque deux dimanches, et qui n'en reçoit pas. Observez à quelle table vous vous asseyez après le culte. Observez l'empressement de votre voix quand le père qui finance le camp de jeunes vous adresse la parole, comparé à votre voix quand la femme qui vit d'aides sociales raconte, trop longuement, ses ennuis de voisinage. Le texte ne vous accuse pas d'avoir mauvais cœur ; il vous demande seulement de constater où va spontanément votre déférence, et ce que cela révèle de ce que vous jugez vraiment beau. Aujourd'hui : écrivez sur un papier le nom d'une personne de votre assemblée que vous évitez poliment depuis des mois, et adressez-lui un message en lui demandant une date pour un café.
Le détail
« Le beau nom. » Le mot grec employé ici, kalos, ne signifie pas seulement bon ou excellent ; il dit la beauté, ce qui attire l'œil, ce qui est manifestement désirable. Jacques aurait pu écrire « le saint nom » ou « le grand nom ». Il choisit l'adjectif de l'esthétique. Il place donc deux beautés face à face : la bague d'or, les vêtements éclatants, tout ce qui séduit le regard dans l'assemblée, et ce Nom que l'on ne voit pas. L'acception de personnes n'est pas d'abord un défaut moral, c'est un défaut de perception. Nous regardons mal. Nous trouvons l'or plus beau que le Nom. Et c'est peut-être pour cela que Jacques questionne plutôt qu'il n'ordonne : on ne commande pas à quelqu'un de trouver beau ce qu'il ne voit pas encore.
L'intertexte
Jacques a déjà dit au verset 5 : « Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres quant au monde, riches en foi et héritiers du royaume ? » Les deux questions se répondent. Dieu choisit ceux que le monde n'a pas choisis ; l'assemblée choisit ceux que Dieu n'a pas choisis. Le contraste est volontairement brutal. Et plus loin, au verset 8, la « loi royale » apparaît : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Royale, c'est-à-dire la loi du Royaume dont les pauvres sont héritiers. Jacques encadre ainsi notre verset entre l'élection divine et le commandement royal, et laisse le lecteur mesurer lui-même la distance entre les deux.
Le contexte
Ces communautés juives croyantes vivent en marge. Le mot employé au verset 2 est bien « synagogue » : on se réunit encore selon les usages juifs, avec des places assises hiérarchisées, un code social que tout le monde comprend sans qu'on l'explique. Les riches propriétaires terriens disposaient d'un accès direct aux tribunaux, qui leur appartenaient de fait ; un pauvre n'y gagnait jamais. Et le « nom invoqué » renvoie très probablement au baptême, moment où le Nom de Jésus était prononcé sur le croyant, geste qui pouvait coûter cher socialement. Accueillir chaleureusement le puissant n'était donc pas de la bassesse gratuite : c'était de la survie économique. Jacques le sait. Il pose quand même la question.
Réflexion
Si le Nom a été invoqué sur moi sans que je l'aie choisi, qu'est-ce que cela change à la manière dont je regarde ceux sur qui le même Nom a été invoqué ?
Qu'est-ce que je trouve réellement beau, et quand ai-je, pour la dernière fois, trouvé le Nom de Jésus plus désirable qu'une sécurité ?
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Questions fréquentes sur James 2:7
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Ce que la communauté partage sur James 2
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Jacques appelle cela la loi royale : elle vient du Roi, et elle règne jusque sur nos regards. Celui que tu as discrètement fait asseoir plus loin, aurais-tu accepté cette place pour toi ? Aimer comme soi-même, c'est cesser de mesurer les gens à leur apparence.
« La miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement. » Jacques vient de parler de ces regards qui trient les gens à l'entrée de l'assemblée, le beau vêtement d'un côté, le pauvre debout de l'autre. Et il rappelle que la balance se renverse : ce n'est pas ta rigueur qui tiendra devant Dieu, c'est la pitié que tu auras osé avoir. Qui as-tu jugé cette semaine ?
« Or si un frère ou une sœur sont nus et manquent du nécessaire pour vivre chaque jour... » Jacques ne parle pas d'inconnus lointains. Un frère. Une sœur. Quelqu'un que tu croises peut-être dimanche, avec son manteau trop fin et son frigo vide. La foi se mesure là, à la distance entre ce que tu vois et ce que tu fais.
« Mais si vous faites acception de personnes, vous commettez le péché. » Jacques ne dit pas : vous manquez de tact. Il dit : péché. Ce regard rapide qui classe les gens selon leurs vêtements, leur accent, leur utilité, il blesse le cœur de Dieu. À qui as-tu souri ce matin, et qui as-tu simplement regardé de loin ?
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