Jérémie 27
Le texte
Jérémie se fabrique des courroies et un joug de bois, le charge sur sa nuque et traverse Jérusalem ainsi harnaché, comme une bête de labour, jusque dans les salles où les ambassadeurs d'Édom, de Moab, d'Ammon, de Tyr et de Sidon siègent chez Sédécias. Son message pour leurs maîtres est aussi court que brutal : « j'ai livré tous ces pays en la main de Nebucadnetsar, roi de Babylone, mon serviteur ». Celui qui pliera la nuque restera sur sa terre ; celui qui résistera y laissera sa vie. Puis il répète la chose au roi, aux prêtres, au peuple, et ajoute : les ustensiles du temple ne reviendront pas bientôt, ils partiront aussi, et ils attendront là-bas le jour que Dieu fixera.
Le cœur
Remarquez d'où part le raisonnement : non de la politique, mais de la création. « Moi, j'ai fait la terre, l'homme et la bête qui sont sur la face de la terre… et je les ai donnés à qui il était bon à mes yeux. » Dieu n'est pas un acteur régional qui défend Son territoire contre celui de Marduk ; Il est le propriétaire, et Il prête Ses biens à qui Il veut. De là découle le mot qui a dû couper le souffle de l'assemblée : Nabuchodonosor, « mon serviteur ». Le Dieu de l'alliance se sert d'un païen pour discipliner Son peuple. Et le salut, ici, ne ressemble pas du tout à une délivrance : « servez-le, lui et son peuple, et vous vivrez ». La grâce arrive emballée dans une défaite.
Le fil conducteur
Le joug devient, dans la Bible, un signe à double tranchant. Jérémie le porte sur son cou comme un verdict ; des siècles plus tard, un autre prophète galiléen dira : « prenez sur vous mon joug », et précisera que ce joug-là est aisé et léger (Matthieu 11). Entre les deux, le même principe : on ne vit qu'en acceptant d'être porté par un maître plus grand que soi, et l'orgueil qui refuse tout joug finit par périr sous les décombres de sa propre indépendance. Il y a plus. Le chapitre se termine sur une porte entrouverte : les ustensiles iront à Babylone, mais Dieu dit « je les ferai remonter et revenir dans ce lieu ». L'exil n'est pas le dernier mot. Le même mouvement, descente puis retour, traverse toute l'Écriture jusqu'au tombeau vide.
Le miroir
Nous savons tous reconnaître la voix qui dit : « Voici, les ustensiles de la maison de l'Éternel vont bientôt revenir de Babylone. » Encore deux ans et l'entreprise redémarre. Ce traitement-ci va tout régler. Ce mariage va se recoller de lui-même si personne ne dit rien. Cette dette se résorbera. La prophétie mensongère n'est presque jamais effrayante ; elle est rassurante, courte, et elle flatte notre calendrier. Jérémie ne propose pas d'alternative optimiste. Il propose de labourer la terre sous le joug : rester, travailler, vivre, dans la situation précise que vous n'avez pas choisie. C'est moins héroïque et infiniment plus habitable. Aujourd'hui : prenez une feuille, écrivez en une phrase la réalité que vous refusez encore de nommer, et dites à voix haute, seul : « Seigneur, je porte cela aujourd'hui. » Puis gardez la feuille.
Le détail
Le test du verset 18 est d'une ironie redoutable. Jérémie ne dit pas aux faux prophètes : prouvez-moi vos sources. Il dit : « s'ils sont prophètes, et si la parole de l'Éternel est avec eux, qu'ils intercèdent auprès de l'Éternel des armées ». Autrement dit : si vous êtes vraiment dans le secret de Dieu, alors priez, pliez les genoux, portez ce peuple devant Lui. Le vrai prophète n'est pas d'abord celui qui annonce juste, c'est celui qui plaide. Prédire coûte des mots ; intercéder coûte du temps, du sommeil, des larmes. Jérémie savait que ces hommes ne prieraient pas, parce que leur message avait été fabriqué pour plaire, non reçu dans l'angoisse. On reconnaît encore les porte-parole de Dieu à cela : ils prient pour ceux à qui ils parlent.
Le contexte
Nous sommes vers 594 avant Jésus-Christ, sous Sédécias, quatrième roi de la fin, installé par Babylone après la déportation de 597 qui emmena Jéconias, la noblesse et une part du trésor du temple. L'en-tête du chapitre nomme Jehoïakim, mais toute la scène se déroule sous Sédécias, dont Jérémie précise le nom dès le verset 3. Sédécias a prêté serment de fidélité à Nabuchodonosor. Et voilà qu'arrivent des émissaires de cinq États voisins, tous vassaux, tous étouffés par le tribut, tous séduits par l'Égypte qui promet un appui. Un sommet de coalition. Dans ce décor, un homme avec un joug sur le cou qui conseille la soumission n'est pas un original pieux : c'est un défaitiste, peut-être un agent de l'ennemi. On comprend qu'on finira par le jeter dans une citerne.
La question
Comment Dieu peut-il appeler « mon serviteur » un tyran qui déportera, brûlera, aveuglera un roi après avoir égorgé ses fils sous ses yeux ? Le texte ne s'excuse pas. Il ajoute seulement une limite : le règne durera jusqu'au fils du fils, puis « plusieurs nations et de grands rois l'asservissent ». Babylone est un instrument, pas un favori ; la hache ne devient pas sainte parce qu'elle sert. Mais cela n'efface pas l'épée, la famine et la peste annoncées au verset 8, ni les enfants qui mourront dans le siège. Il reste une zone que je ne sais pas éclairer. Tout ce que Jérémie donne à tenir, c'est une date non datée : « jusqu'au jour où je m'en occuperai ». Dieu garde la main sur le moment où Il reprendra Ses affaires. Nous n'avons pas mieux ; nous n'avons pas besoin de mieux.
Réflexion
Quelle voix rassurante écoutez-vous en ce moment, et que vous promet-elle exactement ?
Pour qui, ces temps-ci, intercédez-vous vraiment, et non pas seulement à qui donnez-vous des conseils ?
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Questions fréquentes sur Jeremiah 27
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Ce que la communauté partage sur Jeremiah 27
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, pour cette parole: « Fais-toi des liens et des jougs, et mets-les sur ton cou. » Tu ne parles pas dans le vague, tu rends ta volonté visible. Merci de nous avertir avant l'épreuve, et d'utiliser même un joug pour nous appeler à te faire confiance.
Les colonnes, et la mer, et les socles", voilà ce que Dieu nomme un à un. Les pièces les plus lourdes du temple, celles qu'on croyait impossibles à déplacer. Elles partiront aussi à Babylone. Ce que tu tiens pour définitivement acquis dans ta vie, Dieu le connaît par son nom, et il n'est pas obligé de le laisser en place. Mais remarque : il ne perd rien de vue.
« Au commencement du règne de Jehoïakim, fils de Josias, roi de Juda, cette parole vint à Jérémie de par l'Éternel, disant... » Une date, un nom de roi, et Dieu qui parle. Sa voix ne flotte pas hors du temps, elle entre dans une année précise, sous un pouvoir précis. Il connaît aussi le règne sous lequel tu vis aujourd'hui, et il y parle encore.
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