Jérémie 29:6
Le texte
Dieu s'adresse à des déportés qui viennent de tout perdre, et Il ne leur parle ni de révolte ni de valises prêtes à partir : Il leur ordonne de se marier, d'avoir des fils et des filles, de marier ensuite ces enfants-là, et de voir naître des petits-enfants. « Multipliez-vous là et ne diminuez pas. » Là, c'est-à-dire à Babylone, sur la terre du vainqueur, à l'ombre des ziggourats, loin du temple en ruines. L'ordre porte donc sur plusieurs générations : le temps de l'exil se mesurera en berceaux, pas en mois. Ce verset est un commandement de fécondité adressé à des gens qui n'ont plus de pays, plus de roi, plus d'autel.
Le cœur
Il faut entendre ce que ce verset dit de Dieu avant d'entendre ce qu'il demande à l'homme. Le vocabulaire de la fécondité et de la multiplication n'est pas neutre : il vient du premier chapitre de la Genèse, où la bénédiction divine se dit exactement ainsi. En pleine catastrophe, Dieu ne suspend pas Sa bénédiction créatrice, Il la redit à des captifs. Voilà le cœur : l'exil est un jugement réel, mais il n'annule pas l'alliance. Le peuple ne sera pas dissous dans l'empire, il ne s'éteindra pas. « Ne diminuez pas » répond à la peur la plus profonde d'un peuple vaincu, celle de disparaître sans laisser de trace. Dieu garantit qu'une descendance traversera Babylone, parce qu'Il tient à cette descendance quelque chose que Babylone ignore.
Le fil rouge
Il faut lire ce verset avec la généalogie de Matthieu ouverte à côté. Cette liste de noms que nous survolons trop vite contient un pivot : la déportation à Babylone. Les mariages ordonnés ici, les fils et les filles nés là-bas, les alliances arrangées entre familles de captifs, c'est exactement la matière dont Matthieu fait la chaîne qui aboutit à Jésus. Zorobabel, dont le nom signifie à peu près « semence de Babylone », naît de ces obéissances-là. Autrement dit : quand Dieu dit à des exilés « prenez des femmes et engendrez des fils et des filles », Il est en train de protéger la lignée du Messie à travers l'empire qui croyait avoir gagné. Le salut du monde a transité par des noces célébrées en terre païenne, sans temple et sans roi. La fidélité conjugale de gens obscurs a porté la promesse.
Le miroir
Nous savons tous mettre notre vie en pause. Le poste qu'on occupe en attendant mieux, la ville où l'on n'ose pas s'attacher, l'église qu'on fréquente d'un pied dehors, la relation qu'on ne consolide pas parce que peut-être. On se dit spirituel parce qu'on refuse de s'enraciner ; en réalité on refuse d'habiter le lieu où Dieu nous a mis. Ce verset dérange précisément là : Dieu ne demande pas à Ses exilés de survivre, Il leur demande d'engager des décennies, de signer des contrats de mariage, de faire naître des enfants qui ne verront jamais Jérusalem. Investir pour de bon, dans le provisoire. La foi n'est pas ici l'attente d'un déménagement, c'est le courage de planter sa vie où elle se trouve. Aujourd'hui : écrivez un message à quelqu'un de la génération qui vous suit, un enfant, un neveu, un jeune de votre groupe, et dites-lui en une phrase pourquoi vous croyez encore.
La question
Reste une dureté que le texte ne lisse pas. Dieu ordonne d'engendrer des enfants dont Il sait qu'ils mourront en Babylone. Le retour viendra après soixante-dix ans, dit le verset 10 ; ceux qui reçoivent cette lettre n'en verront rien. Ils doivent donc bâtir, se marier, élever, pour une délivrance destinée à d'autres. On peut appeler cela cruel. On peut aussi y voir la manière dont Dieu travaille presque toujours : par générations, pas par satisfactions immédiates. Les faux prophètes, eux, promettaient un retour rapide, et ils furent crus, parce que nous préférons une consolation courte à une promesse longue. Le texte ne console pas les déportés en leur promettant qu'ils verront la fin. Il leur demande de faire confiance à un Dieu qui tiendra parole après leur mort.
Le personnage principal
Regardez qui parle : « l'Éternel des armées, le Dieu d'Israël, à tous les captifs que j'ai transportés de Jérusalem à Babylone ». Il ne dit pas « que Nebucadnetsar a transportés », bien que ce soit vrai au verset 1. Il assume. Le Dieu qui donne ici l'ordre de se multiplier est le même qui a frappé, et Il ne se cache pas derrière l'histoire ni derrière les Babyloniens. C'est un Dieu sans sentimentalisme, qui ne nie pas Son propre jugement, et qui dans le même souffle empêche Son peuple de disparaître. Sa colère a un terme, Sa bénédiction n'en a pas. Il pense en siècles, comme le montre le verset 11 : « pensées de paix et non de mal ». Mais Sa paix passe par Babylone, pas à côté.
Le détail
Un mot minuscule porte tout le poids : « là ». « Multipliez-vous là et ne diminuez pas. » Pas ailleurs, pas plus tard, pas quand les choses seront redevenues normales. Là, dans le pays des idoles, à portée de voix des temples de Mardouk, sous une administration étrangère. Ce petit adverbe fait de l'exil un lieu de bénédiction sans en faire un lieu de compromis : on s'y marie, on y élève des enfants, on y transmet la foi d'Abraham en langue araméenne. C'est le même mouvement que Dieu accomplira jusqu'au bout, en venant Lui-même habiter dans un monde occupé, sous un gouverneur romain, dans une famille pauvre. Le Dieu qui dit « là » à Ses exilés est le Dieu qui plantera Son Fils au milieu de notre Babylone.
Réflexion
Quel domaine de ma vie ai-je mis « en attente », et qu'est-ce que Dieu me demande d'y bâtir dès maintenant ?
À qui suis-je en train de transmettre quelque chose que je ne verrai peut-être jamais porter du fruit ?
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Questions fréquentes sur Jeremiah 29:6
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Ce que la communauté partage sur Jeremiah 29
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Me levant de bonne heure et les envoyant », dit l'Éternel. Dieu se lève tôt pour parler. Il envoie, encore et encore, des messagers qu'on peut ignorer sans bruit. Le malheur d'Israël n'est pas venu d'un silence du ciel, mais d'une oreille fermée. Et toi, ce matin, qu'as-tu fait de la parole qu'il t'a déjà donnée ?
Merci, Seigneur, d'avoir fait porter une lettre jusqu'à Babylone, « au reste des anciens de la captivité ». Tu n'as pas oublié ceux qu'on avait emmenés loin de Jérusalem. Merci de parler encore à ton peuple, là où il se trouve, même en exil.
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