Jérémie 8
Le texte
Le chapitre s'ouvre sur une image que l'on voudrait ne pas voir : les ossements des rois, des princes, des sacrificateurs et des prophètes tirés de leurs tombeaux et étalés « devant le soleil, et devant la lune, et devant toute l'armée des cieux, qu'ils ont aimés, et qu'ils ont servis ». Suit un long réquisitoire : un peuple qui refuse de revenir, des sages qui se vantent de posséder la loi pendant que « la plume menteuse des scribes » la falsifie, des responsables religieux qui pansent la plaie « légèrement, disant : Paix, paix ! et il n'y avait point de paix ». Puis le bruit des chevaux venant de Dan, la terre qui tremble, et enfin la voix brisée du prophète : « N'y a-t-il point de baume en Galaad ? »
Le cœur
Le verbe qui commande tout ce chapitre est shouv, « revenir », « se retourner ». Dieu pose une question qui relève presque du bon sens paysan : quand on tombe, ne se relève-t-on pas ? Quand on se détourne du chemin, ne revient-on pas ? L'alliance, chez Jérémie, n'est pas un contrat à la lettre serrée mais une relation où le retour reste toujours ouvert. Le drame n'est donc pas d'abord la faute, c'est le refus obstiné de revenir : « Ils tiennent ferme à la tromperie. » Et le jugement, ici, prend une forme terrible de cohérence : ceux qui ont adoré les astres seront exposés devant les astres. Dieu ne fabrique pas un châtiment arbitraire, Il laisse le péché produire son propre fruit et livre l'homme à ce qu'il a choisi d'aimer.
Le fil conducteur
Deux images de ce chapitre traversent toute l'Écriture et débouchent sur Christ. La première est la plaie mal soignée : « ils ont pansé la plaie de la fille de mon peuple légèrement ». Quand Jésus dit que ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, Il répond précisément à la question de Jérémie : « N'y a-t-il point là de médecin ? » La réponse est oui, mais pas celui qu'on attendait, et pas avec le baume qu'on espérait. La seconde image est la paix mensongère. Devant Jérusalem, Jésus pleurera sur ce qui concerne sa paix et qui reste caché à ses yeux. Le même lieu, la même plaie, le même Dieu qui refuse les pansements rapides parce qu'Il veut guérir en profondeur.
Le miroir
« Il n'y a personne qui se repente de son iniquité, disant : Qu'ai-je fait ? » Cette phrase est le scalpel du chapitre. Nous savons dire : j'étais fatigué, il m'a provoqué, tout le monde fait ainsi, ce n'était pas si grave. Nous savons moins poser la question nue. Et nous sommes tous, un peu, des panseurs légers : au bureau, quand on préfère une réunion lisse à une vérité coûteuse ; à la maison, quand on dit « ça va » pour ne pas rouvrir la conversation d'hier soir ; avec l'argent, quand un petit gain douteux devient une habitude qu'on ne nomme plus. La cigogne connaît sa saison ; nous, nous repoussons. Aujourd'hui, prenez une feuille, écrivez une seule chose que vous avez faite cette semaine et que vous avez déjà excusée, et posez dessus, à voix haute, la question de Jérémie : « Qu'ai-je fait ? » Sans commentaire, sans défense.
Le profil
Ceux qui entendent cela vivent dans une ville qui se croit intouchable. Le temple est là, la dynastie de David aussi, et la réforme du roi Josias a laissé le sentiment du devoir accompli. Leur théologie tient en une phrase, qu'ils crient eux-mêmes au verset 19 : « L'Éternel n'est-il pas dans Sion ? Son Roi n'est-il pas au milieu d'elle ? » Ils ont raison, et c'est justement ce qui les perd. Et quand Jérémie annonce que les tombes royales seront ouvertes, il touche le nerf le plus sensible d'une culture où être enterré avec ses pères est la dernière dignité de l'homme. Ne pas être recueilli, devenir « du fumier sur la face du sol » : c'est la honte poussée au-delà de la mort.
La question
Où est la grâce dans ce chapitre ? Elle n'y est pas, du moins pas sous la forme que nous cherchons. Le verset 3 dit que les survivants choisiront la mort plutôt que la vie, et le verset 13 annonce un enlèvement total. Aucune promesse de restauration ne vient adoucir la fin. On peut évidemment sauter aux chapitres suivants, où Dieu parle d'une alliance nouvelle. Mais ce serait tricher avec le texte, qui nous laisse là, dans l'été fini et la moisson passée, avec cette phrase insoutenable : « nous ne sommes pas sauvés ». Il existe des moments où la porte se referme, non parce que Dieu se lasse, mais parce que le refus de revenir a duré assez longtemps pour devenir une nature. Le texte ne nous console pas de cela. Il nous avertit.
Le personnage principal
À partir du verset 18, la voix devient impossible à identifier avec certitude : est-ce Jérémie qui pleure, ou Dieu Lui-même à travers lui ? « Je suis brisé de la ruine de la fille de mon peuple ; je mène deuil, l'épouvante m'a saisi. » Celui qui a annoncé le jugement au verset 13 sanglote au verset 23 et voudrait que sa tête soit une fontaine de larmes. C'est là que la théologie de ce chapitre devient supportable : le Juge n'est pas extérieur à la douleur qu'Il prononce. Il ne détruit pas froidement, Il perd quelque chose. Cette contradiction apparente, la colère et le deuil dans la même bouche, n'est pas une faiblesse du texte. C'est le portrait le plus fidèle de Dieu avant la croix.
Réflexion
Où, dans ma vie, ai-je dit « Paix, paix » à quelqu'un, ou à moi-même, alors qu'il n'y avait point de paix ?
La cigogne connaît sa saison. Qu'est-ce que je repousse depuis si longtemps que je ne sais plus reconnaître le moment où il faudrait revenir ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, la moisson est passée, l'été s'est achevé, et je sens encore ce vide en moi. J'ai laissé filer des occasions, j'ai tardé à me tourner vers toi. Viens me sauver maintenant, là où j'en suis, car il n'est jamais trop tard pour ta grâce.
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