Jérémie 9
Le texte
Le prophète voudrait fuir au désert, dans une simple cabane de voyageur, pour échapper à un peuple dont la langue est devenue un arc tendu de mensonge. Dieu annonce donc l'épreuve du creuset, la ruine de Jérusalem, l'absinthe et l'eau de fiel, la dispersion, et Il convoque les pleureuses professionnelles pour un deuil que personne ne peut plus éviter. Et au milieu de ces cadavres tombant « comme la gerbe après le moissonneur », une phrase inattendue : la seule gloire permise à l'homme, c'est de connaître l'Éternel.
Le cœur
Ce chapitre définit le péché autrement que nous ne le faisons d'habitude. Ce n'est pas d'abord une liste de fautes, c'est une incapacité relationnelle : « ils passent d'iniquité en iniquité, et ne me connaissent pas ». Trois fois le texte revient là-dessus, et il fait un lien que nous préférons éviter : le mensonge entre voisins et l'ignorance de Dieu sont la même maladie. On ne peut pas mentir toute la journée à son frère et connaître Dieu le soir. Et pourtant, ce Dieu ne réagit pas comme un juge froid ; le verset 6 laisse échapper une hésitation presque douloureuse : « comment agirais-je à l'égard de la fille de mon peuple ? » Le jugement est réel, mais il sort d'un cœur déchiré.
Le fil rouge
Les versets 22 et 23 sont le sommet du chapitre, et ils ne restent pas dans Jérémie. Paul les reprend deux fois, notamment quand il écrit à Corinthe que « celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur ». Il applique à la croix ce que Jérémie disait au milieu des ruines : la sagesse, la force et la richesse sont des appuis qui cèdent, et il ne reste qu'un seul motif de fierté, connaître Dieu. Or ce que Jérémie pose comme exigence, le Nouveau Testament le pose comme don : dans la nouvelle alliance annoncée plus loin dans ce même livre, tous connaîtront l'Éternel parce qu'Il pardonnera. Jérémie décrit le vide ; Christ le remplit.
Le miroir
Regardez ce que le texte appelle mensonge : parler de paix avec son ami tout en lui dressant des embûches. Ce n'est pas la calomnie brutale, c'est la conversation aimable au bureau suivie du courriel qui coule quelqu'un. C'est le sourire à la sortie du culte et la remarque bien placée dans la voiture. « Ils se fatiguent à faire le mal » : il y a une dépense d'énergie considérable dans nos petites duplicités, et nous appelons cela vivre normalement. Puis viennent les versets 22 et 23, qui touchent nos trois refuges les plus tenaces : mon intelligence, ma capacité à me défendre, mon compte en banque. Vous pouvez perdre les trois en dix-huit mois. Que restera-t-il alors dont vous puissiez vous glorifier ?
Le contexte
Nous sommes à Jérusalem, probablement dans les dernières décennies avant 587 avant Jésus-Christ, sous des rois qui jouent l'Égypte contre Babylone et perdent à chaque coup. La ville se croit intouchable parce que le temple y est. Jérémie parle donc contre une confiance religieuse solide, entourée de prophètes qui promettent la paix. Les détails du chapitre viennent de ce monde : les pleureuses sont un métier, on les engage pour les funérailles, et Dieu ordonne de les convoquer avant l'enterrement, comme si le deuil devait commencer par anticipation. Le mot sur les cadavres non ramassés dans les champs est le comble du déshonneur dans une culture où l'ensevelissement était un devoir sacré.
Le détail
Verset 3 : « tout frère ne fera que supplanter ». Le verbe hébreu joue sur le nom de Jacob, celui qui a saisi le talon de son frère et lui a pris sa bénédiction. Jérémie ne choisit pas ce mot par hasard : il dit à Juda que chacun est devenu un petit Jacob envers son prochain, que le nom du patriarche s'est mis à décrire un caractère national. Ésaü l'avait déjà formulé dans la Genèse, avec amertume : n'est-il pas bien nommé, Jacob, puisqu'il m'a supplanté deux fois ? Le peuple porte le nom de celui que Dieu a renommé Israël, mais vit encore sous l'ancien nom. C'est cela, l'incirconcision du cœur : garder le signe et perdre la nature.
L'intertexte
Trois échos éclairent ce chapitre. D'abord Deutéronome, qui commandait déjà : circoncisez votre cœur. Jérémie constate au verset 25 que rien n'a été fait, et Paul en tirera plus tard que le vrai Juif est celui de l'intérieur. Ensuite les Lamentations, qui exécutent littéralement l'ordre du verset 16 : les pleureuses ont fini par chanter, et le livre entier est cette complainte. Enfin, et c'est le plus troublant, Jésus devant Jérusalem, pleurant sur la ville qui n'a pas connu le temps de sa visitation. Le désir de Jérémie au verset 1, fuir loin de ce peuple, est exactement ce que Dieu ne fait pas : Il vient, en larmes, dans la ville qui ne Le connaît pas.
Réflexion
Si demain votre sagesse, votre force et vos moyens vous étaient retirés, quelle part de votre identité tiendrait encore debout ?
Où, cette semaine, avez-vous parlé de paix à quelqu'un tout en lui dressant intérieurement des embûches ?
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« Ne les punirai-je pas à cause de ces choses? dit l'Éternel; mon âme ne se vengera-t-elle pas d'une nation comme celle-ci? » Une question, pas un verdict lancé à la hâte. Et quelques versets plus haut, le même Dieu pleure : « Oh! que ma tête fût des eaux ». Celui qui juge le mensonge de ton peuple est aussi celui qui en a le cœur brisé. Cela change tout.
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