Explication biblique

Job 11

Bible
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Le texte

Tsophar n'attend même pas que le silence retombe. Le troisième ami se lève, excédé par ce flot de paroles, et frappe là où cela fait le plus mal : « La multitude des paroles ne recevrait-elle pas de réponse, et un grand parleur serait-il justifié ? » Il accuse Job de mensonge et d'arrogance, souhaite tout haut que Dieu Lui-même ouvre les lèvres pour le contredire, puis déploie une grande fresque sur l'insondable sagesse divine, plus haute que les cieux, plus profonde que le shéol. Sa conclusion tombe comme un contrat : redresse ton cœur, chasse l'iniquité de ta tente, et ta vie se lèvera « plus claire que le plein midi ». Sinon, il ne te restera que le dernier souffle des méchants.

Le cœur

Le tragique de ce chapitre, c'est que presque tout y est vrai. Oui, Dieu est insondable ; oui, Il voit l'iniquité que l'homme ne remarque même pas ; oui, se tourner vers Lui est le commencement de la paix. Et pourtant l'ensemble est faux, parce que Tsophar prend l'immensité de Dieu et s'en sert comme d'une massue contre un homme à terre. Il dit « tu ne peux pas sonder le Tout-puissant », mais il prétend savoir exactement pourquoi Job souffre, et même que Dieu « laisse dans l'oubli » une partie de sa faute, autrement dit : tu mérites pire. La transcendance devient un argument de comptable. Voilà le piège religieux le plus subtil : réciter des vérités sur Dieu tout en Le réduisant à une machine qui rend la monnaie.

Le fil conducteur

Tsophar formule sans le savoir la question qui traverse toute la Bible : « Peux-tu, en sondant, découvrir ce qui est en Dieu ? » Non. Personne ne le peut. Mais l'histoire du salut ne se résout pas en disant à l'homme de se taire ; elle se résout parce que Dieu descend. Ce que Tsophar présente comme une hauteur inaccessible, « les hauteurs des cieux, que feras-tu ? », Dieu finira par le franchir Lui-même dans un corps humain. Et c'est justement un innocent souffrant, comme Job, qui deviendra le lieu de cette révélation. Le contrat de Tsophar, sois pur et tu seras béni, se brise sur la croix, où le seul homme réellement sans tache reçoit le sort réservé aux méchants. La sagesse cachée s'est ouverte, mais pas là où Tsophar la cherchait.

Le miroir

Nous parlons comme Tsophar plus souvent que nous ne l'admettons. Quand un ami perd son emploi et que nous pensons discrètement qu'il aurait dû mieux gérer sa carrière. Quand un couple se déchire et que nous cherchons la faute cachée qui rendrait le drame logique. Quand une maladie tombe sur quelqu'un et que nous demandons, l'air de rien, s'il a « fait attention ». Ce réflexe nous protège : si la souffrance a toujours une cause repérable, alors nous pouvons l'éviter. Tsophar ne défend pas Dieu, il défend son propre sommeil. Et remarquez la promesse qu'il fait miroiter : « tu te coucheras, et il n'y aura personne pour te faire peur ». C'est exactement ce qu'il veut pour lui-même. Aujourd'hui : appelez ou écrivez à la personne dont vous avez secrètement expliqué le malheur, et dites-lui simplement que vous pensez à elle, sans un mot d'analyse.

Le personnage principal

Tsophar est le plus jeune des trois, semble-t-il, et le plus tranchant. Éliphaz avait invoqué une vision nocturne, Bildad la sagesse des ancêtres ; Tsophar n'a que son indignation et il ne s'en cache pas. Il ne pose aucune question, il n'appelle jamais Job par son nom dans ce discours, il ne mentionne pas ses enfants morts. Son portrait de l'homme est glacial : « l'homme naisse comme le poulain de l'âne sauvage », c'est-à-dire brut, indocile, à peine humain avant d'être dressé. Il y a chez lui une piété sincère et une absence totale d'imagination compatissante. Il croit rendre service en administrant la vérité à froid. Et il faudra que Dieu Lui-même, à la fin du livre, lui dise qu'il a mal parlé de Lui.

L'intertexte

Paul reprend presque le vocabulaire de Tsophar dans Romains 11 : « Ô profondeur des richesses… que Ses jugements sont insondables. » Mais chez Paul, cette exclamation vient après la découverte que Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous. L'insondable y débouche sur l'adoration, pas sur un verdict. Chez Tsophar, la même vérité sert à clore le débat. Et c'est le contraste avec Job 42 qui achève la démonstration : Dieu ordonne aux trois amis d'offrir un sacrifice et déclare que Job priera pour eux. L'homme accusé de cacher son iniquité devient l'intercesseur de ses accusateurs. Le renversement est complet, et il est délibéré.

Le contexte

Nous sommes dans le monde patriarcal du Proche-Orient ancien, hors d'Israël, chez des chefs de clan dont la richesse se compte en troupeaux et dont l'honneur se joue en public. Job est assis sur la cendre, hors du village, marqué par une maladie qui le rend socialement intouchable. Les trois amis ont fait le voyage, se sont tus sept jours, et ce silence-là valait mieux que tout ce qui suit. Dans cette culture, la prospérité est la preuve visible de la faveur divine ; l'effondrement de Job est donc lu par tous comme un jugement public. Tsophar ne fait qu'énoncer tout haut ce que le village pense tout bas. C'est pourquoi sa cruauté paraît raisonnable : elle est parfaitement conforme.

Réflexion

Quelle explication me suis-je donnée récemment pour rendre supportable la souffrance de quelqu'un d'autre, et que protégeait-elle en moi ?

Si je devais dire quelque chose de vrai sur Dieu à une personne effondrée, quelle vérité choisirais-je, et pourquoi celle-là plutôt qu'une autre ?

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Questions fréquentes sur Job 11

Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.

Que signifie Job 11 ?
Tsophar n'attend même pas que le silence retombe. Le troisième ami se lève, excédé par ce flot de paroles, et frappe là où cela fait le plus mal : « La multitude des paroles ne recevrait-elle pas de réponse, et un grand parleur serait-il justifié ?
De quoi parle Job 11 ?
Tsophar formule sans le savoir la question qui traverse toute la Bible : « Peux-tu, en sondant, découvrir ce qui est en Dieu ? » Non. Personne ne le peut. Mais l'histoire du salut ne se résout pas en disant à l'homme de se taire ; elle se résout parce que Dieu descend. Ce que Tsophar présente comme une hauteur inaccessible, « les hauteurs des cieux, que feras-tu ?
Quel est le contexte historique de Job 11 ?
Tsophar est le plus jeune des trois, semble-t-il, et le plus tranchant. Éliphaz avait invoqué une vision nocturne, Bildad la sagesse des ancêtres ; Tsophar n'a que son indignation et il ne s'en cache pas. Il ne pose aucune question, il n'appelle jamais Job par son nom dans ce discours, il ne mentionne pas ses enfants morts.
Que nous enseigne Job 11 sur le caractère de Dieu ?
Nous sommes dans le monde patriarcal du Proche-Orient ancien, hors d'Israël, chez des chefs de clan dont la richesse se compte en troupeaux et dont l'honneur se joue en public. Job est assis sur la cendre, hors du village, marqué par une maladie qui le rend socialement intouchable.
En quoi Job 11 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Si je devais dire quelque chose de vrai sur Dieu à une personne effondrée, quelle vérité choisirais-je, et pourquoi celle-là plutôt qu'une autre ?

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