Luc 18:13
Le Texte
Pendant que le pharisien se tient debout, bien visible, et récite devant Dieu la liste de ses mérites, un autre homme est là, à distance. Un collecteur d'impôts, c'est-à-dire un collaborateur du système romain, méprisé par tout le monde et rentable pour lui-même. Il ne s'avance pas. Il garde les yeux baissés, incapable de les lever vers le ciel, et il se frappe la poitrine du poing. De sa bouche sort une seule phrase, courte, sans ornement, sans excuse, sans comparaison avec personne : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! » Pas de détail sur ses fautes, pas de promesse d'amélioration, pas de négociation. Une demande nue, adressée à Dieu au moment même où monte la fumée du sacrifice.
Le Cœur
Le mot que Luc met dans sa bouche n'est pas le mot habituel pour « pitié ». C'est un verbe du vocabulaire du sanctuaire, hilaskomai, qu'on pourrait rendre par « que le sang couvre, que la colère soit apaisée ». Darby traduit justement « sois apaisé envers moi ». Cet homme ne demande pas à Dieu d'être indulgent, ni de fermer les yeux, ni de comprendre ses circonstances atténuantes. Il demande que le mécanisme de l'expiation joue en sa faveur, lui qui n'a rien apporté et rien mérité. Voilà le cœur du texte : la justification ne vient pas de ce que nous produisons devant Dieu, mais de ce que Dieu a prévu pour couvrir ce que nous sommes. Le pécheur n'apporte que son besoin. Dieu fournit le reste.
Le Fil Rouge
Cet homme prie dans un lieu précis, à une heure précise. Le temple ne fonctionne pas comme une salle de silence : deux fois par jour, matin et milieu d'après-midi, on immole l'agneau, l'encens brûle, le sang est versé au pied de l'autel, et le peuple se tient dans les parvis pendant que la fumée monte. « Sois apaisé envers moi » n'est donc pas une formule pieuse en l'air. C'est un homme qui désigne du doigt ce qui se passe à quelques dizaines de mètres de lui et qui dit : que cela vaille pour moi aussi. Or tout ce système d'expiation était provisoire, répété chaque jour parce qu'il ne réglait jamais rien définitivement. Le collecteur d'impôts demande sans le savoir ce que Jésus est précisément monté accomplir à Jérusalem, comme Il le dit aux douze quelques versets plus loin. La prière de cet homme trouve sa réponse à la croix, pas à l'autel.
Le Miroir
Nous sommes rarement pharisiens dans les grandes choses. Nous le sommes dans les petits calculs : quand vous vous comparez au collègue qui triche sur ses heures, au frère qui ne vient plus au culte, au voisin dont vous connaissez l'histoire conjugale. La comparaison est un anesthésiant efficace ; elle rend le péché supportable en le mesurant à celui d'un autre. Le collecteur d'impôts ne se compare à personne. Il ne dit pas « moins mauvais que certains », il dit « pécheur », et en grec l'article est là : le pécheur, comme s'il était le seul de la ville. Voilà l'endroit précis où la grâce entre. Aujourd'hui, cherchez un lieu où personne ne vous entend, tenez-vous debout, et dites à voix haute, sans rien ajouter, sans expliquer ni nuancer : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! » Puis taisez-vous et rentrez chez vous.
La Question
Cet homme repart justifié sans avoir rien rendu. Selon les règles admises de son temps, un collecteur d'impôts ne pouvait pratiquement pas se repentir : il aurait fallu restituer à chaque personne extorquée, avec un cinquième en plus, et il ne savait même plus qui il avait volé. Sa repentance était techniquement impossible. Et Jésus dit pourtant qu'il descend justifié. Ne se dépêchons pas de combler le vide : le texte ne raconte pas ce qu'il a fait ensuite. Il ne promet rien, et Jésus ne lui impose rien. Cela heurte notre besoin de garanties. Mais si le verdict avait dépendu de la suite, il ne serait plus un verdict, seulement un crédit conditionnel. Le silence du texte sur l'après est précisément ce qui rend la justification gratuite.
Le Détail
Se frapper la poitrine, dans ce monde-là, n'est pas un geste d'homme. C'est le geste des pleureuses, des femmes en deuil devant un cercueil, un geste bruyant, un peu indécent dans l'enceinte sacrée. Cet homme, déjà relégué au fond, attire donc sur lui exactement le regard qu'il voudrait fuir. Et il frappe la poitrine, pas la tête : dans la pensée juive, le cœur est le siège de la décision et de la perversion. Il frappe la source, non le symptôme. Luc emploie un verbe à l'imparfait : il se frappait, encore et encore, pendant qu'il priait. Ce n'est pas un signe de contrition exécuté proprement, c'est un homme en deuil de lui-même.
Le Profil
Les premiers auditeurs savaient ce qu'était un collecteur d'impôts. Pas un employé du fisc : un homme qui avait acheté aux Romains le droit de percevoir, qui se remboursait sur le dos des paysans, qui pouvait faire fouiller une charrette et fixer lui-même la marge. Il était impur par contact, exclu du témoignage en justice, et sa présence même dans le parvis avait quelque chose d'insolent. Quand Jésus dit qu'il descend justifié « plutôt que l'autre », l'auditoire n'entend pas une jolie leçon d'humilité. Il entend un scandale juridique. Le pharisien, lui, ne mentait pas : il jeûnait, il donnait la dîme, il tenait la société ensemble. Le verdict de Jésus renverse l'ordre moral que tout le monde tenait pour évident.
Réflexion
Devant qui, cette semaine, vous êtes-vous senti soulagé de ne pas être « comme le reste des hommes » ?
Si votre justification ne dépendait plus du tout de ce que vous rendrez demain, qu'est-ce que cela changerait à votre prière de ce soir ?
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Questions fréquentes sur Luke 18:13
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Ce que la communauté partage sur Luke 18
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, je connais ce sentiment de frapper à une porte qui reste fermée, devant des cœurs qui ne craignent ni toi ni personne. Mais tu n'es pas ce juge indifférent. Tu écoutes. Alors je reviens vers toi, encore, sans me lasser.
« Le pharisien, se tenant à part, priait ainsi en lui-même : Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes. » Il parle à Dieu, mais il ne parle que de lui. Et remarque : il lui faut ce publicain pour se sentir juste. Sa prière a besoin d'un coupable. La tienne aussi, parfois ?
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