Philippiens 4:6
Le texte
Paul lance deux impératifs qui se tiennent comme les deux plateaux d'une balance : d'un côté, l'interdiction absolue de s'inquiéter, « ne vous inquiétez de rien » ; de l'autre, l'ouverture illimitée de la prière, « en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu ». Entre les deux, rien n'est laissé au hasard : ce qui est retiré à l'angoisse doit être remis à Dieu, et la remise se fait avec un accent précis, celui des actions de grâces.
Le cœur
Le verbe grec derrière « s'inquiéter », merimnaô, signifie être tiré en deux, avoir l'esprit partagé. L'inquiétude n'est donc pas d'abord une émotion pénible, c'est une division intérieure : une partie de moi porte ce que je ne peux pas porter. Paul ne demande pas au chrétien de se calmer, ce qui serait un conseil vide, mais de transférer. Ce que vous portiez seul, exposez-le. Le mot suppose un déballage, quelque chose que l'on pose sur la table devant quelqu'un. Cela dit une chose sur Dieu avant de dire quoi que ce soit sur nous : Il est de ces personnes à qui l'on peut tout dire, et le fait qu'Il connaisse déjà la situation ne rend pas la parole superflue. La grâce ne dispense pas de la demande, elle la rend possible.
Le fil conducteur
Le verset ne tombe pas du ciel. Jésus, dans le sermon sur la montagne, emploie exactement le même verbe quand Il ordonne de ne pas s'inquiéter pour la nourriture, le vêtement, le lendemain, et Il fonde cet ordre sur un seul argument : votre Père céleste sait. Paul, lui, ajoute le geste concret que Jésus avait supposé. Et derrière les deux se tient la longue tradition des psaumes, où l'homme jette son fardeau sur le Seigneur au lieu de le ruminer. Pierre reprendra la même image en disant de décharger sur Dieu tout son souci. Trois voix, un seul mouvement : le fardeau change de mains. Ce que le verset 5 vient de poser, « le Seigneur est proche », est ce qui rend le transfert possible. On ne décharge pas dans le vide.
Le miroir
Regardez ce que Paul vient d'écrire quelques lignes plus haut : Évodie et Syntyche, deux femmes qui ne s'entendent pas, nommées publiquement dans une lettre lue à haute voix. L'inquiétude dont il parle n'est pas une abstraction spirituelle, elle a le visage de vos conflits d'église, de la réunion de conseil de mardi, de la personne dont le nom vous serre l'estomac. Elle a aussi le visage de trois heures du matin, du résultat d'analyse qui n'est pas encore arrivé, du budget de janvier, de l'adolescent qui ne dit plus rien à table. Paul ne vous demande pas de relativiser ces choses. Il vous demande de les nommer devant Dieu au lieu de les ressasser devant vous-même. La rumination est une prière adressée à personne.
Contexte
Philippes est une colonie romaine peuplée de vétérans, fière de sa citoyenneté, habituée à l'idée que la sécurité vient de Rome. Paul écrit d'une prison, et il termine sa lettre en saluant les croyants « de la maison de César », c'est-à-dire du personnel impérial. L'homme qui interdit l'inquiétude ne parle donc pas depuis une vie protégée : il attend un verdict. Les Philippiens, de leur côté, viennent de lui envoyer un don par Épaphrodite, ce qui suppose qu'ils avaient de quoi s'inquiéter eux-mêmes, financièrement et socialement, dans une ville où suivre un condamné juif ne facilitait rien. « Ne vous inquiétez de rien » est écrit entre deux personnes qui ont toutes les raisons du monde de s'inquiéter.
Le détail
« Avec des actions de grâces. » C'est le mot de trop, celui qu'on aurait volontiers retiré. Prières et supplications, oui, cela va de soi quand on a peur. Mais remercier au moment même où l'on demande ? Paul ne demande pas de remercier pour l'épreuve, il demande de ne pas se présenter devant Dieu comme devant un inconnu. La reconnaissance est un acte de mémoire : elle rappelle à celui qui prie que ce Dieu-là a déjà agi. Notez comment le chapitre se termine : le don des Philippiens est appelé « un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu ». Pour Paul, la gratitude n'est pas un ornement poli, c'est une offrande, et elle monte de la même manière depuis une prison que depuis une maison confortable.
La question
Un ordre est-il possible ? Peut-on commander à quelqu'un de ne pas s'inquiéter, comme on commande de ne pas voler ? L'expérience dit non. Il y a des angoisses qui relèvent du corps, du deuil, d'un traumatisme, et les traiter comme un péché de volonté est une cruauté déguisée en piété. Paul lui-même, ailleurs, avoue porter le souci de toutes les assemblées, et Jésus à Gethsémané n'était pas serein. Ce que le verset offre n'est peut-être pas un interrupteur mais une direction : chaque fois que l'inquiétude revient, elle a un endroit où aller. Le verset suivant ne promet d'ailleurs pas la compréhension, mais une paix qui « surpasse toute intelligence » et qui garde, verbe militaire, comme une sentinelle. On ne la fabrique pas. On se poste où elle passe.
Réflexion
Quelle inquiétude ressassez-vous depuis des semaines sans l'avoir jamais exposée à Dieu en mots précis, et qu'est-ce qui vous en empêche ?
Si vous deviez ajouter une action de grâces à votre demande la plus urgente, laquelle serait honnête, et non pas seulement pieuse ?
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Ce que la communauté partage sur Philippians 4
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Seigneur, apprends-moi à tenir bon quand tout vacille. Merci pour ceux que tu as mis sur ma route, ces visages qui sont ma joie. Garde-nous fermes en toi, ensemble, même les jours où le courage nous manque.
Père, tu as des enfants jusque dans les lieux où l'on ne t'attend pas, même au cœur du palais. Aide-moi à croire que ta grâce atteint ceux que je crois hors de portée, et à rester fidèle là où tu m'as placé, même si personne ne le voit.
Remarque à qui Paul écrit cette promesse: à des gens qui venaient de se priver pour l'aider. "Mais mon Dieu suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus." Ils avaient ouvert la main, et Dieu se porte garant. Ce que tu donnes ne creuse pas ton manque, il appelle sa provision.
Paul les nomme. Deux femmes, dans une lettre lue devant toute l'assemblée: « J'exhorte Évodie, et j'exhorte Syntyche, à avoir une même pensée dans le Seigneur. » Il ne dit pas qui a tort. Il répète simplement le même appel aux deux. Et toi, cette personne que tu évites depuis des mois, dans quel Seigneur es-tu censé la retrouver?
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