Psaumes 42:6
Le texte
Au milieu d'un psaume de larmes, la voix change brusquement de destinataire. Jusqu'ici l'homme parlait à Dieu, ou pleurait devant Lui; maintenant il s'adresse à quelqu'un d'autre: lui-même. « Pourquoi es-tu abattue, mon âme, et es-tu agitée au-dedans de moi ? » Ce n'est pas une plainte, c'est un interrogatoire. Il exige de sa propre tristesse qu'elle rende des comptes. Puis vient l'ordre, bref, presque abrupt: « Attends-toi à Dieu ». Et une raison, qui n'est pas un raisonnement mais une promesse arrachée à l'avenir: « car je le célébrerai encore ». Le verset se ferme sur cinq mots qui portent tout le poids: « sa face est le salut ». Rien n'a changé dans les circonstances. Quelque chose a changé dans l'orientation.
Le cœur
Ce verset montre un croyant divisé en deux, et cette division est le lieu même de la foi. Il y a l'âme qui s'effondre, et il y a celui qui lui parle. La Bible ne demande jamais de faire taire la première; elle demande que la seconde prenne la parole. Ce que le psalmiste dit à son âme n'est pas « ressaisis-toi », mais « attends-toi à Dieu »: l'espérance n'est pas une force intérieure qu'on mobilise, c'est une direction qu'on donne à son regard. Et l'objet de cette attente est précisé avec une sobriété saisissante: non pas la fin de l'oppression, non pas le retour au temple, mais « sa face ». Le salut n'est pas d'abord une chose que Dieu donne; c'est Dieu qui Se tourne vers nous. Tant que Sa face est là, l'abattement n'a pas le dernier mot, même s'il a encore la parole.
Le fil conducteur
« Sa face est le salut »: cette expression relie le psaume à toute l'histoire du salut, car la question de fond de l'Ancien Testament est celle de l'accès. On ne voyait pas la face de Dieu; on entrait dans Sa maison, on présentait un sacrifice, un prêtre bénissait le peuple en demandant que Dieu fasse briller Sa face sur lui. Le psalmiste, coupé du temple, est réduit à espérer ce qu'il ne peut pas atteindre. Et c'est précisément là que le fil se tend vers Christ: en Lui, la face de Dieu se tourne vers nous sans médiation, jusqu'à devenir visage humain. Mais notez la direction du fil: Jésus n'annule pas l'attente du psalmiste, Il l'habite. Au jardin, Son âme aussi est abattue jusqu'à la mort, et Il attend Son Père sans voir Sa face.
Le miroir
Ce verset dérange parce qu'il refuse deux consolations faciles. Il ne dit pas que ton abattement est illégitime, et il ne dit pas qu'il est le dernier mot. Il t'oblige à parler à ta propre âme, ce que nous faisons rarement: nous la laissons parler, elle, à trois heures du matin, quand elle récite le dossier complet du diagnostic, du licenciement, du mariage devenu silencieux, de l'enfant qui ne rentre plus. Et souvent nous cherchons quelqu'un d'autre pour nous dire ce que le psalmiste se dit lui-même. Il n'attend pas que quelqu'un vienne le relever; il se relève en s'adressant la parole de Dieu. Aujourd'hui, à voix haute et seul, dis à ton âme ces trois mots: « Attends-toi à Dieu », puis nomme devant Dieu, en une phrase, la chose précise qui t'abat.
La question
Si cette exhortation fonctionnait, pourquoi faut-il la répéter ? Car au verset 12, mot pour mot, elle revient. Entre les deux, le psalmiste a écrit: « mon âme est abattue au-dedans de moi », et: « Pourquoi m'as-tu oublié ? » La consolation qu'il s'était donnée n'a pas tenu six versets. Cela dit quelque chose d'inconfortable sur la vie de foi: parler à son âme n'est pas un interrupteur, c'est une discipline qui doit être reprise, parfois chaque matin, parfois chaque heure. Le psaume ne se termine pas par une délivrance racontée, seulement par une attente répétée. Il n'y a pas de résolution ici, il y a de la fidélité sans preuve. Et il faut accepter que la Bible ait jugé cela suffisant pour être chanté.
L'intertexte
Deux échos éclairent ce verset. Le premier est Lamentations 3, où l'homme accablé énumère ses souffrances jusqu'à ce qu'il rappelle à lui-même les compassions de Dieu: là aussi, la mémoire est le levier, et là aussi l'espérance se formule comme une décision plutôt qu'un sentiment. Le second est Jonas 2, dans le ventre du poisson, avec ce même vocabulaire de flots et d'abîme que le psalmiste emploie au verset 8; Jonas prie en direction du temple qu'il ne peut pas voir, exactement comme notre homme. Et dans l'Évangile de Jean, quand Jésus dit que Son âme est troublée, Il reprend le vocabulaire même de ce psaume: Il a lu ces mots, et Il les a portés.
Le contexte
Le psaume est attribué aux fils de Coré, une famille de chantres du temple. C'est décisif: celui qui parle est un professionnel du culte, un homme dont le métier était de conduire les foules en fête vers la maison de Dieu, et qui se trouve maintenant loin, « depuis le pays du Jourdain et des Hermons », au nord, aux sources du fleuve, là où l'eau gronde. Exilé, déporté ou fugitif, il entend le bruit des cascades comme le bruit du jugement. Autour de lui, des voisins qui ne partagent pas sa foi lui posent chaque jour la seule question qui blesse vraiment: « Où est ton Dieu ? » Dans ce monde, un dieu qui ne protège pas les siens est un dieu vaincu. L'honneur du croyant et l'honneur de son Dieu tombent ensemble.
Réflexion
Quelle phrase ton âme te répète-t-elle le plus souvent, et qu'est-ce que tu lui réponds ?
Si le salut est « sa face » avant d'être un changement de circonstances, qu'est-ce que cela modifie dans ce que tu demandes à Dieu cette semaine ?
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Comme le cerf brame après les courants d'eau, ainsi mon âme crie après toi, ô Dieu!" Le cerf ne brame pas par piété, il brame parce qu'il meurt de soif. Ce psaume naît loin du temple, dans l'exil, là où Dieu semble absent. Et si ton manque, aujourd'hui, était justement la preuve que tu sais où est la source?
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