Romains 10:13
Le texte
Un seul mot porte tout le verset : « quiconque ». Paul vient de dire qu'il n'y a « pas de différence de Juif et de Grec », et il scelle cette affirmation par une citation du prophète Joël : « car quiconque invoquera le nom du ✶Seigneur sera sauvé ». Autrement dit : le salut ne dépend ni du passeport, ni de la circoncision, ni du degré de connaissance religieuse, mais d'un cri adressé au bon Nom. Celui qui appelle est sauvé. Non pas celui qui mérite, non pas celui qui grimpe au ciel ou descend dans l'abîme (versets 6 et 7), mais celui qui ouvre la bouche là où il se trouve, avec la parole qui est déjà « près de toi ».
Le cœur
Le verbe compte plus qu'on ne le croit. « Invoquer », en grec epikaleisthai, ce n'est pas méditer, ni adhérer intellectuellement : c'est crier vers quelqu'un, comme un homme qui se noie hurle vers la barque. Et le Nom qu'on crie, chez Joël, c'était le Nom imprononçable, YHWH. Paul le fait basculer sur Jésus, sans un mot d'explication, comme si cela allait de soi. C'est vertigineux : le Seigneur de tous, riche envers tous, est ce Galiléen crucifié que Dieu a ressuscité. Le salut cesse donc d'être une échelle à gravir et devient une adresse à connaître. Et Dieu, dans ce verset, n'est pas décrit comme celui qui trie, mais comme celui qui répond, sans exception, à quiconque L'appelle.
Le fil conducteur
Cette phrase vient de Joël, et Joël ne l'a pas écrite dans un temps de paix. Elle tombe à la fin d'un oracle terrible : les sauterelles ont tout rasé, le pays est un champ de cendres, et le prophète annonce le jour du Seigneur, un jour de ténèbres où le soleil se change en obscurité et la lune en sang. C'est au bord de ce gouffre que retentit la promesse : quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Autrement dit, la phrase est née comme une corde jetée dans un naufrage. Paul ne l'adoucit pas, il l'élargit. Le jour du jugement reste réel, mais le Nom qu'on invoque a désormais un visage, une croix et un tombeau vide. Le fil tendu de Joël jusqu'ici, c'est celui-ci : Dieu a toujours voulu être appelé avant d'être mérité.
Le miroir
Vous connaissez la tentation inverse : préparer votre appel avant de le lancer. Régler d'abord la colère qui vous a échappé mardi soir, remettre de l'ordre dans vos comptes, dans votre agenda, dans votre couple, et alors seulement oser ouvrir la bouche. C'est exactement ce que Paul appelle « chercher à établir leur propre justice ». Ce n'est pas un défaut de païens, c'est la maladie des gens sérieux, de ceux qui font bien les choses, qui animent un groupe de maison et corrigent les copies le soir. Le verset ne vous demande pas d'être présentable. Il vous demande de crier. Et il y a quelque chose d'humiliant là-dedans, parce que crier c'est admettre qu'on coule. Le « quiconque » ne vous flatte pas : il vous met au même rang que la personne dont vous n'attendiez plus rien.
Le personnage principal
Le sujet réel de ce verset n'est pas celui qui invoque, mais Celui qui est invoqué. Paul Le décrit d'un mot, au verset précédent : Il est « riche envers tous ceux qui l'invoquent ». Le mot évoque un patron romain, un homme fortuné dont la maison s'ouvrait le matin aux clients venus quémander. Sauf qu'un patron romain calculait, classait, distribuait selon le rang. Ce Seigneur-là ne calcule pas. Sa richesse n'est pas entamée par le nombre, elle ne s'épuise pas quand la file s'allonge, elle n'exige aucun service en retour. Et Il est le même pour tous : pas un Dieu tribal pour les Juifs et un dieu d'appoint pour les Grecs. Sa générosité est le fondement du « quiconque ». Le salut est universellement offert parce que Dieu est indivisiblement riche.
Le profil
Écoutez cette lettre lue à voix haute dans un appartement d'insula romaine, une pièce enfumée au-dessus d'un atelier, une trentaine de personnes debout, des esclaves, des artisans, quelques femmes de statut. Des Juifs qui viennent tout juste de rentrer d'exil, chassés de Rome par Claude quelques années plus tôt, et qui retrouvent des assemblées devenues majoritairement grecques pendant leur absence. La tension est palpable : qui appartient vraiment ici ? Dehors, dans la rue, on invoque d'autres noms, celui d'Isis, celui d'Esculape, et surtout celui de César, seigneur et sauveur sur les monnaies qu'ils manipulent chaque jour. Dire « invoquera le nom du Seigneur » dans cette pièce, c'était à la fois désarmer la querelle interne et poser un acte politique. Un seul Nom, accessible à l'esclave comme à l'affranchi, et ce n'est pas celui du palais.
L'intertexte
Le même verset de Joël avait déjà servi, le matin de la Pentecôte, quand Pierre l'a lancé à une foule de pèlerins venus de partout, et la suite du livre des Actes n'a fait que dérouler la portée du mot « quiconque » : un eunuque éthiopien, un centurion romain, une marchande de pourpre. Paul, ici, ne fait qu'en tirer la conclusion doctrinale. Et il l'a préparée deux versets plus haut avec une autre parole prophétique : « Quiconque croit en lui ne sera pas confus ». Deux fois « quiconque », l'un pour la foi, l'autre pour l'invocation, comme deux clous plantés dans le même mur. Ce que le cœur croit, la bouche le crie. Rien entre les deux, aucun intermédiaire, aucun péage.
Réflexion
Qu'attendez-vous d'avoir réglé avant de vous estimer en droit d'appeler Dieu ? Et que dit cette attente sur ce que vous croyez au fond de votre justice ?
Dans votre entourage, qui excluez-vous silencieusement du « quiconque », et qu'est-ce que cela vous coûterait de le lui annoncer ?
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Ce que la communauté partage sur Romans 10
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Frères, le souhait de mon cœur, et la supplication que j'adresse à Dieu pour eux, c'est qu'ils soient sauvés. » Paul parle de ceux qui l'ont chassé des synagogues, lapidé, dénoncé. Et son premier réflexe n'est pas de se défendre, c'est de prier. Pour qui pries-tu ainsi ? Ceux qui te blessent trouvent-ils place dans ton cœur avant de trouver place dans tes reproches ?
« Et comment croiront-ils en celui dont ils n'ont point entendu parler? et comment entendront-ils sans quelqu'un qui prêche? » Paul ne parle pas de stratégie, il parle de quelqu'un. Quelqu'un a pris le temps de te dire le nom de Jésus. Sans cette voix, tu ne l'aurais pas connu. Et maintenant, qui attend la tienne?
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