Romains 10:17
Le texte
Paul vient de dérouler une chaîne serrée de questions: on ne peut invoquer Celui en qui on n'a pas cru, ni croire en Celui dont on n'a jamais entendu parler, ni entendre sans quelqu'un qui prêche, ni prêcher sans être envoyé. Le verset 17 tire la conclusion de toute cette chaîne: « Ainsi la foi est de ce qu'on entend, et ce qu'on entend par la parole de Dieu. » La foi ne surgit pas du sol de nos cœurs; elle arrive de l'extérieur, portée par une voix, et cette voix tient sa force du fait qu'elle transmet une parole qui n'est pas la sienne.
Le cœur
Il y a ici une affirmation qui dérange notre culture spirituelle: la foi n'est pas d'abord une capacité intérieure, une sensibilité au sacré, un tempérament religieux. Elle est une réponse. Quelqu'un a parlé le premier. Le mot grec derrière « ce qu'on entend », akoè, désigne à la fois l'acte d'entendre et le message entendu, et cette ambiguïté est exacte: sans message, l'oreille reste vide; sans oreille, le message tombe à terre. Dieu se rend accessible par le canal le plus fragile qui soit, une bouche humaine. Cela veut dire que la foi est toujours reçue, jamais fabriquée, et que ce qui la nourrit n'est pas notre intensité mais le contenu de ce que nous écoutons.
Le fil rouge
Ce verset ne raconte pas seulement comment on devient croyant; il décrit la manière constante d'agir de Dieu. Il a créé en parlant, appelé Abraham par une parole entendue, donné la Loi comme des mots à écouter, envoyé les prophètes avec la formule « ainsi dit le Seigneur ». Et au verset 8, Paul cite Moïse: « La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur ». La nouveauté du Christ, c'est que cette Parole a pris chair, puis a été confiée à des envoyés dont Ésaïe dit que les pieds sont beaux parce qu'ils portent une bonne nouvelle. La chaîne va de Dieu au prédicateur, du prédicateur à l'oreille, de l'oreille au cœur, du cœur à la bouche qui confesse. Rien de magique: une transmission.
Le miroir
Si la foi vient de ce qu'on entend, alors la question éthique n'est pas d'abord « crois-tu assez? » mais « qu'écoutes-tu? ». Vous absorbez chaque jour des heures de voix: fils d'actualité, podcasts, collègues qui commentent le monde, la logique implicite de votre entreprise sur ce qui donne de la valeur à une personne. Ces voix aussi produisent une foi, une confiance en quelque chose. Le cynisme s'apprend par l'écoute. L'angoisse financière s'apprend par l'écoute. Le mépris pour un groupe s'apprend par l'écoute. Et cela vaut à l'envers: votre voix construit ou démolit la confiance de vos enfants, de vos élèves, de votre conjoint. Paul ne dit pas que la foi vient des expériences fortes ni des convictions personnelles, mais d'une parole reçue. Prenez donc au sérieux votre régime auditif comme vous prenez au sérieux ce que vous mangez.
Aujourd'hui: lisez à voix haute, seul dans une pièce, Romains 10, versets 8 à 13. À voix haute, pour que vos propres oreilles entendent. Cela prend trois minutes.
La question
Si la foi dépend d'une parole entendue, que devient celui qui n'a jamais entendu? Paul lui-même sent la pointe, puisqu'il enchaîne aussitôt: « N'ont-ils pas entendu? ». Sa réponse, empruntée au Psaume, affirme que la voix est allée par toute la terre. Mais il ne prétend pas résoudre le cas de l'homme isolé au bout du monde. Il laisse un espace que nous serions tentés de combler trop vite, dans un sens comme dans l'autre. Ce que le texte fait, en revanche, c'est déplacer la charge: au lieu de spéculer sur ceux qui n'ont pas entendu, il demande qui est envoyé. La question théorique devient une question de responsabilité. C'est inconfortable, et c'est voulu.
Le profil
Les chrétiens de Rome, juifs et non-juifs mêlés, vivaient une tension concrète: pourquoi la majorité d'Israël, qui possède les Écritures depuis des siècles, ne reconnaît-elle pas le Messie? Paul l'a dit au verset 2: ils ont du zèle, mais non selon la connaissance. Pour des oreilles juives, l'idée que tout se joue dans l'écoute n'était pas exotique; le cœur de leur prière commençait par « Écoute, Israël ». Paul ne leur reproche donc pas d'écouter, mais rappelle que même le peuple de l'écoute doit entendre du neuf. Pour les Grecs de l'assemblée, souvent séduits par la sagesse et la rhétorique, il y avait aussi un choc: le salut ne dépend pas de l'ascension de l'esprit vers le ciel, mais d'un message reçu comme un enfant reçoit une nouvelle.
L'intertexte
Ésaïe traverse tout ce chapitre. Paul cite sa plainte, « Seigneur, qui est-ce qui a cru à ce qu'il a entendu de nous? », juste avant notre verset: la parole peut être annoncée fidèlement et rester sans effet, et cela n'annule pas la mission. Et il cite ce cri: « Combien sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix ». Beaux, non par éloquence, mais par ce qu'ils transportent. Entre les deux citations se tient toute la vocation chrétienne: parler sans garantie de résultat.
Réflexion
Quelles voix ont façonné, cette semaine, ce que je crois vraiment possible pour ma vie et pour les autres?
Qui, dans mon entourage, n'entend l'Évangile que si moi je le dis, et qu'est-ce qui me retient?
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Ce que la communauté partage sur Romans 10
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Frères, le souhait de mon cœur, et la supplication que j'adresse à Dieu pour eux, c'est qu'ils soient sauvés. » Paul parle de ceux qui l'ont chassé des synagogues, lapidé, dénoncé. Et son premier réflexe n'est pas de se défendre, c'est de prier. Pour qui pries-tu ainsi ? Ceux qui te blessent trouvent-ils place dans ton cœur avant de trouver place dans tes reproches ?
« Et comment croiront-ils en celui dont ils n'ont point entendu parler? et comment entendront-ils sans quelqu'un qui prêche? » Paul ne parle pas de stratégie, il parle de quelqu'un. Quelqu'un a pris le temps de te dire le nom de Jésus. Sans cette voix, tu ne l'aurais pas connu. Et maintenant, qui attend la tienne?
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