Élishéba, femme d'Aaron : une vie tout entière dans un seul verset
Une femme nommée une seule fois
Élishéba (אֱלִישֶׁ֫בַע) appartient à une époque située, selon la chronologie d'Ussher (1650), entre environ 1706 av. J.-C. à 1451 av. J.-C. Son nom ne figure qu'une seule fois dans toute l'Écriture, en Exodus 6:23. Un verset : c'est l'intégralité de ce qui est consigné à son sujet. Les répertoires utilisés pour ce dossier (TIPNR, STEP Bible) la rattachent à la lignée de son père et de son frère ; le verset lui-même se contente de les nommer.
Il faut dire d'emblée ce que ce portrait ne sera pas. Il n'y a pas de scène d'Élishéba, pas de parole d'elle, pas de geste rapporté, pas de lieu où la situer. Ce que nous avons est une notice insérée dans une liste généalogique. L'honnêteté envers le texte consiste à lire cette notice pour ce qu'elle est, sans la gonfler d'un seul mot.
Le verset
« – Et Aaron prit pour femme Élishéba, fille d'Amminadab, sœur de Nakhshon, et elle lui enfanta Nadab, et Abihu, Éléazar, et Ithamar. » (Exodus 6:23)
Quatre relations définissent ici Élishéba, et elles suffisent à l'inscrire dans l'histoire du peuple.
Elle est d'abord fille d'Amminadab (Exodus 6:23). Le verset ne dit rien de plus de cet homme : ni son métier, ni son âge, ni son lieu de résidence.
Elle est ensuite sœur de Nakhshon (Exodus 6:23). La mention du frère, à côté de celle du père, est une précision que le texte a jugée utile. Pourquoi ? Exodus 6:23 ne l'explique pas. Le lecteur attentif note simplement que l'auteur a voulu ancrer cette femme dans une parenté que ses premiers lecteurs pouvaient situer.
Elle est femme d'Aaron. Le verbe du texte est actif du côté de l'homme : « Aaron prit pour femme Élishéba » (Exodus 6:23). C'est la formule des généalogies, et elle ne nous livre rien de la manière dont ce mariage s'est noué.
Elle est enfin mère de quatre fils : « elle lui enfanta Nadab, et Abihu, Éléazar, et Ithamar » (Exodus 6:23). Ici, la phrase bascule et c'est elle qui devient le sujet du verbe. Le seul acte attribué à Élishéba dans toute l'Écriture est celui-là : enfanter quatre fils. Le texte les nomme dans l'ordre, sans commentaire, sans anticiper quoi que ce soit de leur histoire.
Un nom dans une liste, et ce que cela signifie
Il serait facile de broder : imaginer ce qu'une femme a pu vivre à cette époque, deviner ses pensées, lui prêter une foi, une peur, une attente. Le texte ne le permet pas. Exodus 6:23 est une ligne dans un registre, et toutes les mentions d'Élishéba se réduisent à cette ligne. Le dossier le dit sans détour : aucune scène n'est racontée d'elle, chaque mention est une liste, une généalogie ou une note de passage.
Ce n'est pourtant pas rien d'être nommée. Beaucoup de femmes traversent les récits bibliques sans nom, désignées seulement par leur lien à un homme. Élishéba, elle, est appelée par son nom propre, et avec elle sont nommés son père, son frère et ses quatre fils. Le narrateur a tenu à ce que cette généalogie passe par elle, et non seulement par Aaron.
Ni éloge, ni reproche
Les portraits bibliques comportent le plus souvent une part de fautes, parce que l'Écriture ne dissimule pas celles de ses figures les plus hautes. Pour Élishéba, il n'y a rien à rapporter, et il faut le dire sans habillage : le texte ne lui attribue ni acte juste ni acte coupable. Exodus 6:23 ne la loue pas davantage qu'il ne l'accuse. Celui qui voudrait faire d'elle un modèle de piété ou, à l'inverse, lui imputer quoi que ce soit, ajouterait au texte ce que le texte ne dit pas. Le silence n'est ni une couronne ni un verdict.
Ce que nous ignorons
La liste est longue, et c'est en soi un enseignement. Nous ignorons quand Élishéba est née et quand elle est morte. Nous ignorons où elle a vécu et combien de temps. Nous ignorons si elle a eu d'autres enfants que les quatre qui sont nommés. Nous ignorons tout de sa mère, de son caractère, de ses paroles, de sa fin. Tout ce qui est consigné d'elle tient en un seul verset, et ce verset ne raconte aucune scène.
Il faut y ajouter une précision de méthode : le dossier ne liste aucune référence néotestamentaire pour Élishéba. Aucune ligne ne sera donc tracée ici au-delà de Exodus 6:23 : ce serait bâtir un pont dont les appuis ne sont pas fournis par les textes rassemblés.
Lire ce qui est écrit
Il reste un nom, une parenté, quatre fils, un verset. Celui qui lit l'Écriture depuis longtemps apprend à ne pas mépriser ces lignes brèves. Elles rappellent que l'histoire sainte avance par des personnes réelles dont la plupart n'ont pas de récit, et que le silence du texte sur une vie n'est pas un jugement porté sur elle. Élishéba est nommée en Exodus 6:23, entre un père, un frère, un mari et quatre fils. C'est peu, et c'est exactement ce que nous avons.

