Ithamar, fils d'Aaron : le sacrificateur qui a compté le tabernacle
Un fils d'Aaron, au temps du desert
Ithamar (אִיתָמָר) est un sacrificateur de la tribu de Levi. Le dossier situe sa vie environ 1706 av. J.-C. à 1451 av. J.-C. (époque située selon la chronologie d'Ussher (1650)), au temps du tabernacle et du désert. Son nom apparaît pour la première fois en Exodus 6:23 et pour la dernière fois en Ezra 8:2, soit une vingtaine de versets répartis sur onze passages, dans Exodus, Leviticus, Numbers, 1 Chronicles et Ezra. C'est peu de mots pour un homme dont la maison traverse pourtant des siècles d'histoire sacerdotale.
Le quatrième nom d'une liste
Ithamar entre en scène dans une généalogie : « – Et Aaron prit pour femme Élishéba, fille d’Amminadab, sœur de Nakhshon, et elle lui enfanta Nadab, et Abihu, Éléazar, et Ithamar » (Exodus 6:23). Il est le dernier des quatre fils d'Aaron et d'Élishéba. La même énumération revient plus tard : « Et les fils d’Amram : Aaron et Moïse, et Marie. Et les fils d’Aaron : Nadab et Abihu, Éléazar et Ithamar » (1 Chronicles 6:3). On la retrouve encore en Numbers 3:2 et en Numbers 26:60.
Être le quatrième d'une liste ne le laisse pas hors de la vocation. L'ordre donné à Moïse le nomme personnellement : « *Et toi, fais approcher de toi Aaron, ton frère, et ses fils avec lui, du milieu des fils d’Israël, pour exercer la sacrificature devant moi : Aaron, Nadab et Abihu, Éléazar et Ithamar, fils d’Aaron » (Exodus 28:1). Il est appelé au service, non à cause d'un exploit que le texte raconterait, mais parce qu'il est fils d'Aaron et que Dieu l'a désigné avec ses frères.
Une charge confiée : le service des Lévites
Le seul acte concret que les passages cités lui attribuent est administratif, et il est considérable. Après le dressage du sanctuaire, l'inventaire est établi : « Et c’est ici l’inventaire du tabernacle, du tabernacle du témoignage, qui fut dressé par le commandement de Moïse : [ce fut] le service des Lévites, sous la main d’Ithamar, fils d’Aaron, le sacrificateur » (Exodus 38:21). Le compte des matériaux et le travail de ceux qui portent le sanctuaire passent par sa responsabilité. Cette charge de surveillance revient en Numbers 4:28, Numbers 4:33 et Numbers 7:8, sans qu'une seule parole ne lui soit prêtée.
Trois autres mentions le nomment dans un même chapitre, en Leviticus 10:6, Leviticus 10:12 et Leviticus 10:16. Le dossier n'en fournit pas le texte : ce sont des mentions, et il faut les recevoir comme telles, sans broder autour d'elles. Ithamar est un homme qu'on nomme, qu'on charge, et qu'on n'entend pas.
Le survivant d'une famille frappée
Un drame se lit en creux dans sa généalogie : « Et quant aux fils d’Aaron, [voici] leurs classes : Fils d’Aaron : Nadab et Abihu, Éléazar et Ithamar. Et Nadab et Abihu moururent avant leur père, et n’eurent point de fils. Et Éléazar et Ithamar exercèrent la sacrificature » (1 Chronicles 24:1-2). Numbers 3:4 revient sur cette mort. Ithamar est donc, avec Éléazar, celui qui reste. La moitié de la fratrie sacerdotale disparaît sans descendance, et le service continue sur les épaules des deux frères survivants.
Il faut le dire avec la sobriété du texte biblique : aucune faute personnelle n'est reprochée à Ithamar dans les passages cités, et aucun éloge ne lui est adressé non plus. Là où d'autres récits accusent ou célèbrent, celui-ci se contente de le montrer à son poste, après le deuil.
Une lignée qui traverse les siècles
Bien plus tard, sa descendance est encore identifiable et encore en service : « Et Tsadok, des fils d’Éléazar, et Akhimélec, des fils d’Ithamar, David les distribua en classes, selon leur office dans leur service : et des fils d’Éléazar on trouva un plus grand nombre de chefs de famille que des fils d’Ithamar, et on les distribua en classes : des fils d’Éléazar, 16 chefs de maisons de pères ; et des fils d’Ithamar, huit, selon leurs maisons de pères. Et on les distribua en classes par le sort, les uns avec les autres ; car les chefs du lieu saint et les chefs de Dieu furent d’entre les fils d’Éléazar et parmi les fils d’Ithamar » (1 Chronicles 24:3-5). La branche d'Ithamar est la plus petite : huit maisons contre seize. Elle n'est pas écartée pour autant ; le sort la mêle à l'autre.
Sa dernière mention est une ligne dans une liste : « des fils de Phinées, Guershom ; des fils d’Ithamar, Daniel ; des fils de David, Hattush ; » (Ezra 8:2). Longtemps après le tabernacle, on compte encore des hommes par la maison d'Ithamar.
Ce que nous ne savons pas
Beaucoup. Les passages fournis ne donnent ni la date ni le lieu de sa naissance, ni ceux de sa mort. Aucune parole de lui n'est rapportée, aucune prière, aucun conflit personnel. Le nom de son épouse n'y figure pas. Les données familiales du dossier lui rattachent un fils, Eli, mais aucun des textes cités ici ne l'énonce, et il serait malhonnête de le présenter comme une donnée du récit. Rien n'est dit non plus de son caractère.
Aucune référence du dossier ne prolonge son nom au-delà de Ezra 8:2. Il faut donc s'arrêter là où les textes fournis s'arrêtent : Ithamar reste l'homme des inventaires exacts et des maisons comptées, dont la charge discrète a soutenu un service que d'autres, après lui, ont porté.
