Makhlon, fils d'Élimélec : un nom relevé par un autre
Un homme d'avant la royauté
Makhlon (מַחְלוֹן, Mahlon) est un homme d'Israël qui a vécu avant la monarchie, à une époque située environ 1451 av. J.-C. à 1095 av. J.-C. selon la chronologie d'Ussher (1650). Il appartient à la tribu de Juda et il est fils d'Élimélec et de Naomi, frère de Kilion, époux de Ruth. Toute sa présence dans l'Écriture tient en quatre versets, tous dans le livre de Ruth : Ruth 1:2, Ruth 1:5 et Ruth 4:9-10. C'est peu, et il faut le dire d'emblée : aucune scène ne lui est consacrée. Il n'a pas une parole, pas un geste rapporté. Il apparaît dans une liste de noms, dans une notice de décès, puis dans la bouche d'un autre homme qui parle de lui à la porte de la ville.
Un nom dans une liste
La première mention est une présentation de famille : « Et le nom de l'homme était Élimélec, et le nom de sa femme, Naomi ; et les noms de ses deux fils, Makhlon et Kilion, Éphratiens, de Bethléhem de Juda ; et ils vinrent aux champs de Moab, et ils demeurèrent là. » (Ruth 1:2)
Tout ce que nous savons de son origine tient dans cette phrase. Il est Éphratien, de Bethléhem de Juda. Il n'est pas le sujet du verbe : ce sont ses parents et lui qui viennent aux champs de Moab, et le texte ne dit pas que Makhlon a choisi, protesté, ou approuvé. Il est emmené, ou il suit. Le récit le laisse dans le pluriel d'une famille en déplacement, et il l'y laissera jusqu'au bout.
Une notice de décès
La deuxième mention est plus brève encore, et elle est funèbre : « Et Makhlon et Kilion, eux deux aussi, moururent ; et la femme resta, [privée] de ses deux enfants et de son mari. » (Ruth 1:5)
Remarquons la grammaire du verset. Makhlon et Kilion meurent en une demi-ligne, et la phrase se retourne aussitôt vers celle qui reste. Le texte ne s'attarde pas sur eux ; il mesure leur mort à ce qu'elle laisse derrière elle, une femme seule. Aucune cause n'est donnée, aucun âge, aucun lieu de sépulture. L'Écriture ne dit pas non plus si Makhlon mourut avant ou après son frère. Le vide est voulu : le livre de Ruth ne raconte pas Makhlon, il raconte ce que sa mort ouvre.
Un nom relevé à la porte
La troisième et dernière mention arrive au chapitre 4, et c'est un autre homme qui prononce son nom en public : « Et Boaz dit aux anciens et à tout le peuple : Vous êtes aujourd'hui témoins que j'ai acheté de la main de Naomi tout ce qui était à Élimélec, et tout ce qui était à Kilion et à Makhlon ; et aussi que je me suis acquis pour femme Ruth, la Moabite, la femme de Makhlon, pour relever le nom du défunt sur son héritage, afin que le nom du défunt ne soit pas retranché d'entre ses frères et de la porte de son lieu : vous en êtes témoins aujourd'hui ! » (Ruth 4:9-10)
C'est ici, et ici seulement, que nous apprenons que Ruth la Moabite était la femme de Makhlon. Et c'est ici que Makhlon reçoit son titre définitif dans le livre : « le défunt ». Il n'agit pas, il est nommé. Un autre achète, un autre témoigne, un autre épouse, et tout cela « pour relever le nom du défunt sur son héritage ». L'homme qui n'a pas une seule ligne de dialogue est celui dont le nom est solennellement sauvé de l'effacement devant les anciens et tout le peuple.
Ce que le texte ne reproche pas, et ce qu'il ne dit pas
Il faut être honnête sur les deux bords. Le dossier scripturaire ne relève aucune faute de Makhlon : ni parole, ni décision, ni désobéissance ne lui sont imputées. Mais il ne relève aucun mérite non plus. Rien n'est dit de sa foi, de sa piété, de son caractère. Le silence est complet dans les deux sens, et il serait malhonnête de le remplir, dans un sens comme dans l'autre.
Ce que nous ne savons pas est considérable. Aucun enfant ne lui est nommé. Aucune scène ne lui est consacrée : chacune de ses mentions est une liste, une notice ou une remarque au passage. Nous ignorons combien de temps il vécut en Moab, comment il mourut, ce qu'il pensait de son mariage avec une Moabite. Le texte ne le dit pas.
Un nom qui reste
La seule chose que l'Écriture affirme avec force au sujet de Makhlon, c'est qu'il ne devait pas être « retranché d'entre ses frères et de la porte de son lieu » (Ruth 4:10). Il n'a rien accompli que le livre veuille raconter, et pourtant son nom est prononcé devant témoins, rattaché à un héritage, tenu hors de l'oubli par la fidélité d'un autre. Pour un lecteur attentif, ce déséquilibre est la leçon même : quatre versets, aucune scène, et un nom que quelqu'un s'engage publiquement à relever.
