Quels sont les dix commandements ?
Introduction
Dans beaucoup de vieux temples et d'églises de campagne, deux panneaux encadrent encore le chœur : deux tables arrondies, peintes ou gravées, où se lisent des phrases courtes et sévères. Les enfants les regardaient pendant les sermons trop longs. Aujourd'hui, on les photographie comme un vestige. Et pourtant, ces dix phrases restent le texte de loi le plus célèbre de l'histoire humaine, cité dans les tribunaux, moqué dans les comédies, tatoué sur des bras, oublié dans les catéchismes.
La question n'est donc pas seulement « quels sont les dix commandements ? », comme on demanderait une liste à réciter. La vraie question est : à qui ont-ils été donnés, et pourquoi ? Vous découvrirez ici le contenu précis des dix paroles, leur place dans toute l'Écriture, les malentendus qui les défigurent, et surtout la phrase qui les précède et qui change tout.
L'angle de ce guide
La plupart des présentations commencent au verset 3 : « Tu n'auras point d'autres dieux ». Ce guide commence un verset plus haut. Avant le premier ordre, il y a une déclaration : « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude » (Deutéronome 5:6). Autrement dit, les dix commandements n'ont jamais été un escalier pour sortir d'Égypte ; ils ont été donnés à un peuple déjà sorti. Ce sont les paroles d'un Libérateur à des hommes libres, pas les conditions d'un employeur à des esclaves. Lire le Décalogue autrement, c'est le lire à l'envers. Tout ce guide tient dans ce renversement.
Que dit la Bible au sujet des dix commandements ?
Le récit est précis. Trois mois après la sortie d'Égypte, Israël campe au pied du Sinaï. La montagne fume, le peuple tremble, et l'Écriture note simplement : « Et Dieu prononça toutes ces paroles, disant : » (Exode 20:1). Ce qui suit n'est pas appelé « les dix lois » mais « les dix paroles » : « Et il vous déclara son alliance, qu'Il vous commanda de pratiquer, les dix paroles ; et Il les écrivit sur deux tables de pierre » (Deutéronome 4:13). Dix paroles, deux tables, un doigt divin. Le texte insiste : ce ne sont pas des maximes accumulées par une sagesse humaine, mais la voix d'une Personne.
La première parole n'est pas un impératif, c'est une identité. « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude » (Deutéronome 5:6). Le même prologue ouvre Exode 20. Dieu se présente d'abord comme Sauveur, ensuite comme Législateur. Il ne dit pas : obéis, et Je te délivrerai. Il dit : Je t'ai délivré, voici maintenant comment vivre en homme libre. La grâce parle avant la loi.
Vient alors l'exigence centrale : « Tu n'auras point d'autres dieux devant Ma face » (Exode 20:3). Le mot à mot hébreu évoque ce qui se place en Sa présence, sous Ses yeux. Il ne s'agit pas seulement d'écarter les idoles étrangères, mais de refuser tout rival dans le champ de vision de Dieu. Ce premier commandement gouverne les neuf autres : chaque désobéissance ultérieure est, au fond, une préférence accordée à quelqu'un ou à quelque chose d'autre que Lui.
Suivent les paroles qui protègent la relation avec Dieu : ne pas se fabriquer d'image taillée, parce qu'une représentation réduit toujours Celui qu'elle prétend montrer (Exode 20:4) ; ne pas porter Son nom en vain, car « l'Éternel ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris Son nom en vain » (Exode 20:7) ; se souvenir du sabbat, « Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier » (Exode 20:8), un jour arraché à la production, impensable pour des anciens esclaves dont la valeur se mesurait en briques.
Puis viennent les paroles qui protègent la vie commune. « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre que l'Éternel, ton Dieu, te donne » (Exode 20:12). « Tu ne tueras point » (Exode 20:13). « Tu ne commettras point adultère » (Exode 20:14). « Tu ne déroberas point » (Exode 20:15). « Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain » (Exode 20:16). Et enfin la parole qui descend sous la peau : « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain » (Exode 20:17).
Remarquez la progression. Les neuf premières paroles concernent des actes visibles, vérifiables par un tribunal. La dixième concerne un désir que personne ne peut constater. Dieu signe ainsi Sa loi : elle vise le cœur, pas seulement la conduite. Paul l'a compris de l'intérieur : « je n'eusse pas eu conscience de la convoitise, si la loi n'eût dit : Tu ne convoiteras point » (Romains 7:7). Un homme peut traverser la vie sans tuer ni voler. Personne ne traverse une semaine sans convoiter.
Le fil conducteur de la Bible
Le Décalogue n'apparaît pas comme un météore au Sinaï. Ses racines plongent dans la Genèse. Le repos du septième jour est institué à la création avant tout commandement. Caïn tue son frère et découvre que le sang crie. Joseph refuse l'adultère non par prudence sociale mais en disant : comment ferais-je ce grand mal, et pécherais-je contre Dieu ? Adam et Ève tombent en convoitant un fruit qui n'était pas à eux. Autrement dit, les dix paroles ne créent pas la morale ; elles mettent par écrit ce qui était déjà inscrit dans le tissu du monde, et elles le font pour un peuple précis, en alliance.
Les prophètes, ensuite, passent leur vie à ramener Israël vers ces dix paroles, non comme vers un code, mais comme vers une fidélité conjugale trahie. Et au cœur de leurs reproches surgit une promesse qui déplace le problème : « Je mettrai Ma loi au dedans d'eux, et Je l'écrirai sur leur cœur, et Je serai leur Dieu, et ils seront Mon peuple » (Jérémie 31:33). Ézéchiel précise l'opération : « Et Je vous donnerai un cœur nouveau, et Je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau ». Les tables de pierre attendaient des tables de chair.
Jésus n'abolit rien. « Ne pensez pas que Je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes : Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Matthieu 5:17). Puis Il fait quelque chose de redoutable : Il creuse. « Mais moi, Je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis adultère avec elle dans son cœur » (Matthieu 5:28). La barre n'est pas abaissée, elle est relevée jusqu'au ciel. Et quand on Lui demande le plus grand commandement, Il répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta pensée » (Matthieu 22:37), avant d'ajouter l'amour du prochain et de conclure que toute la loi et les prophètes en dépendent. Les deux tables sont là : la verticale et l'horizontale, résumées en un seul verbe, aimer.
Paul reprend exactement ce raisonnement : « Car ce qui est dit : Tu ne commettras point adultère, tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne convoiteras point, et tout autre commandement qu'il puisse y avoir, est résumé dans cette parole-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Romains 13:9). Résumé, non supprimé. L'amour n'est pas une alternative aux commandements, il en est le condensé vivant.
Et Jésus, avant Sa croix, noue les deux fils : « Si vous M'aimez, gardez Mes commandements » (Jean 14:15). L'ordre des mots compte, comme au Sinaï : l'amour d'abord, l'obéissance ensuite, comme fruit et non comme péage. L'Apocalypse referme la boucle en décrivant le peuple de la fin comme « ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus », et en montrant l'arche de Son alliance visible dans le temple céleste. Les dix paroles n'auront pas été un épisode ; elles auront été le portrait anticipé de Celui qui les a toutes vécues à notre place.
Idées reçues fréquentes
« Les dix commandements, c'est l'Ancien Testament, cela ne nous concerne plus. » C'est oublier que neuf des dix paroles sont reprises explicitement dans les lettres apostoliques, et que Paul cite le Décalogue pour instruire des chrétiens de Rome, pas des rabbins de Jérusalem (Romains 13:9). Ce qui a changé, ce n'est pas le contenu moral, c'est notre position devant lui. Nous ne l'abordons plus comme un contrat à honorer pour être acceptés, mais comme la description de la vie que l'Esprit produit en nous : « afin que la juste exigence de la loi fût accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l'Esprit » (Romains 8:4).
« Si je respecte l'essentiel, cela suffira. » C'est l'illusion du bulletin scolaire, où les bonnes notes compensent les mauvaises. Jacques la démonte en une phrase : « Car quiconque gardera toute la loi et faillira en un seul point, est coupable à l'égard de tous » (Jacques 2:10). L'image sous-jacente n'est pas une addition de points mais une relation : la loi est une seule volonté d'un seul Législateur. Briser un maillon, c'est briser la chaîne. Voilà pourquoi le Décalogue ne peut pas fonctionner comme une échelle vers Dieu ; il fonctionne comme un miroir : « par la loi est la connaissance du péché » (Romains 3:20).
« C'est une religion du non, une liste d'interdits. » Huit des dix paroles sont formulées négativement, c'est vrai. Mais chaque interdit est une clôture autour d'un trésor. « Tu ne commettras point adultère » protège la fidélité d'un couple ; « Tu ne déroberas point » protège le travail et la dignité d'autrui ; « Tu ne diras point de faux témoignage » protège la réputation, ce bien fragile qu'on peut détruire en un message. On ne plante pas une barrière au bord d'un ravin pour empêcher la promenade, mais pour la rendre possible. Dieu interdit peu, et protège beaucoup.
« Ce sont des valeurs universelles, on peut les garder sans Dieu. » On peut évidemment emprunter la seconde table, celle du prochain, et en faire un code civil respectable. Mais couper les quatre premières paroles, c'est arracher la racine et espérer que l'arbre tienne. Le Décalogue ne commence pas par « ne tue pas », il commence par « Je suis l'Éternel, ton Dieu ». Sans ce prologue, « tu ne convoiteras point » devient un conseil d'hygiène mentale, et « honore ton père et ta mère » une convention négociable. C'est d'ailleurs l'expérience de beaucoup de sociétés : la morale survit un temps à la foi qui l'a portée, puis s'effrite.
Le vivre aujourd'hui
Reprenons l'angle : ces paroles s'adressent à des gens déjà libérés. Cela change la manière de les appliquer un lundi matin.
Au travail, le huitième commandement ne concerne pas d'abord le vol dans la caisse, mais les heures facturées et non travaillées, le logiciel copié, l'idée d'un collègue reprise sans le citer. Le neuvième vise l'e-mail où l'on présente les faits d'une manière techniquement exacte et pratiquement mensongère. Et le sabbat, dans une culture qui mesure la valeur d'un homme à sa productivité, devient un acte de résistance : s'arrêter, c'est déclarer que le monde tourne sans moi et que je ne suis plus en Égypte.
Avec l'argent, la dixième parole fait le plus mal, parce que l'économie moderne vit de la convoitise organisée. Les publicités ne vendent pas des objets ; elles vendent la comparaison. Un fil d'actualité fait défiler en trois minutes la maison, le voyage et la carrière du prochain. Obéir ici ne consiste pas à serrer les dents, mais à réapprendre la gratitude jusqu'à ce que le désir change d'objet.
En famille, « honore ton père et ta mère » est le seul commandement accompagné d'une promesse, comme Paul le souligne : « Honore ton père et ta mère, (c'est le premier commandement avec promesse,) ». Honorer n'est pas approuver tout ce qu'ils ont fait ; c'est refuser de les mépriser, prendre soin d'eux vieillissants, parler d'eux avec dignité même quand ils ont failli.
Dans le corps et la sexualité, le septième commandement circule aujourd'hui dans des écrans plutôt que dans des chambres. Jésus a déplacé la frontière du geste au regard, non pour multiplier la culpabilité, mais pour montrer où se joue réellement la fidélité.
Et dans la solitude, les dix paroles ont une résonance inattendue : elles supposent une communauté. Elles parlent de parents, de voisins, de témoignage, de propriété partagée. Un croyant isolé ne peut pas les vivre pleinement, simplement parce que l'amour du prochain exige un prochain.
Le moteur de tout cela n'est pas la peur du jugement. « Si vous M'aimez, gardez Mes commandements » (Jean 14:15), et l'apôtre Jean ajoute : « ses commandements ne sont pas pénibles ». Ils ne sont pas légers, mais ils ne sont pas une charge d'esclave, parce qu'ils sont portés par l'amour de Celui qui a d'abord ouvert la porte de la prison.
Le miroir
Vous connaissez probablement la liste. La question est de savoir ce que vous en faites depuis vingt ans.
Peut-être avez-vous appris à les lire en vous rassurant : je n'ai tué personne, je n'ai rien volé, je ne me prosterne devant aucune statue. Alors laissez le texte remonter jusqu'à la dixième parole, celle que personne ne peut vérifier. Ce soir, à quoi avez-vous pensé en voyant la réussite d'un ami ? Qu'avez-vous ressenti quand un collègue plus jeune a été promu à votre place ? La loi de Dieu n'attend pas votre casier judiciaire ; elle attend le moment où vous êtes seul, fatigué, et où votre cœur dit tout haut ce que votre bouche tait.
Ou peut-être est-ce l'inverse. Vous connaissez trop bien vos manquements et vous vivez sous une accusation permanente. Chaque commandement vous sonne comme un rappel de ce que vous n'êtes pas. Alors remontez au verset que ce guide n'a cessé de replacer devant vous : « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude ». Dieu n'a pas gravé ces mots pour vous faire retourner à la boue des briques. Il les a gravés parce que la mer s'était déjà ouverte.
Alors posez une question honnête : quel est, aujourd'hui, l'autre dieu devant Sa face ? Souvent ce n'est pas une idole grotesque, mais une bonne chose devenue absolue : la sécurité financière, la réputation professionnelle, la réussite de vos enfants, l'approbation d'une personne précise. Nommez-la. Puis demandez, non pas la force de mieux faire, mais le cœur nouveau que Dieu a promis à travers Ézéchiel. Les tables de pierre ne changent personne. L'Esprit qui écrit sur les tables de chair, oui.
Expliqué aux enfants
Quand un enfant demande ce que sont les dix commandements, la tentation est de réciter la liste et de conclure par « donc sois sage ». C'est précisément le contre-sens que ce guide essaie d'éviter. Mieux vaut raconter l'histoire dans l'ordre où Dieu l'a donnée : d'abord, Dieu a fait sortir Son peuple d'Égypte, où il était esclave et malheureux ; ensuite, comme un Père qui installe Ses enfants dans une maison neuve, Il leur a expliqué comment y vivre heureux ensemble. Les dix paroles ne sont pas les conditions pour entrer dans la famille, ce sont les habitudes de la famille.
On peut ensuite les regrouper simplement : quatre paroles pour aimer Dieu de tout son cœur, et six paroles pour aimer les gens autour de soi, exactement comme Jésus l'a résumé dans Matthieu 22:37. Un enfant comprend très bien qu'on ne ment pas à un ami parce qu'on l'aime, et non parce qu'on a peur de la punition. Il comprend aussi, très tôt, qu'il n'y arrive pas toujours, et c'est là que l'on parle de Jésus, Celui qui a aimé parfaitement et qui pardonne.
Selon l'âge, l'approche change beaucoup : les tout-petits de 3 à 6 ans retiennent une image et une phrase ; les enfants de 7 à 12 ans veulent l'histoire complète du Sinaï, avec la montagne qui fume et les tables brisées ; les adolescents, eux, posent les vraies questions, sur la liberté, l'autorité et la morale. Des explications adaptées à chacune de ces tranches d'âge sont disponibles, et elles méritent d'être utilisées plutôt que de tout aplatir dans une seule version.
Questions fréquentes
Où trouve-t-on les dix commandements dans la Bible ?
Ils apparaissent deux fois, en Exode 20:1-17 et en Deutéronome 5:6-21. La première fois, Moïse rapporte l'événement du Sinaï lui-même ; la seconde, il le rappelle à une nouvelle génération, quarante ans plus tard, à la veille d'entrer en Canaan. L'Écriture les appelle aussi « les dix paroles » (Deutéronome 4:13 et Exode 34:28). D'autres passages les résument ou les commentent, notamment Lévitique 19, le Psaume 119, le sermon sur la montagne en Matthieu 5, et Romains 13:9, où Paul en cite quatre d'affilée.
Pourquoi la numérotation des dix commandements diffère-t-elle selon les Églises ?
Le texte biblique ne comporte pas de numéros. Les traditions ont donc découpé différemment un même ensemble de phrases. La tradition réformée et orthodoxe compte l'interdiction des images comme deuxième commandement et laisse la convoitise en un seul dixième ; la tradition catholique et luthérienne rattache les images au premier commandement et divise la convoitise en deux. Le contenu total reste identique, mot pour mot. La différence porte sur la mise en paragraphes, non sur la volonté de Dieu, et elle ne justifie ni soupçon ni polémique entre chrétiens.
Les chrétiens sont-ils encore obligés d'obéir aux dix commandements ?
Le croyant n'est plus sous la loi comme système de justification : il n'est pas sauvé en obéissant, mais il obéit parce qu'il est sauvé. Cela dit, le contenu moral du Décalogue est repris et même approfondi dans le Nouveau Testament. Jésus déclare : « Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Matthieu 5:17), et Il lie l'obéissance à l'amour : « Si vous M'aimez, gardez Mes commandements » (Jean 14:15). L'obéissance chrétienne n'est donc pas une dette à rembourser, mais la forme concrète que prend la reconnaissance.
Quelle est la différence entre la loi et la grâce ?
La loi décrit ce que Dieu demande ; la grâce donne ce que Dieu demande. Jean l'exprime ainsi : « Car la loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». La loi est un miroir excellent et un très mauvais savon : elle montre la tache sans pouvoir la laver, puisque « par la loi est la connaissance du péché » (Romains 3:20). Paul ajoute que « la loi a été notre conducteur jusqu'à Christ » (Galates 3:24). Elle conduit à la croix ; elle ne remplace jamais la croix.
Pourquoi y a-t-il deux versions des dix commandements ?
Exode 20 et Deutéronome 5 présentent le même contenu avec une différence notable dans la motivation du sabbat. En Exode, le repos est fondé sur la création, Dieu ayant Lui-même achevé Son œuvre en six jours. En Deutéronome, il est fondé sur la libération : « tu te souviendras que tu as été serviteur dans le pays d'Égypte ». Les deux raisons se complètent. Le sabbat célèbre à la fois le Dieu qui fait toutes choses et le Dieu qui délivre, ce qui correspond exactement au prologue des dix paroles.
Que signifie « prendre le nom de Dieu en vain » ?
Le sens dépasse largement le juron. « En vain » traduit une idée de vide, de légèreté, d'usage creux. On prend Son nom en vain chaque fois qu'on l'invoque pour donner du poids à ses propres intérêts : promesses religieuses non tenues, décisions présentées comme voulues par Dieu alors qu'elles sont voulues par nous, spiritualité affichée sans vie correspondante. Le commandement ajoute un avertissement solennel : « l'Éternel ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris Son nom en vain » (Exode 20:7). Porter le nom de Christ engage donc bien plus que notre vocabulaire.
Faut-il observer le sabbat le samedi ou le dimanche ?
Le sabbat biblique est le septième jour, du vendredi soir au samedi soir. Dès le Nouveau Testament, les disciples se réunissent le premier jour de la semaine pour commémorer la résurrection, et ce jour est devenu le jour du Seigneur pour la grande majorité des chrétiens. Paul avertit contre les jugements réciproques au sujet des jours, ce qui invite à la liberté et au respect mutuel. Le principe demeure entier : un rythme régulier de repos et d'adoration, arraché à la tyrannie du rendement, reste un cadeau et non une contrainte.
Le commandement « tu ne tueras point » interdit-il toute forme de violence ?
Le verbe hébreu employé en Exode 20:13 désigne l'homicide illégitime, le meurtre, et non toute mise à mort sans exception, puisque la même loi prévoit des peines judiciaires et des situations de guerre. Mais Jésus élargit considérablement la portée du commandement en remontant à la colère et au mépris qui précèdent le geste. L'apôtre Jean va jusqu'à écrire que celui qui hait son frère est un meurtrier. Le commandement protège donc la vie humaine dans sa valeur, dès le regard qu'on porte sur elle.
Comment obéir au dixième commandement, qui concerne le cœur ?
On ne cesse pas de convoiter par un effort de volonté, puisque le désir précède la décision. Paul témoigne que c'est précisément ce commandement qui a révélé sa maladie intérieure (Romains 7:7). Le remède biblique est un déplacement du désir plutôt qu'une simple suppression : contentement nourri par la gratitude, générosité pratiquée délibérément, et surtout un cœur nouveau donné par l'Esprit, comme Dieu l'avait promis par Jérémie et Ézéchiel. Concrètement, cela ressemble souvent à réduire l'exposition aux comparaisons et à multiplier les occasions de remercier.
Que veut dire Jacques 2:10 quand il dit qu'enfreindre un commandement, c'est être coupable de tous ?
« Car quiconque gardera toute la loi et faillira en un seul point, est coupable à l'égard de tous » (Jacques 2:10). Jacques ne dit pas que tous les péchés ont des conséquences identiques ; il dit que la loi n'est pas un menu où l'on choisit. Derrière les dix paroles se tient une seule Personne, et désobéir sur un point, c'est refuser Sa volonté, pas seulement enfreindre un article. Cette phrase ferme définitivement la porte à l'idée d'un salut par la moyenne des bonnes actions, et elle ouvre celle de la grâce.
Jésus a-t-il ajouté un onzième commandement ?
Il a donné ce qu'Il appelle Lui-même un commandement nouveau : « Je vous donne un commandement nouveau, que vous vous aimiez l'un l'autre ; comme Je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez l'un l'autre » (Jean 13:34). La nouveauté ne tient pas au verbe aimer, déjà présent en Lévitique 19, mais à la mesure : comme Je vous ai aimés, c'est-à-dire jusqu'à la croix. Ce commandement n'ajoute pas une case à la liste ; il en révèle l'énergie et le sommet.
Les dix commandements suffisent-ils pour aller au ciel ?
Non, et le texte lui-même l'indique. Les dix paroles sont adressées à un peuple déjà racheté, non à un peuple qui cherche à se racheter. Elles décrivent la vie du libéré, elles ne produisent pas la libération. Paul est catégorique : « nulle chair ne sera justifiée devant Lui par des œuvres de loi » (Romains 3:20). Le salut vient de la foi en Christ, qui a parfaitement accompli la loi et en a porté la sanction. Les commandements restent alors précieux, non comme chemin d'accès, mais comme chemin de vie.
Pour conclure
Deux tables de pierre, dix phrases, et une clé posée juste avant la première : « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude » (Deutéronome 5:6). Tant qu'on lit le Décalogue à partir du verset 3, il reste un tribunal. Lu à partir du prologue, il devient une déclaration d'appartenance : voici comment vit un peuple à qui la mer s'est ouverte. « Tu n'auras point d'autres dieux devant Ma face » (Exode 20:3) n'est plus alors une menace, mais la fidélité normale d'un cœur reconnaissant.
Jésus n'a pas allégé ces exigences, Il les a portées, accomplies, puis intériorisées en résumant tout en un amour double (Matthieu 22:37) que Paul condense encore (Romains 13:9) et que Jacques nous empêche de croire à notre portée (Jacques 2:10). Reste Sa parole, simple et exigeante : « Si vous M'aimez, gardez Mes commandements » (Jean 14:15).
Pour aller plus loin, relisez lentement Exode 19 et 20 d'un seul trait, puis Matthieu 5. Et demandez, avant de lire, le cœur de chair promis par Ézéchiel. Les pierres se lisent ; seul l'Esprit se laisse écrire en vous.
