1 Corinthiens 1:10
Le texte
Après neuf versets d'action de grâces, le ton bascule. Paul cesse de remercier et se met à supplier : « je vous exhorte, frères, par le nom de notre seigneur Jésus Christ, à parler tous un même langage, et à ce qu'il n'y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis ». Trois mouvements en une seule phrase : une autorité invoquée (le Nom), un mal nommé (les divisions), un but visé (l'unité de pensée et de jugement). Et tout cela avant même que Paul dise ce qu'il a appris par les gens de Chloé. L'appel précède le diagnostic.
Le cœur
Remarquez sur quoi Paul appuie son exhortation. Pas sur son autorité apostolique, pourtant affirmée au verset 1. Pas sur le bon sens, ni sur l'efficacité missionnaire d'une communauté paisible. Il exhorte « par le nom de notre seigneur Jésus Christ ». Le Nom, dans la pensée biblique, c'est la personne elle-même, sa présence, son droit de propriété. L'unité n'est donc pas une vertu sociale que les chrétiens cultiveraient mieux que d'autres ; elle découle d'une réalité déjà donnée. Le mot traduit par « parfaitement unis » servait à raccommoder des filets déchirés ou à remettre un os en place : quelque chose qui appartient ensemble et qui a été rompu. Corinthe n'a pas à fabriquer son unité. Elle a à cesser de déchirer ce que le Christ a déjà rassemblé en Lui.
Le fil rouge
« Parler tous un même langage » : l'expression a une longue mémoire. À Babel, l'humanité avait une seule lèvre et s'en servait pour bâtir un nom à elle-même ; Dieu a dispersé cette unité-là parce qu'elle était une conspiration. Depuis, l'histoire du salut travaille dans l'autre sens : rassembler les dispersés, non plus autour d'une tour, mais autour d'un Nom qui n'est pas le nôtre. Jean le dit de la mort de Jésus : elle devait réunir en un seul les enfants de Dieu dispersés. L'unité que Paul réclame n'est donc pas un supplément d'harmonie ajouté à l'Évangile ; elle est l'effet visible de la croix. C'est pourquoi, trois versets plus loin, la question tombe comme un couperet : « Le Christ est-il divisé ? » Diviser l'assemblée, c'est prétendre découper Celui qui a été crucifié entier.
Le miroir
Nous ne disons plus « moi, je suis de Paul ». Nous disons : moi, j'aime la prédication de celui-là ; moi, je trouve que depuis le nouveau pasteur, ce n'est plus ça ; moi, je ne supporte pas leur façon de gérer l'argent. Les partis modernes se forment dans les voitures après le culte, dans les groupes de messagerie, dans les demi-phrases qu'on laisse traîner exprès. Ce qui se cache dessous n'est pas seulement l'orgueil ; c'est souvent la peur d'être insignifiant. Appartenir à un camp donne un contour à qui l'on est. Paul retire ce contour et le remplace par un autre : « frères », c'est-à-dire des gens qui n'ont pas choisi leur parenté. Aujourd'hui : écrivez sur un papier le nom de la personne de votre Église dont vous parlez le plus volontiers en mal, puis priez à voix haute pour elle en la nommant « mon frère » ou « ma sœur ».
Le profil
Corinthe est une ville de patronage. On s'attache à un homme puissant, on porte son nom, on profite de son prestige, et l'on méprise poliment la clientèle des autres. Ajoutez-y la passion grecque pour les orateurs : un maître au verbe brillant se collectionnait comme on collectionne les fréquentations. Les chrétiens corinthiens se réunissaient dans des maisons, donc dans des cercles séparés, chacun marqué par l'hôte qui recevait et par le prédicateur qui les avait baptisés. Rien de tout cela ne leur semblait scandaleux ; c'était la vie sociale normale. Ce qu'ils entendent dans ce verset, et que nous entendons mal, c'est un choc de cultures : le Nom invoqué au baptême annule les noms qui les classaient. Un affranchi et un notable ne peuvent plus se répartir en clientèles.
Le personnage principal
Paul ne commande pas, il exhorte, il supplie presque. C'est frappant de la part d'un homme qui vient de se présenter comme « apôtre appelé de Jésus Christ par la volonté de Dieu ». Il avait le droit d'ordonner ; il choisit de plaider, et de plaider par un Nom qui n'est pas le sien. Plus loin, il ira jusqu'à se réjouir de n'avoir baptisé presque personne, pour qu'aucun Corinthien ne puisse se réclamer de lui. Voilà le paysage intérieur de cet homme : une autorité réelle, tenue à distance de son propre ego, parce qu'il sait que le premier danger pour l'unité d'une Église, c'est un serviteur qui se laisse aimer à la place du Maître.
La question
Peut-on vraiment commander « un même sentiment et un même avis » ? L'exigence a quelque chose d'oppressant. Faut-il penser pareil sur la politique, l'éducation, la liturgie ? Le même Paul défendra plus loin la diversité irréductible des dons et la liberté des consciences. Ce qu'il réclame ici n'est pas l'uniformité des opinions mais l'unanimité du jugement sur ce qui fonde l'assemblée : la parole de la croix. Reste que l'Église, deux mille ans plus tard, est morcelée bien au-delà des partis corinthiens, et qu'aucun de nous ne verra la fin de ces déchirures. Nous vivons entre un ordre reçu et un résultat absent. Il faut le dire sans consolation facile : la prière du Christ pour l'unité des Siens n'est pas encore exaucée sous nos yeux.
Réflexion
De quel « parti » suis-je, dans mon Église, sans jamais l'avoir formulé à voix haute, et qu'est-ce que cette appartenance me procure que je crains de perdre ?
Si l'unité m'a été donnée dans le Christ avant que je la construise, qu'est-ce que je dois arrêter de faire, plutôt que commencer à faire ?
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Ce que la communauté partage sur 1 Corinthians 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Où est le sage? où le scribe? où le disputeur de ce siècle?" Paul pose la question comme on regarde une salle vide après le débat. Ils ont parlé fort, et puis plus rien. Toi, tu cherches peut-être encore à avoir raison, à paraître solide. La croix, elle, ne discute pas. Elle sauve.
Je détruirai la sagesse des sages et j'annulerai l'intelligence des intelligents." Dieu ne méprise pas ton intelligence, il refuse qu'elle devienne ton salut. Ce qui t'a servi à tout comprendre ne te sauvera pas. Et si ce que tu appelles ta force était justement ce qu'il faut déposer devant la croix?
Moi, je suis de Paul; et moi, d'Apollos; et moi, de Céphas; et moi, de Christ." Remarque le dernier. Même le nom de Christ peut devenir une étiquette pour se placer au-dessus des autres. Dis-moi: ton attachement à ton église, à ton prédicateur préféré, est-ce qu'il te rapproche de tes frères, ou il te sert à les juger?
Merci, Père, de ce que nous « ne manquons d'aucun don de grâce » : tu as pourvu à tout ce qu'il nous faut pour te servir aujourd'hui. Merci aussi pour cette attente vivante de la révélation de notre Seigneur Jésus Christ, qui tient nos cœurs éveillés.
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