Jean 8:28
Le texte
Devant des hommes qui viennent de demander « Toi, qui es-tu ? » et qui n'ont pas compris qu'Il parlait du Père, Jésus répond par une prophétie déguisée en énigme : « Quand vous aurez élevé le fils de l'homme, alors vous connaîtrez que c'est moi, et que je ne fais rien de moi-même, mais que, selon que le Père m'a enseigné, je dis ces choses. » Autrement dit : vous n'aurez la réponse à votre question qu'au moment où vous m'aurez mis à mort. Et cette réponse dira à la fois qui Il est et de qui Il tient tout ce qu'Il dit.
Le cœur
Le verbe « élever » est l'un de ces mots que Jean fait travailler double : hypsoō signifie hisser en hauteur, et aussi exalter, porter à l'honneur. Dans la bouche de Jésus, les deux sens se collent l'un à l'autre sans se séparer. Le poteau du supplice est le trône. Et ce que l'élévation révélera, c'est ce « c'est moi » sans complément, la formule que la suite du chapitre fera exploser au verset 58 : « Avant qu'Abraham fût, je suis. » Voici donc la logique dérangeante de Dieu : Il ne se fait pas connaître au sommet de Sa puissance, mais au point le plus bas de Son humiliation. Et Il s'y fait connaître comme Celui qui n'a jamais parlé de Lui-même.
Le fil rouge
Il y a un précédent, et Jésus l'a déjà nommé à Nicodème : dans le désert, Moïse a dressé le serpent d'airain sur une perche, et les mourants qui le regardaient vivaient. Un objet de malédiction, hissé en hauteur, devenu source de guérison. C'est exactement le mouvement de Jean 8:28. Et derrière ce précédent se tient la promesse d'Ésaïe sur le serviteur : élevé, exalté, et pourtant défiguré. Le fil rouge de l'Écriture ne va pas d'une gloire à une gloire plus grande, mais passe par le bois. Ceux qui attendaient un Messie qui monterait au pouvoir depuis le parvis du temple regardaient dans la bonne direction et vers la mauvaise hauteur.
Le miroir
Nous voulons connaître avant de nous engager. C'est raisonnable : on ne signe pas un contrat sans avoir lu les clauses. Mais Jésus renverse l'ordre. Vous connaîtrez après, dit-Il, et après quoi ? Après le moment où tout semblera perdu. Cela ressemble davantage à votre vie que vous ne voudriez l'admettre : le diagnostic qui tombe, l'entreprise qui ferme, le mariage qui se fissure, l'enfant qui claque la porte. Vous demandez des preuves avant, et vous recevez une compréhension après, souvent des années après, et jamais celle que vous aviez commandée. Ce verset ne promet pas que vous comprendrez à temps. Il promet que la reconnaissance viendra de là où vous ne l'attendez pas : d'un condamné suspendu entre deux voleurs.
Le personnage principal
Regardez où Il se tient. Le verset 20 le précise : « dans le trésor, enseignant dans le temple ». C'est le parvis des femmes, avec ses treize coffres en forme de trompette où les pièces tombent en sonnant, l'odeur de graisse brûlée qui descend de l'autel, les pèlerins de la fête qui traînent encore, et là-haut, sur la forteresse, des soldats romains qui savent parfaitement comment on élève un homme sur une croix. Jésus se tient au centre du dispositif religieux et sous l'œil du pouvoir qui Le tuera, et Il parle avec un calme qui n'a rien de la bravade. Sa force n'est pas l'autonomie mais la dépendance : « il ne m'a pas laissé seul ».
L'intertexte
Deux échos valent la peine. Le premier est interne à Jean : le serpent élevé de Nombres 21, cité par Jésus Lui-même, qui donne la clé du double sens et interdit de choisir entre croix et gloire. Le second est en Actes 2, quand Pierre dit à la foule de Jérusalem qu'elle a crucifié Celui que Dieu a fait Seigneur et Christ, et que les auditeurs sont transpercés au cœur. Voilà la prophétie de Jean 8:28 qui s'accomplit littéralement : ceux qui ont élevé le Fils de l'homme sont précisément ceux qui, cinquante jours plus tard, connaissent qui Il est. Le meurtre est devenu le lieu de la révélation, et les meurtriers les premiers convertis.
La question
Mais « alors vous connaîtrez » : est-ce une promesse ou une menace ? Le texte ne tranche pas, et c'est honnête de le dire. Deux versets plus loin, « plusieurs crurent en lui » ; à la fin du chapitre, les mêmes ramassent des pierres. Connaître peut sauver, connaître peut condamner, et le même événement produit les deux. Il existe une reconnaissance qui arrive trop tard, non parce que Dieu ferme la porte, mais parce que le cœur s'est durci pendant qu'il attendait des preuves. Jésus ne dissipe pas cette ambiguïté et je ne le ferai pas non plus. Il dit seulement où la lumière tombera. Ce qu'on en fait quand elle tombe reste à nous.
Réflexion
Quelle preuve exigez-vous de Dieu avant de croire, et que se passerait-il si Il vous répondait uniquement par la croix ?
Où, dans votre passé, avez-vous compris quelque chose de Dieu seulement après coup, et qu'est-ce que cela vous apprend sur ce que vous vivez maintenant sans le comprendre ?
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