Luc 1:1
Le texte
Luc n'ouvre pas son évangile par une vision, ni par une généalogie, ni par un « Au commencement ». Il commence par une remarque presque bureaucratique : d'autres s'y sont déjà mis. « Puisque plusieurs ont entrepris de rédiger un récit des choses qui sont reçues parmi nous avec une pleine certitude. » Plusieurs, donc : il n'est ni le premier ni le seul. Des mains anonymes ont déjà pris la plume pour mettre en ordre ce qui s'est passé. Et ce qui s'est passé, Luc ne le range pas dans la catégorie des rumeurs pieuses, mais dans celle des faits accomplis, pleinement établis, reçus au milieu d'un groupe de gens qui disent « nous ». Voilà le point de départ : une communauté, des témoins, de l'encre.
Le cœur
Le mot grec derrière « reçues avec une pleine certitude » (peplèrophorèménôn) veut dire : porté à son plein accomplissement, mené jusqu'au bout. Ce ne sont pas des choses qu'on a décidé de croire, ce sont des choses qui sont arrivées et qui sont allées jusqu'au terme. Cela dit quelque chose de décisif sur Dieu : Il n'agit pas dans une arrière-salle spirituelle, Il agit dans le temps, avec des dates, des noms, des témoins qu'on peut interroger. Et cela dit quelque chose sur nous : notre foi n'est pas d'abord une intuition intérieure à entretenir, mais une réponse à un événement extérieur. Dieu a fait quelque chose « parmi nous ». Le salut n'est pas une idée qui vous traverse ; c'est une histoire dans laquelle vous entrez.
Le fil conducteur
Dieu a toujours voulu qu'on écrive. Le Deutéronome demande qu'on répète les paroles aux enfants, qu'on les attache à sa main, qu'on les inscrive sur les poteaux des portes. La mémoire d'Israël est une mémoire transmise, confiée à des générations qui n'ont pas vu la mer s'ouvrir mais qui en vivent. Luc se tient dans cette longue chaîne, sauf qu'entre-temps quelque chose s'est accompli : les promesses ont trouvé un corps. Ce que Zacharie dira quelques versets plus loin, « il a visité et sauvé son peuple », n'est pas une espérance mais un constat. Et le fil se prolonge jusqu'à vous : vous croyez parce que quelqu'un a parlé, et quelqu'un avant lui, jusqu'à ceux qui ont vu de leurs yeux.
Le miroir
Vous aimeriez peut-être que votre foi vienne de vous. Que ce soit votre expérience, votre rencontre, votre certitude intérieure, quelque chose d'original dont vous seriez l'auteur. Luc vous retire cette illusion en une phrase : d'autres ont écrit avant lui, il a reçu, il transmet. Vous n'êtes pas au début de l'histoire ; vous êtes quelque part au milieu, dépendant de gens que vous n'avez pas choisis. C'est humiliant et c'est libérateur. Humiliant, parce que votre foi repose sur le travail patient d'inconnus. Libérateur, parce que les jours où vous ne sentez rien, où la prière sonne creux, où le diagnostic est tombé, l'événement tient toujours : il a eu lieu, indépendamment de votre état d'âme du mardi matin.
Alors faites ceci aujourd'hui : écrivez sur une feuille le nom de la personne par qui la foi vous est arrivée, grand-mère, ami, catéchiste, et sous ce nom une phrase qu'elle vous a dite. Puis remerciez Dieu à voix haute pour cette personne.
Le contexte
Luc écrit sans doute une trentaine d'années après les événements, dans un monde où les témoins oculaires commencent à mourir. C'est le moment critique de toute mémoire collective : soit on fixe, soit on perd. Il écrit en grec soigné, avec une préface construite comme celles des historiens et des médecins de son temps, à un destinataire qu'il appelle « très excellent Théophile », titre qui suggère un homme de rang. Luc ne s'adresse donc pas à un cercle de mystiques mais à quelqu'un qui doit pouvoir vérifier, comparer, être convaincu. La foi chrétienne entre ici dans l'espace public, celui des dossiers et des enquêtes, et elle y entre sans rougir.
L'intertexte
Jean termine son évangile presque à l'inverse : « Jésus a fait aussi beaucoup d'autres choses », et il reconnaît que le monde ne contiendrait pas les livres qu'on pourrait écrire. Luc commence par le trop-plein des récits, Jean finit par le trop-plein des faits. Entre les deux, une même conviction : l'événement déborde le texte, mais le texte suffit pour croire. Et Paul, quand il transmet aux Corinthiens ce qu'il a lui-même reçu, emploie le même vocabulaire de la chaîne : reçu, transmis, attesté par des témoins qu'on peut encore aller voir. Ces trois voix disent la même chose avec des mots différents : le christianisme repose sur des mains qui se passent quelque chose.
La question
Pourquoi Dieu a-t-Il pris ce risque ? Confier l'histoire décisive du monde à des mémoires humaines, à des copistes, à des évangiles qui ne s'accordent pas toujours sur l'ordre des faits, c'est étrange pour un Dieu tout-puissant. Il aurait pu graver, comme au Sinaï. Il a préféré des « plusieurs », des enquêtes, des plumes faillibles. Je ne prétends pas résoudre cela. Mais je remarque que c'est cohérent : un Dieu qui a choisi de naître dans un corps périssable n'allait pas protéger Sa parole derrière une vitre. Il se livre, au sens fort. À des mains. Aux vôtres aussi, maintenant.
Réflexion
Si votre foi devait tenir uniquement sur ce qui s'est passé, sans le soutien de ce que vous ressentez, que resterait-il debout ?
À qui êtes-vous, sans l'avoir demandé, devenu un maillon de cette chaîne, et le savez-vous ?
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Ce que la communauté partage sur Luke 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, pour Jean, «grand devant le Seigneur», rempli de l'Esprit Saint dès le ventre de sa mère. Merci de choisir et de remplir avant même que nous puissions rien faire. Ta grâce précède toujours nos efforts, et cela me repose le cœur.
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