Luc 2:27
Le texte
Un vieil homme entre dans le temple. Rien de spectaculaire : pas de vision, pas de voix qui tonne, seulement un pas après l'autre sous la conduite de l'Esprit, « il vint par l'Esprit dans le temple ». Au même moment, un couple de Galilée franchit les mêmes portes avec un nourrisson dans les bras, pour accomplir ce que tout Israélite pieux accomplissait, « pour faire à son égard selon l'usage de la loi ». Deux trajectoires ordinaires, l'une portée par une promesse intérieure, l'autre par une obligation religieuse banale, se croisent dans la cour du temple. Luc ne souligne aucun miracle. Il note simplement la coïncidence, et cette coïncidence est tout le verset.
Le cœur
Ce verset dit quelque chose de dérangeant sur la manière dont Dieu agit : Il travaille par des horaires. Siméon ne provoque pas la rencontre, il ne la calcule pas, il ne campe pas devant le temple depuis des années en guettant chaque nourrisson. Il est conduit, et il arrive à l'heure. Marie et Joseph, de leur côté, ne cherchent pas Siméon ; ils viennent accomplir une formalité prescrite. Le salut de Dieu ne descend donc pas dans une extase, mais dans l'intersection d'une obéissance discrète et d'une conduite silencieuse de l'Esprit. Et remarquez le scandale caché : Celui qui a donné la loi est apporté au temple pour être soumis à cette loi. Dieu ne contourne pas l'ordinaire, Il s'y glisse, emmailloté.
Le fil conducteur
Depuis Malachie, Israël attend que le Seigneur vienne soudainement dans Son temple. Quatre siècles de silence, et voilà que l'accomplissement se produit sans que personne, sauf un vieillard et une veuve, ne le remarque. La gloire n'entre pas par la porte de Nicanor dans une nuée, comme au temps de Salomon ; elle entre dans les bras d'une jeune femme pauvre venue offrir deux tourterelles, l'offrande des gens qui n'ont pas les moyens d'un agneau. C'est le fil constant de l'histoire du salut : Dieu tient Ses promesses d'une façon que les puissants ne peuvent pas photographier. Siméon « attendait la consolation d'Israël », et la consolation arrive en même temps que la file des purifications rituelles, entre deux formalités administratives du culte.
Le miroir
Vous attendez peut-être, vous aussi, une clarté qui ne vient pas : un signe pour ce travail, une réponse sur cet enfant, une confirmation avant d'oser. Et pendant ce temps, vous continuez à faire ce qui est prescrit, la table à mettre, la réunion à préparer, le culte du dimanche, en soupçonnant que tout cela est du remplissage jusqu'à ce que Dieu se manifeste enfin. Ce verset vous contredit. La rencontre décisive de la vie de Siméon a lieu dans un couloir de temple, un jour de rituel ordinaire. Votre orgueil voudrait un moment reconnaissable, quelque chose à raconter. Votre peur, elle, murmure que vous allez rater le passage de Dieu parce que vous êtes trop occupé. Siméon prouve le contraire : il n'a rien organisé, il s'est laissé conduire là où il devait déjà aller.
Aujourd'hui, avant ce soir : nommez à voix haute, seul, l'obligation la plus banale de votre journée (« je vais chercher les enfants », « je réponds à ces courriels »), et dites après elle, à voix haute également : « Esprit Saint, conduis-moi là comme Tu as conduit Siméon. » Puis allez-y.
La question
Pourquoi Siméon, et pas les autres ? Le temple grouillait de prêtres, de docteurs, de fidèles sincères ce jour-là, et l'Enfant a traversé la cour sans que personne ne lève la tête. Luc ne s'excuse pas de cette sélectivité. Il dit seulement que l'Esprit était sur cet homme et qu'il avait été « averti divinement ». Cela grince : la révélation n'est pas distribuée à parts égales. On peut être juste et pieux et ne rien voir. Je ne sais pas résoudre cela, et je me méfie de ceux qui prétendent le faire. Ce que je remarque, c'est que Siméon ne garde pas son privilège : il parle, il bénit, il annonce, et Anne à sa suite. Le voir n'est jamais donné pour soi seul.
L'intertexte
Dans le même chapitre, les bergers reçoivent un signe déroutant : « vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche ». Rien de glorieux, un bébé banal, et pourtant c'est là le signe. Siméon reçoit exactement le même type de signe, un nourrisson porté par des parents pauvres au milieu d'une foule. Dieu se donne toujours à reconnaître sous un emballage décevant. Et quelques versets plus loin, Marie « gardait toutes ces choses par-devers elle, les repassant dans son cœur » : elle aussi apprend que la révélation se digère lentement, dans le quotidien, et non dans un éclair définitif.
Le détail
« Les parents apportaient le petit enfant Jésus. » Le verbe est celui d'un transport, d'un portage. Dans ce verset, Jésus est entièrement passif : Il est porté, apporté, on fait à Son égard. Le Seigneur du temple entre dans Son temple comme un colis fragile dans les bras d'autres personnes. Et au verset suivant, Il change simplement de bras : Siméon « le prit entre ses bras ». Tout ce chapitre est une chaîne de bras humains qui portent Dieu. Si vous cherchez pourquoi le christianisme ne peut pas être une religion purement intérieure, c'est ici : le salut passe de main en main, physiquement, dans des gestes ordinaires accomplis par des gens fatigués.
Réflexion
Quelle obligation répétitive de votre semaine avez-vous cessé de considérer comme un lieu possible de rencontre avec Dieu ?
Siméon a attendu sans savoir quand ; qu'est-ce qui, chez vous, refuse encore d'attendre sans garantie de date ?
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